« On sait combien le théâtre est hanté par sa fin et ne cesse de raconter sa clôture depuis la tragédie grecque. La déconstruction de la frontalité scénique, de ladresse langagière, de la narration elle-même naura été que le récit de cette u-topie se remémorant des temps anciens où le peuple se représentait dans lécart entre la scène et le public.
Mais voilà, il reste des lieux, nommés théâtres, trace dune fonction devenue impossible: le peuple manque. Ces lieux ont été désertés, il ne reste ni public, ni acteur, ni récit. Il ne reste plus que le dispositif, un décor vidé: les chaises face à une scène, les coulisses, loges où on se préparait, une entrée et une sortie. »
Très juste, cette remarque de Gregory Chatonsky, qui se transpose également dans l’optique du cinéma, le fameux théatre cinématographique, la salle que les américains nomment « movie theater ». Cela m’a fait instantanément penser à mon obsession des salles de cinéma vidées, obsession qui m’a amenée à créer une collection de salle de cinéma « mortes », mais toujours visibles, et à traquer des traces de ces espaces de vie de naguère, maintenant bientôt supplantés par les dispositif 5.1 et les vidéoprojecteurs, car au final les multiplexes ont simplement voulu poursuivre l’idée de ce lieu, même s’ils ont fait résonner encore plus fort les bulles de soda et les craquements de pop-corn.
Cette obsession m’a aussi menée à écrire un scénario de film pour lequel j’ai aussi il y a quelques temps cherché des financements, et sur lequel je n’ai pas retravaillé, car les projets parfois n’aboutissent pas… Ce film devait s’intituler, ou s’intitulera si je le réalise : « devant la recrudescence« . Il s’agit d’un projet multiforme, où des projections sont recréées in situ, dans des cinémas délabrés, des projections de générique de fin, qui ne font que dire fin, the end, ende, fine. C’est donc un mélange entre fiction et performance.
Cette obsession encore, enracinée dans mon amour du cinéma, me mène à systématiquement collecter tous les plan finaux de films contenant le mot ‘fin’ que je peux trouver, pour ne fabriquer qu’un seul et unique film composé simplement de plan final avec le mot fin.
Travaillant sur ce projet depuis déjà plus d’un an, j’ai pu constater des choses assez intéressantes :
- Il n’y a plus de mot fin dans les films actuels, et ce depuis plusieurs dizaines d’années. Il n’y a donc plus d’achèvement dans le cinéma contemporain.
- Une grande majorité des plans finaux de films terminant par le mot fin sont composées de personnes toujours en partance, s’éloignant… On ne peut trouver plan plus parlant pour accompagner un tel mot.
