Catastrophe, spectacle et virtuel

hokusai

En bon occidental de culture d’origine judéo-chrétienne, j’étais en plein réveil d’une digestion difficile ce 26 décembre quand j’ai appris qu’une énorme masse d’eau s’était déplacée dans l’océan indien et avait causé dévastation sur son passage dans toutes les zones littorales à 4000 km à la ronde. J’étais au chaud, au fin fond de la péninsule européenne, en Bretagne, au bord de la mer, à me faire cramer par l’alimentaire comme dirait un certain Henry David Thoreau dans « Walden, ou la vie dans les bois ». Les médias m’ont informé qu’un important séisme en Asie avait déplacé une importante masse d’eau qui s’était répandu sur tout le littoral avoisinant faisant un grand nombre de victime. L’information m’arrive par la télévision, par le journal, par internet (des dépèches, des blogs). Elle m’est totalement abstraite, lointaine, pour moi qui suis en phase post-festive, le foie et l’estomac en reconstruction après les fameux excès conditionné par cette date de Noël qui nous pousse à une surconsommation alimentaire irraisonnable. Collé à l’écran, je suis de jour en jour dans l’attente de nouvelles images de cette fameuse déferlante, haute de 10 mètres dit-on, et qui doit me permettre de m’immerger, c’est le cas de le dire, dans une représentation réelle, non plus virtuelle, de cet événement rarissime. Aucune image pourtant ne rassasie mon besoin de spectacle car ce que je vois là, en dépis du nombre croissant de morts recensés, est bien un spectacle, et c’est à chaque édition de journal télévisé, des nouvelles images « animées » de ces fameux tsunami que je recherche inconsciemment. Mais la rage de ce séisme n’est pas tant dans le spectaculaire que dans le dévastateur d’une masse d’eau qui se répand sans qu’aucun obstacle puisse empêcher sa progression, et les vagues hawaiennes sont bien plus spectaculaires lorsqu’elles sont d’ailleurs empruntées par les surfers expérimentés.

De nouvelles images par satellite m’apportent encore une vision supplémentaire pour parfaire mon désir de vision panoptique, d’immersion totale dans l’événement. Car il est bien vrai dans cette histoire, que nous sommes plus fascinés à l’idée de voir en vidéo cette vague mythique qui recouvra la cité d’Atlantis et qui recouvrira encore un jour prochain ou lointain New-York peut-être, que d’apprendre que Sumatra s’est déplacé de 20m et que même en soit, la France a bougé de quelques millimètres. Notre besoin de voir et vivre par procuration est irrépressible et les écrans nous offrent toujours un peu plus la satisfaction de ce désir, même si ils n’ont pas la force encore des prothèses comme les pensent des films comme Brainstorm, ou son plagiat, plus proche de nous, qu’est Strange Days.

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