STANDARD : dispositif pour téléphone public

standard / gregory chatonsky
STANDARD / Dispositif pour téléphone public

Le projet de Grégory Chatonsky pour les nuits blanches 2005 se propose d’utiliser les cabines téléphoniques de la ville de Paris pour créer une communication asynchrone et intime entre des quidams qui répondraient à la proposition de dire, dans le combiné de téléphone de ces cabines, « Qui ils sont ». Derrière cette mise en lumière des histoires des humains peuplant la métropole, j’y vois la mise en lumière d’un autre élément, souvent passé inaperçu, mais en péril, le lieu de la cabine téléphonique.

Dans les revues informatiques et sur les panneaux publicitaires, tout est mobile, tout vante (vend? vente?) la possibilité d’ubiquité de nos vies par les médiations des ordinateurs et téléphones portables, des « assistants » électroniques. Cette élimination de l’espace, virtuelle seulement car jamais l’homme n’aura le don d’ubiquité, a pour répercussion l’élimination de certains espaces au sein de l’espace public. La cabine téléphonique constitue à cet égard un lieu particulièrement singulier dans nos espaces publics, c’est un ilot planté au coin des rues et qui permet à une personne de s’immerger dans la communication avec un proche, c’est donc en quelque sorte un vestige de l’espace privé dans l’espace public. Les cabines téléphoniques sont facilement identifiables à tout moment de la journée car elles sont éclairées de nuit aussi, du dessus. La cabine téléphonique est dans l’espace public, un lieu qui a recueilli des milliers de vies, par ce qu’elle a permit comme mise en lien entre deux individus. Cet ilôt est aussi parfois une sorte d’ilôt de sécurité : en Allemagne (et ailleurs aussi vraisemblablement), il y a dix ans encore, les cabines contenaient un mécanisme d’urgence, sous la forme d’un levier, qui permettait à une personne en danger, de s’enfermer dans sa cabine, tout en contactant la police.

A présent, du fait de l’émergence de cette « mobilité » tant vantée par le marché, les individus ne vont plus s’arrêter et se rendre « im-mobile » dans ces cabines. La cabine téléphonique va disparaitre.

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