Archive pour février 2006

Le téléviseur à fragments

Mercredi 22 février 2006

Democracy – Internet TV Platform – Free and Open Source Internet TV Platform.

democracy

J’ai à plusieurs reprises mentionné dans ce weblog le projet participatory culture dont l’importance me parait majeure. Ce projet travaille à la mise en place d’un dispositif complet de télévision par le web :

- une plate-forme de publication de contenus permettant publier par des flux rss des contenus sous forme de fichiers torrents, vidéos ou de liens externes. Cette plate-forme, c’est la broadcast machine, que je teste régulièrement et qui constitue un mécanisme minimal de publication de contenus vidéos notamment. Son développement est actuellement quelque peu ralenti mais elle subira rapidement des améliorations

- un client de consultation des médias. Ce client n’existait jusqu’aujourd’hui que sur le système d’exploitation Mac, il est à présent disponible en version Beta sur win32 et très bientôt sur Linux.

Ce qui ressort de l’utilisation de ce client, assez proche dans le principe du client iTunes dans l’approche podcast, c’est qu’effectivement une nouvelle approche de consultation de médias en flux est à l’oeuvre :

On souscrit à des canaux (fils rss 2.0) de notre choix. On peut décider que les contenus se téléchargent automatiquement. Les médias se lisent les uns après les autres : c’est bien de la TV, sauf que ici ce sont des fragments et canaux qui sont choisis (ok, c’est comme la TV actuelle), mais ces canaux et fragments proviennent de quidams, videobloggers, petites plate-formes de diffusion sur le net. Nous sommes bien dans une approche d’hyperdistribution, consultant en flux des contenus d’individus indépendants et non pas de grands conglomérats. Bien entendu, le download torrent est intégré et totalement transparent, invisible, ce qui signifie que l’approche réseau est invisible. Ce qui apparait seulement, c’est le média, et quand il est entièrement téléchargé, il est là. Nous avons en quelque sorte un nouveau mode consultation à mi-chemin entre consultation de base de données avec accès séquentiel et création de flux contigu à la sauce broadcast.
Tant d’activisme et d’enthousiasme pourrait paraitre suspect, mais le fait est que depuis 1997, j’ai travaillé dans le domaine de la télévision cherchant à comprendre quels mécanismes technologiques pourraient permettre que l’utilisateur final continuent de conserver un quelconque moyen de contrôle sur le FLUX. C’est notamment avec chance que j’ai pu travailler sur le projet d’une SetTopBox sur Linux, projet qui a donné naissance au projet libre LinuxTV, auquel on doit un grand nombre de développement autour du format DVB sous linux, intégrés dans le noyau Linux ou dans des projets comme MythTV (je parle autant de l’API bas niveau du kernel linux pour le DVB, que des drivers de decodage DVB-MPEG2 nécessaire à la réception et au décodage d’un signal satellite, cable ou terrestre sur linux). J’ai ensuite poursuivi dans le Wecast pour à présent explorer la visioconférence. Le fait est qu’il m’a toujours été évident que le domaine des « flux vidéos » est d’une importance capital. Si c’est un lieu commun de dire que la télévision est l’opium du peuple, il reste néanmoins évident que ce fait va en s’amplifiant et que devant tant de déferlement d’images et tant de stratégie de contrôle des consciences, il est important de penser à des stratégies subversives pour s’insinuer dans ces mécanismes télévisuels.
Ce système complet qui semble se finaliser a pris le nom de Democracy, mais après tout, l’utopie a du bon, et en ces temps troubles (?) (que disent les sous-sols? Où en sont les forces chtoniennes…), l’activisme doit prendre des formes simples, comme celle de s’exprimer simplement en réinventant la télévision.

Sedarka – Shibashi Todomen

Mercredi 22 février 2006

Sedarka – Shibashi Todomen [NTT021]

shibashi todomen

A force de parcourir les films et les musiques hébergées sur archive.org, on fait des découvertes rares. Ainsi, j’écoutais quelques flux .m3u et je tombe sur une formidable réalisation électronique de Sedarka que je ne connaissais pas. Je reconnais tout de suite un son que j’apprécie, qui couvre instantatément le spectre électronique, de la manipulation digitale disruptive aux assauts breakcore. Un comparatif me viens à l’esprit : cette album vaut une réalisation d’un Richard Devine (même si je ne connais pas ces travaux les plus récents), l’orfèvre des micro-structures, que l’on compare parfois à Richard James (Aphex Twin), bien que leurs réalisations soient tout de même dans des explorations différentes.
De fil en aiguille, je tombe sur le label qui est à l’origine de cette diffusion, entity, netlabel belge qui héberge ses diffusions sur archive.org.

disque dur défectueux

La salle de projection portable

Jeudi 16 février 2006

Laser Projectors Coming to Cell Phones and PDAs

La région centrale

Alors que la question se pose de savoir ce qui va changer après la perte, déjà, de ces salles noires où les peuples se terraient pour se jouer la vie de fantomes flottants sur des écrans en projection, la technologie déjà dépasse ce questionnement du présent, et préfigure des usages où chacun pourra être projecteur. Ces individus ramenés à leur petits PDAs, des multiples lumières projetées vers le dehors, comme un inversé des étoiles projetant leur petites lumières vers nous. La terre qui tourne comme une toupie et à force de ce mouvement, notre champ qui devient tout blanc par l’effet de la vitesse sur les atomes d’images placardées sur l’envers d’une sphère dans laquelle nous sommes le centre, la région centrale.

Censure digitale

Mercredi 15 février 2006

On encense le numérique comme nouvel eldorado de la communication, mais dans les faits, le numérique censure la voix pendant les visioconférences.

censure digitale

In memoriam Aymeric Willier

Vendredi 10 février 2006

J’apprend avec tristesse la disparition d’un ami, musicien passionné et chercheur en interface musicale. L’apprenant hier, j’ai voulu à ma façon lui apporter mon hommage en re-mixant quelques-un des morceaux d’expérimentations électroniques qu’il m’avait communiqué en 2001 déjà, lui qui était plutôt un musicien de Jazz. Je clôt cela par le fameux « libertango » de Astor Piazzola, car j’ai toujours à l’esprit l’interprétation de ce morceau par Richard Galliano qu’Aymeric m’avait fait découvrir, parmi les innombrables cassettes de musique qu’il avait. Aymeric me disait : « Je n’efface rien! ». Cette copie de cassette, « Laurita » de Richard Galliano, je l’ai écouté et ré-écouté des dizaines et des dizaines de fois, usant la bande magnétique, mais toujours ému par l’intensité et la force de ce morceau « libertango », dont l’interprétation dans cet album dépasse de loin celle d’Astor Piazzola lui-même. Je regrette de n’avoir pu la mettre dans ce petit mix.
C’est peu de choses, mais parfois le tragique vous laisse sans voix et vous ramène à votre simple et minuscule condition humaine. Adios nonino !

Devant la recrudescence

Jeudi 9 février 2006

ceux qui nous regardent

« On sait combien le théâtre est hanté par sa fin et ne cesse de raconter sa clôture depuis la tragédie grecque. La déconstruction de la frontalité scénique, de l’adresse langagière, de la narration elle-même n’aura été que le récit de cette u-topie se remémorant des temps anciens où le peuple se représentait dans l’écart entre la scène et le public.

Mais voilà, il reste des lieux, nommés théâtres, trace d’une fonction devenue impossible: le peuple manque. Ces lieux ont été désertés, il ne reste ni public, ni acteur, ni récit. Il ne reste plus que le dispositif, un décor vidé: les chaises face à une scène, les coulisses, loges où on se préparait, une entrée et une sortie. »

Très juste, cette remarque de Gregory Chatonsky, qui se transpose également dans l’optique du cinéma, le fameux théatre cinématographique, la salle que les américains nomment « movie theater ». Cela m’a fait instantanément penser à mon obsession des salles de cinéma vidées, obsession qui m’a amenée à créer une collection de salle de cinéma « mortes », mais toujours visibles, et à traquer des traces de ces espaces de vie de naguère, maintenant bientôt supplantés par les dispositif 5.1 et les vidéoprojecteurs, car au final les multiplexes ont simplement voulu poursuivre l’idée de ce lieu, même s’ils ont fait résonner encore plus fort les bulles de soda et les craquements de pop-corn.

Cette obsession m’a aussi menée à écrire un scénario de film pour lequel j’ai aussi il y a quelques temps cherché des financements, et sur lequel je n’ai pas retravaillé, car les projets parfois n’aboutissent pas… Ce film devait s’intituler, ou s’intitulera si je le réalise : « devant la recrudescence« . Il s’agit d’un projet multiforme, où des projections sont recréées in situ, dans des cinémas délabrés, des projections de générique de fin, qui ne font que dire fin, the end, ende, fine. C’est donc un mélange entre fiction et performance.

Cette obsession encore, enracinée dans mon amour du cinéma, me mène à systématiquement collecter tous les plan finaux de films contenant le mot ‘fin’ que je peux trouver, pour ne fabriquer qu’un seul et unique film composé simplement de plan final avec le mot fin.

Travaillant sur ce projet depuis déjà plus d’un an, j’ai pu constater des choses assez intéressantes :

  • Il n’y a plus de mot fin dans les films actuels, et ce depuis plusieurs dizaines d’années. Il n’y a donc plus d’achèvement dans le cinéma contemporain.
  • Une grande majorité des plans finaux de films terminant par le mot fin sont composées de personnes toujours en partance, s’éloignant… On ne peut trouver plan plus parlant pour accompagner un tel mot.

ante el fin v2

Ruines

Jeudi 2 février 2006

lilith

Bodies are becoming like cities, their temporal coordinates transformed into spatial ones. In a poetic condensation, history has been replaced by geography, stories by maps, memories by scenarios. We no longer perceive ourselves as continuity but as location, or rather dislocation in the urban/suburban cosmos. Past and future have been exchanged for ¡cons: photos, postcards, and films cover their loss. A surplus of information attempts to control this evanescence of time by reducing it to a compulsive chronology. Process and change are now explained by cybernetic transformation, making it more and more difficult to distinguish between our organic and our technological selves. It is no longer possible to be rooted in history. Instead, we are connected to the topography of computer screens and video monitors. these give us the language and images that we require to reach others and see ourselves.
Almost a relic, the body is exercised and sanitized to glorification. It is the last refuge of identity. Like the vanishing city, the body remains as the only concrete proof of existence. Yet, scattered and fragmented under the weight of technology, body and city can’t be recovered by means other than those that displace them: they must be recorded or registered anew. Video replaces the personal diary. Made up of images, urban culture is like a hall of mirrors, its reflections reproduced to infinity. Confronted with their own technological images, the city and the body become ruins. Even technology is attacked by an obsolescence that renders it old instantly. We are faced with a transitory landscape, where new ruins continually pile up on each other. It is amid these ruins that we look for ourselves.

in Megalopolis, Celeste Olalquiaga.

Cela me fait penser aux boites craniennes contenant des architectures de temple en ruine, présentées dans cette fameuse casa memoria de Anne et Patrick Poirier, exposition de l’été 2005 au centre d’art Andre Malraux à Colmar. La mémoire comme cité, cités toujours et inexorablement vouées à devenir ruine. Les corps dans les villes, géolocalisés par des nouvelles technologies « mobiles » en devenir mais qui se précisent de plus en plus, tendent eux aussi à cette même ruine. On aimerait que les choses aillent plus vite, voir cette déliquescence s’accélérer encore plus, comme cette obsession qui parcourt tous les livres de Paul Virilio, marqué lui aussi par ses visions d’enfance dans les ruines d’une ville bombardée. Obsession de la vitesse qui mène plus vite vers la catastrophe, sachant que assurément, il n’y a plus rien à atteindre et attendre, car la catastrophe a déja eu lieu.

Cette fin qui a déjà eu lieu, ce sont les mots que tint l’un des acteurs de la pièce de théatre « Le bleu du ciel » de Ivan Stanev, d’après Georges Bataille et vu en 2000 au Sophiensaele de Berlin :

- »Hey, it’s over, it’s all done ».