il y a tout de même une question qui me turlupine : en quoi les blogs, les galeries d’images représentant les images “vues” par les yeux des photographes bloggeurs et déposées sur flickr (au delà des intérêts documentaires ou esthétiques) représentent-elle du “singulier”. J’ai parfois l’impression que ce magma, la blogosphère, est sous couvert d’une présentation de multiples “singuliers”, quelque chose finalement de complètement illusoire qui floue encore davantage l’individu qui croit pourtant, dans son épanchement intime ou altruiste, montrer du singulier qui est en fait LUI. Cette multiplication sans fin des “singuliers” où bien souvent on va retrouver la même chose, est finalement bien inquiétante, car en fait, l’on croit publier du singulier, mais la multiplication des singuliers, l’overdose de singulier, provoque un grand magma où l’on a que du commun, du répétitif, et me fait penser au mécanisme télévisuel : je crois regarder le programme que j’ai choisi, qui correspond à mes gouts, et en fait oui, c’est le cas, et d’ailleurs, c’est ce que le société de contrôle veut : que je satisfasse en tout point mes désirs et que cette satisfaction me comble. Mais, alors que je crois avoir le choix sur les programmes que je regarde (dans l’optique une TV numérique avec gestion de profils utilisateur à la TV Anytime, je ne fais que voir ce que j’aime, donc je ne sors pas de MES sentiers battus. Les blogs, c’est un peu la même chose : je blogge donc mon action de blogging se tient… il n’y a pas d’écologie du blog, pas de retour sur soi, d’autocritique. Cela veut dire que le blog doit continuer à se développer autrement si on ne veut pas qu’il devienne quelque chose de COMMUN pour tous les individus, même si les textes de “pensées” ou les images, tout en étant différents, seront en soi IDENTIQUES (même thématiques, même préoccupations techniques collées à l’actualité, même réflexion qui rebondissent les unes sur les autres) , même dans leur semblant de SINGULARITE. Cela veut dire à mon sens, hormis pour les bloggeurs journalistes, que le blog, ces millions de blogs existants dans le monde n’ont globalement aucun intérêt d’être publiés vers tout le monde. Leur réel intérêt est vraiment la conservation de la mémoire, la prise de note continuelle et au jour le jour, leur caractère d’instantanéité : ce retour à l’écriture et à la saisie de la trace est une bonne chose. Pour ces conservations de traces, la plupart du temps intimes, il n’est finalement pas nécessaire d’encombrer le nombre de pages visibles sur le web. Il y a ensuite une autre possibilité, une autre approche du blog qui est à envisager : le blog comme constructeur de l’identité “virtuelle” des personnes : Je blogge donc je suis, et par mon profil FOAFpublié sur mon blog, je définie ma famille, ma collectivité d’appartenance, je défini mon Web of Trust. Le futur du Web c’est un “cyber”-monde composé de multiples strates utilisant un même réseau mais bien fermées, isolées les unes des autres : strate économique, technoïde, pornographique, familiale, etc. Des zones qui ne seront pas joignables mais emprunteront le même transport.