Extraction

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L’un des maitre mots de ma « pratique » créative est l’extraction. Non seulement cette opération est centrale dans ma pratique, mais elle aussi pour moi centrale au niveau du sens global de ce qui est fait. Je considère, allant en quelque sorte à l’encontre du courant des dispositifs génératifs et computationnels qui sont fortement expérimentés (et « demandés »…) dans l’art numérique actuel, que l’un des enjeux « à venir » dans l’art numérique (ou dans une certaine approche et pratique de cette forme) est l’EXTRACTION. Je considère venir un temps de saturation des stimulis multimédia tels que notre approche cognitive du monde va être considérablement transformée et cela va avoir une conséquence considérable sur notre approche sensible et sur notre rapport à la création ( »artistique ») en général. L’artiste est et sera de plus en plus un focalisateur, un prisme, un « appareil de capture » pour extraire des singularités du FLUX omniprésent. Lorsque l’on commence vraiment à « ne faire que cela », à découper, à extraire, à SEPARER les éléments, on commence à découvrir une prodigieuse richesse de matériaux qui peuvent s’appréhender indépendamment alors même que toujours on les a appréhendés en rapport avec d’autres éléments. Un exemple : Autant la photographie a pu vivre quelques décades avant de subir des transformations importantes (noir et blanc -> couleur -> numérique), le cinéma a subi une succession d’apport technologique important quasi simultanément (nb/muet puis son/couleur/formats/etc.). Cet état de fait a eu pour effet que les apports n’ont pu être vu individuellement. Il en est de même en général de l’informatique qui subit une pression économique (plus rapide, plus de stockage, plus de méméoire) qui empêche d’explorer à un temps t la totalité des possibles.

Le son est encore un élément sous-exploité. Mes extractions sonores régulières de passages sonores ou verbaux de films me mènent à l’idée qu’il y a tout un champ d’exploration possible pour le monde aveugle mais peuplé du son des images (du cinéma en particulier bien entendu). Si on enregistre la bande son d’un film et qu’on l’écoute indépendamment on découvre un autre film. Cela me rappelle aussi le mode zweikanalton de Arte en Allemagne qui contenait souvent une bande son de description du film pour les aveugles (en plus de la sonorisation du film lui-même).

Le son donc (puisqu’on a du mal encore à explorer le toucher : seuls H.E.A.R.T of Stone et Se Toucher toi inventent quelque chose dans ce sens) est un sens de l’aveugle, ou plus intéressant, de l’aveuglement, quand « il y a trop d’images », et que tout devient blanc. L’aveuglement est-il le même entre blanc et noir? (non).

Donc, puisque je ne peux clôre là, lorsque l’on commence à extraire, on découvre des nouvelles formes de matériaux sur des choses qui étaient déjà là. Et aussi, et surtout, pour moi, extraction = temps. L’extraction, le temps de parcours, de découverte, d’extraction minutieuse, est une re-découverte du temps patient et laborieux, chose qui me tient à coeur prenant le travers de cette facilité et instantanéité du résultat par la médiation des outils numériques. Travail d’artisan plus rudimentaire utilisant plutôt les ciseaux et la colle que les puissances vectorielles et computationnelles.

2 réponses à “Extraction”

  1. hshitaka dit :

    je-suis-d’accord-avec-toi-mais-il-ne-faut-pas-juste-extraire-il-faut-produire-aussi…

  2. site admin dit :

    On peut juste constater une chose : si produire c’est rajouter un nouveau déchet, alors cela n’a pas vraiment d’intérêt. On a besoin plus que jamais d’une certaine écologie de la création/production. Pourquoi toujours rajouter des nouveaux « objets ». Par contre, réorganiser, se réapproprier du précédent pour faire du nouveau, ça c’est le lôt de quasiment tout les artistes anciens et contemporains : on fait toujours en fonction de ce qui a précéder. Et puis surtout, chose importante pour en revenir à cet article : pour moi cette extraction parmi la masse informe actuelle est une production à part entière, une action de consolidation symbolique et opérative.

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