Communication et enregistrement
Dans son blog, récemment remanié esthétiquement, Gregory Chatonsky rappelle dans un article récent le paradoxe des téléphones portables, qui d’outils de communication, donc de transmission d’un message communicationnel « qui ne reste pas », deviennent des outils de capture et d’enregistrement photographique et vidéographique et donc retiennent l’information. Qu’en est-il de la nature profonde de ces prothèses que nous portons à même notre corps et qui deviennent peaux et organes, et que donc nous ne « portons » plus puisqu’elles s’intègrent à notre corps même, et constituent la membrane, l’interface de communication et de perception/sensation avec le monde extérieur. Je ne porte pas un portable, il s’insère, se love dans ma main, dans ma paume (« palm », mot anglais de paume). Ces outils deviennent même plus que des prothèses, ils deviennent le corps lui-même… et le corps carné de disparaitre.
Dans l’exposition « Meisterwerke der Medienkunst aus der ZKM_Sammlung », à laquelle je faisais référence hier, quelques écrans de télévision diffusaient de cours documentaires de penseurs importants des nouveaux médias. Les écrans ne faisaient que diffuser des images, car pour capter le contenu, il fallait se coiffer d’un casque : j’ai choisi d’écouter quelques mots de Jean Baudrillard dont les essais m’ont fortement influencé, et je tombe sur ces mots (que je transcris de mémoire, donc remaniés) :
« avec le virtuel, pour la première fois une espèce, l’espèce humaine choisit de disparaitre, de s’anéantir, dans une autre forme… »
Autant j’avais pu associer la notion de disparition au problématique de vitesse, que l’on retrouve aussi dans les essais de Paul Virilio, autant je ne m’étais pas formulé les choses en ces termes , toujours trop proche que je suis de ma présence carnée au monde (Dans d’autres sphères, Antonin Artaud parlait d’un corps sans organe). C’est en ce sens que pour moi les prothèses que sont les outils et « périphériques » (le terme qualifie bien ce qu’est une membrane), sont plus que des choses portées, elles sont à terme des artefacts de corps disparus, ou alors les présences au monde de corps disparus.