Archive pour décembre 2005

Retour sur la publicité et le Web 2.0

Mercredi 21 décembre 2005

Depuis le dernier article, j’ai pu discuter avec un collègue auteur d’un site Web de résultats sportifs très fréquentés. Il en retourne que la critique du google AdSense ne tiens plus dès lors qu’il s’agit de faire fonctionner un site Web qui coute de l’argent (bande-passante, nom de domaine, stockage). Dans ce cas, en dehors du bouton « donation », seul Google AdSense et son mécanisme de rémunération au clic, permet de d’équilibrer le cout d’un site Web. La conséquence n’en est donc pas moins que Google est donc le sponsor de tout le monde…

Pour revenir sur le publicité, et notamment sur le Web 2.0, qui est un terme censé représenter les nouvelles générations de site Web (utilisation systématique des standards, fils RSS, utilisation d’API de type AJAX), il semble à parcourir les applications Web2.0 recensées par Dion Hinchcliffe, que le moteur des sites Web nouvelle génération de type 2.0 est bien la publicité : « nous vous mettons des services gratuits à disposition et en contre-partie, vous acceptez de recevoir des stimulis visuels de type publicité ».

Ainsi donc, le Web2.0 n’est pas seulement l’implémentation de standards très efficaces tournés vers une meilleure utilisabilité pour l’utilisateur final, le web2.0 est surtout un formidable effet marketing qui derrière ses qualités affiche aussi un changement radical de la portée du Web devenant commercial tous azimuts. Car il est bien clair que la dimension pratique de certaines applications web2.0 (delicious, flickr) nous en rend captif. Ensuite, le caractère sémantique d’un grand nombre de ces applications a pour effet de mieux nous cibler d’un point de vue marketing, et ainsi de plus efficacement nous solliciter par des offres commerciales.

Martin Springer, acteur et contributeur du Digital Media Project et auteur d’un blog sur les DRMs, me disait récemment : donc il va y avoir 3 webs, le 1.0 tel qu’il existe actuellement, le 2.0 avec de la pub, et le 3.0 qui sera celui de l’avènement du mécanisme TCPA. Rien de très réjouissant donc.

Le “nerf de la guerre”

Mardi 20 décembre 2005

Le coeur de nos sociétés de consommation contemporaines, c’est la publicité, les annonceurs, la réclame. C’est tout une dynamique où il faut toujours plus solliciter le client, amener à l’achat, faire désirer le produit. Dans le domaine de l’internet, google s’est taillé un beau blason dans le domaine. Grâce à sa maitrise quasi monopolistique de la recherche sur internet, google permet de vendre de l’espace de réclame, cet espace n’est rendu intelligible que par la puissance de calcul pseudo-sémantique de google. Google Adword et Google AdSense sont deux « produits » de Google qui repose sur la maitrise du web de google : vendre des mots ou à partir des mots vendre des annonces. Google Adsense notamment contamine de plus en plus les pages web, comme si l’appat du gain était plus fort qu’une certaine éthique voulant faire d’un site web un espace indépendant. Google AdSense est partout, entre les articles des blogs et sur les colonnes des sites Web.

A titre d’expérimentation, le blog « memes instantanes » va être contaminé pendant quelque temps par une réclame issue du programme AdSense. Il n’y a pas d’enjeu pécunier là-dedans, ce blog reçoit par semaine une moyenne de 50 visiteurs distincts, dans un intervalle de 10 minimum à 100/150 maximum. Rien donc qui puisse permettre d’engranger des bénéfices substanciels. La contamination visuelle sera aussi restreinte à sa forme la plus restreinte : une seule pub.

L’objectif est ici de voir évoluer ce que j’appelerais un meme : la vignette google AdSense, et voir surtout ce que son contenu peut mettre en avant, car je doute que les réflexions de ce blogs soient mesurables par un algorithme à la google.

Il n’en demeure pas moins que furtivement, la première annonce de cette vignette a été pour un livre « everyday magic : the power of memes« , et je note ici les quelques premières lignes de ce site :

Memes are learned attitudes or behaviors, decisions and beliefs. Memes determine how you think, how you act, who you are, your self-esteem, your motivation in life, your kinds of success. We learn memes by watching our parents’ example, by indoctrination in schools and religious training, by watching and listening to our friends and the news on TV.

Google Adsense, le bruit esthétique de la contamination de l’espace privé

Lundi 19 décembre 2005

1 dollar et 56 cents, voilà ce qu’ont rapporté 6 clicks, dont certains effectués par moi-même, sur les réclames Google Adsense. Qu’est à dire? Cela veut dire que chacun peut gagner de l’argent grâce à Google, cela veut dire que Google c’est super…

Cela veut à mon avis surtout dire et la réflexion ne m’est venue que sur le tard après avoir entamé cette expérimentation : Ce n’est pas nous qui souscrivons à un « service » de Google, C’EST GOOGLE QUI NOUS ACHETE !!! Et qu’est ce que cela veut dire ? Cela veut tout simplement dire que Google, tout comme Coca-Cola occupe la totalité de l’espace mondial et se retrouve sur une barraque au fin fond de l’Afrique (ces deux sociétés ont d’ailleurs une cotation en bourse équivalente), nous achète par le biais de Google Adsense afin d’OCCUPER LA TOTALITé DE L’ESPACE VIRTUEL que consitue le Web.

On me rétorquera, comme il y a plusieurs années une connaissance me rétorqua que la bourse n’était pas virtuelle « car il s’était payé ses vacances en boursicotant« , que néanmoins Google Adsense fonctionne bien puisque ça rapporte de l’argent facilement. Cela est vrai, mais je réponderais aussi que ça ne fonctionne pas parce que la publicité ciblée apparue sur le blog « memes instantanés » ne correspondait jamais à son contenu réel, et surtout, ce n’est pas parce que toutes les femmes pourraient gagner de l’argent en se prostituant qu’elles le font…

Sans jouer les justiciers, ni les éclaireurs, et conscient que Google est un élément clé et majeur de mon utilisation actuelle des nouvelles technologies (production, création, consultation, mémorisation, connaissance), je pense qu’il est temps de cesser de laisser cette très minimale icone de google trainer le long des pages Web (non au google adsense, non au formulaire de recherche sur google à partir des pages web).

Google va racheter 5% des actions de TimeWarner

Je met aussi un terme à mon « expérimentation » puisqu’elle n’a plus lieu d’être.

adsense report

L’enregistrement du temps

Dimanche 18 décembre 2005

adsense1

Google m’informe par le biais de sa contamination AdSense (en bas de la barre latérale droite) que j’ai moi-même inséré au sein de cette page, que ce blog doit avoir trait à l’enregistrement du temps. On ne pourrait pas mieux dire. Néanmoins, je ne parle pas de ce temps « pulsé » dont le produit probablement vanté par la réclame favorise, je parle d’un temps que l’on nommerait le temps de l’individuation.

Vous pouvez toutefois cliquer sur ce lien si vous souhaitez en savoir plus, cela m’apportera peut-être de quoi contribuer à faire sortir Steve Kurtz du pétrin. Si vous souhaitez cliquer ailleurs pour une autre cause, alors rachetez google par GoogleAdsense comme proposent de le faire un collectif d’artiste pour le projet Google Will Eat Itself :

We generate money by serving Google text advertisments on our hidden web-sites and our show-case site GWEI.org. With this money we automatically buy Google shares via our Swiss e-banking account. We buy Google via their own advertisment! Google eats itself – but in the end we will own it!

By establishing this model we deconstruct the new global advertisment mechanisms by rendering them into a surreal click-based economic model. We inject a social virus (« let’s share their shares ») into their commercial body hidden under a polite and friendly graphic surface. Theory Text – Hack the Google self.referentialism.

BURNSTATION ))) FR33 TH3 M3DIA ((( ……………

Lundi 12 décembre 2005

BURNSTATION ))) FR33 TH3 M3DIA ((( ……………
burn station

Le projet BURNSTATION sera présenté à la prochaine édition de Transmédiale à Berlin. Il s’agit d’un logiciel qui permet de parcourir et écouter un ensemble de morceaux musicaux en licence libre et de se graver sa propre sélection. Une borne à installer à l’entrée de toutes les FNAC… Le logiciel est diffusé lui-même sous licence GPL.

une réflexion sur la contamination SONY

Jeudi 8 décembre 2005

Sony’s DRM Rootkit: The Real Story

Bruce Schneier revient sur l’infection de centaines de milliers d’ordinateur par le logiciel secretement introduit par SONY pour soi-disant s’assurer de la non reproductibilité de morceaux de musique. Sony n’a pas lu le fameux article de cory doctorow : « Microsoft Research DRM talk » (en français ici) : pourquoi les systèmes DRM ne fonctionnent pas!

« The only thing that makes this rootkit legitimate is that a multinational corporation put it on your computer, not a criminal organization. ».

Ce que fait remarquer Bruce Schneier, au delà du retour sur les faits, c’est que les fabricants de logiciels anti-virus ne sont pas intervenus, ce qui est pourtant ce pour quoi ils sont payés : pour protéger nos ordinateurs d’incursions externes.

Conclusion : il ne faut décidément plus acheter de CD chez le disquaire du coin.

songbird

Mercredi 7 décembre 2005

songbird
songbird media player weblog

Maintenant que firefox a atteind une maturité certaine et effectue une véritable percée auprès du grand public, plusieurs éditeurs de logiciels s’emparent de cette plate-forme – car firefox, avant d’être un browser, est avant tout une plate-forme -, et font dériver l’outil vers d’autres usage. J’ai déjà mentionné flock récemment. Il existe à présent un nouvel outil, songbird, qui devrait sortir mi-décembre et qui semble faire évoluer firefox vers un lecteur audio/video, comme itunes, ipodder, anttv. On peut très bien s’imaginer qu’à terme, firefox sera donc le lecteur multimédia (de type podcast encore), au même titre que le client DTVdu projet participatory culture, qui n’existe pour l’instant que sous macosx et linux (en version très alpha).
Firefox et ses dérivés offrent donc immanquablement une préfiguration de la plate-forme future de la télévision sur le web, car il est bien clair que la télévision va se déplacer sur le web : l’interactivité sur le web est déjà beaucoup plus élaborée qu’elle ne parvient à l’être sur la TV en broadcast, où aucun format interactif n’a vraiment émergé (pensons à MHP, ou à OpenTV). Cette bataille des formats et de la normalisation qui fait rage aussi sur le web ne peut mener à rien dans le monde du broadcast et c’est une première raison de cette fin annoncée du broadcast.

Ensuite, la véritable expérience télévisuelle que veulent les consommateurs, c’est la vidéo à la demande (même si cette vidéo à la demande ne l’est plus car la demande « vraie » n’existe plus, elle se synchronise en direct, comme dans le projet TV de Al Gore et Google : CurrentTV). La vidéo à la demande n’existe pas, tout ce qui est proposé est toujours soit une pseudo VOD (VideoOnDemand) ou le choix est réduit, ou alors, ou les temps de diffusion sont régulier, tous les 15min, et on se branche sur « notre choix »(NVOD). La seule vraie Vidéo à la demande que je connaisse se nomme emule, edonkey, etc., même si l’illégalité de la pratique fait oublier l’innovation du principe. L’innovation du principe, c’est la résolution du problème de la bande-passante par le partage du téléchargement / chargement. La plate-forme BroadcastMachine repose sur ce mécanisme : je poste un fichier un torrent d’un fichier vidéo de grande taille, et dès publication de ce fichier, des personnes peuvent instantanément commencer à télécharger son contenu et à le partager. Cette innovation permet notamment à chacun de devenir émetteur, ce qui introduit une véritable subversion dans le principe télévisuel qui est avant tout un moyen de controler les masses, une communication uni-directionnelle.
Si la télévision numérique à la mode satellite, cable ou terrestre aura du mal à rester, c’est aussi par son manque de voie de retour, celle qui permet de renvoyer à l’émetteur les gouts télévisuels du consommateur et de lui envoyer des annonces publicitaires personnalisées. Bien entendu, des moyens mixtes apparaitrons surement. Cette voie de retour éminemment stratégique est en même temps très difficile à faire accepter au consommateur qui y voit une incursion dans sa vie privée. Sur internet, la question ne se pose pas : la voie montante, c’est le choix, le clic, le coeur du principe hypertexte.

De la photographie au cinéma

Dimanche 4 décembre 2005

On se souvient que Muybridge a ouvert la porte à l’idée du cinéma. Le cinéma n’est que de l’image animée, une succession d’images fixes qui donne l’illusion d’un mouvement complet alors qu’il n’est que partiel. Le cinéma, comme le dit Bergmann, c’est le noir entre les images. Godard lui, dit qu’au cinéma, les spectateurs passent autant de temps dans le noir qu’à voir le film lui-même. Ce noir, c’est toute l’essence du cinéma, l’errance entre les images qui permet à notre esprit de remplir les trous, remplir les blancs du noir, en y appliquant notre mémoire.

On a beaucoup critiqué, à juste titre d’ailleurs, la lenteur de capture d’image des appareils photo numériques. Cette lenteur est due à un temps de traitement analogique, le temps de traitement des informations lumineuses transformées en impulsions électriques par le capteur CCD de nos appareils numériques. Ce temps de latence s’est tout de même considérablement réduit, même si les photographes vous diront que c’est beaucoup trop lent.

Je me suis essayé à une petite expérience concluante, celle de capturer (grâce à un mode spécial de prise de vue en rafale de mon appareil) en continu l’animation de la place Kléber à Strasbourg. Il m’a fallu réduire la taille des images à du 640×480, ce qui n’est d’ordinaire jamais choisi pour des photographies numériques, et je suis parvenu ainsi à trouver la bonne contrepartie entre vitesse de prise de vue (diminution du temps entre deux images fixes) et temps de dump des informations du capteur.

Il m’a fallu ensuite trouver l’outil permettant de recréer l’animation, et c’est la trousse à outil virtualdub qui une fois encore est venu à la rescousse. On « ouvre un fichier vidéo », choisit en extension une séquence d’image, puis on choisit la première image, et le tour est joué. On peut ensuite sauver la séquence en AVI, rajouter ou pas du son. J’ai réutilisé un enregistrement sonore effectué à ce même endroit 3 mois auparavant.

Finalement cette petite manipulation montre qu’avec les appareils numériques, on peut recréer de l’animation avec des résolutions et une qualité supérieure au mode ‘caméra’ souvent intégré à ces mêmes appareils.

shillPages – Movie Title Screens Page

Dimanche 4 décembre 2005

shillPages – Movie Title Screens Page
ulysse

Comme je l’écrit souvent, la machine ne peut toujours pas extraire les éléments singuliers des médias temporels à la place des opérateurs humains. Il faut pour cela employer des techniques algorithmiques encore inabouties et qui demandent la construction de modèles mathématiques approximatifs. On va plutôt développer une approche heuristique de recherche par tatonnement, dont le résultat est souvent très satisfaisant, même s’il va reposer sur une approche statistique, mais tout cela demande du temps à nos « chercheurs ». Parfois des individus entament eux-mêmes un travail d’extraction systématique, presque obsessionnel, d’éléments de films, de motifs, de « memes ». J’y fais référence parfois dans la catégorie « collection », car c’est bien d’un travail de collecte dont il s’agit. J’ai notamment déjà fait référence dans deux précédents articles à des collections d’extractions d’élément singuliers provenant de films cinématographiques : « girls with guns » et « in my arms ». Steven Warren Hill a pour sa part entamé depuis 1997 un travail d’extraction systématique des TITRES de films qu’il a pu consulter. Actuellement 3360 images, captures d’écran TV ou DVD, présentent la MARQUE typographique inscrite sur le film cinématrographique.
Même si comme le stipule l’auteur du site, il s’agit bien d’une recherche sur l’approche typographique des titres de film, ce travail de collecte constitue bien une formidable approche du cinéma dans son approche textuelle, une forme de résumé de l’histoire du cinéma, vu par le texte.

Vertigo…Then and Now

Dimanche 4 décembre 2005

vertigo

Vertigo…Then and Now

Le film Vertigo de Alfred Hitchcock est un chef d-oeuvre étrange qui a inspiré nombre de réalisateurs et continue d’être l’objet de maints écrits critiques. Chris Marker y fait abondamment référence dans « Sans Soleil ». Ce film a été revisité par plusieurs artistes contemporains :
- Les Leveque : 4 VERTIGO
- Gregory Chatonsky : readonlymemories, plantat.ion, rememorat.io-n
- Douglas Gordon : Feature Film
- David Reed : Scottie’s Bedroom
- Cindy Bernard : Location Proposal #2
- Victor Burgin : The Bridge
- Christian Marclay : Vertigo (soundtrack for an exhibition)

Sur le web, on trouve aussi une comparaison des lieux de tournage du film entre le moment du tournage de ce dernier, et maintenant (lien en début d’article).

Enfin, Brendan Dawes propose des posters générés à partir de toutes les images clés des différents plans de films, et notamment Vertigo : http://www.brendandawes.com/sketches/redux/project.html