En effectuant récemment des recherches sur quelques amis perdus de vue depuis plus ou moins longtemps, j’ai eu la surprise de découvrir l’image d’un ancien ami d’un temps antérieur à la période où je l’ai connu. C’est comme si google m’avait permis de parcourir le temps dans le passé. Lorsque j’ai découvert la wayback machine, l’année dernière seulement, j’ai eu la surprise de voir des vieux sites oubliés réactivés à mon souvenir. Tout d’un coup, il apparaissait qu’internet, le réseau, coeur de l’instantanéité de nos jours, était aussi un lieu de souvenir, ou du moins devait le devenir. Il est vrai que l’on conçoit des sites webs tous les jours, mais jamais avec l’idée que leur durée a un sens. Hors, ils ne doivent pas être seulement vus pour leur fonction (de communication le plus souvent), mais représentent aussi une inscription dans le temps. La question du nom de domaine qui permet de positionner un site dans le cyberespace est un problème : un nom de domaine a une durée de vie limitée. Les noms de domaine vivent et meurent et avec eux aussi les traces (le site) dans le temps. La question du nom de domaine est donc un véritable problème. Faire durer un nom de domaine, c’est payer indéfiniment pour celui-ci.
La wayback machine m’a permis par exemple de redécouvrir la forme qu’avait le premier site que j’avais construit, un site très minimal qui ne contenait que quelques pages, mélange chaotique de fragments de code du noyau linux et d’assertions du tractus logico-philosophicus. Ce site s’appelait disruption.org, ce qui en reste sur la wayback machine est des plus minimal encore, mais ce contour des images est quelque chose qui m’évoque quelque souvenir. J’avais dû à l’époque m’inspirer du site de raster-noton.
Ce mot disruption me tenait beaucoup à coeur et m’est toujours important et pourtant, je n’ai pas poursuivi la concession de ce lieu. Il est singulier que personne n’a depuis 5 ans racheté ce nom.
Pour en revenir à cette notion de temps d’internet, on constate aussi que les blogs, site de l’instantané par excellence sont aussi à la fois des sites de la sédimentation dans le temps. Un blog rend compte d’une instantanéité dans la prise de notes, mais se décline dans un temps le plus souvent représenté par le calendrier lui-même. Il est de plus en plus fréquent de voir des personnes architecturer des sites web autour d’un mécanisme de blog et d’antidater des informations pour recréer à la fois le déroulement séquentiel des infos du blog, et proposer le mode « actualité » et à la fois le mode « archive ». Voilà un élément important : le blog propose sur le même plan le présent et l’archive.
C’est la sédimentation qui fait le temps d’internet. Et le nouveau écrase l’ancien. Pour que le palimpseste ne fasse pas disparaitre les traces de l’origine, il faut essayer de conserver : imprimer, stocker sur divers supports… penser la question de la sauvegarde de cette forme mouvante qui semble ne se nourrir que de d’instantanéité et de nouveauté.
Dans cette optique, voir :
http://www.firsttenyears.de/ : travaux d’étudiants de la Merz Akademie.
http://art.teleportacia.org/observation/vernacular/ : formes redondantes du web des « débuts ».
http://art.teleportacia.org/observation/vernacular/frame/ : des tableaux renvoyants à l’esthétique FRAME HTML.
http://www.designtimeline.org/ : 10 ans de design Web.
http://www.leegte.org/ : transposition dans le monde « physique » d’une esthétique des encadrements HTML (broken image, input type, frameset).
http://www.digitalmediatree.com/tommoody/?31705 : sauvegarde en tableau d’une intervention des « déconstructeurs » de screenfull.net.