Le son de l’amnésie

Il y a quelques mois, je tombais sur le lien ci-dessous

Hitachi Global Storage Technologies | Support | Knowledge Base

Sur le site de la société Hitachi, dans la « base de connaissance », on retrouve une rubrique dans laquelle sont mis à disposition des fichiers son (au format wav), des « bruits qui indiquent un disque défectueux ». Ces bruits sont donc par extension les bruits de l’effacement d’une mémoire, celle de ces supports de stockage et donc par extension, celle de nos mémoires digitales.

Ce soir-là, j’ai eu alors envie d’en faire un morceau de musique entièrement composé de sons de disque dur défecteux. Il n’y avait pas d’autres idées sous-jacentes au départ. Le morceau se construit par répétitions et fusions de ces motifs sonores qui sont tantôt laissés dans leur déroulement complet, tantôt tronqués.

En fin d’article, le morceau.

Une fois ce morceau terminé, il m’a semblé finalement que cette histoire de mémoire cassée déclinée sous la forme d’un simple morceau musical pouvait alors s’accompagner d’images. J’ai pensé alors nécessairement à ces plans de films que j’extraie régulièrement depuis déjà plus d’un an sans rien en faire. Muni de l’outil resolume, j’ai assemblé quelques plans traitant du motif de l’enregistrement : le magnéto à bande son, les images en flip-book de John Travolta dans « Blow out« , clin d’oeil sonore faisant référence au « Blow Up » d’Antonioni, Un phonogramme dans « Hiroshima, mon amour« , etc.

Au final, j’ai obtenu une réalisation courte d’à peine plus d’une minute. Rien n’était calculé dans le montage fait « en live », usant à la fois de manipulation manuelle volontaire (avec pour objectif de faire revenir certains motifs) et de processus automatiques. Ce mode de travail est celui que j’affectionne le plus souvent : préparer un matériau composé d’une collections d’éléments préalablement extraits à gauche et à droite, tout le temps, et construire de façon brute (et donc aussi maladroite) un contenu (son ou vidéo) sans calcul, sans pensée scénaristique. Ce mode de travail s’inspire vraisemblablement de mon « passé » de DJ Ambient, où je fabriquait des « paysages sonores » et avait constaté que les mix non préparés (non pensés au préalable) avait une plus grande inventivité.

On trouvera aussi des maladresses dans cette petite réalisation que je me suis refusé à remanier, des signes rappelant nécessairement les productions de VJ (répétitions de motifs, effets de retour, etc.), mais la rapidité avec laquelle j’ai produite cette petite chose (45 min entre la découverte du lien et la réalisation de la forme finale audio/vidéo), montre aussi la possibilité de dériver soudainement une idée, un média (quelques sons de disque durs cassés), en une forme plus finie, personnelle, image d’une réappropriation quasi instantanée du flux. On peut même penser que ce traitement ira encore s’accélérant dans le futur.
anamnese

(anamnèse, vidéo format MPEG1 (14Mo, compatible tout lecteur vidéo), MPEG2 (90Mo, utiliser VLC) ou MPEG4(4,8Mo))

Une réponse à “Le son de l’amnésie”

  1. [...] Sur une bande son composé intégralement à partir de sons de disques durs cassés, une courte vidéo sur la mémoire et les supports d’enregistrements.  anamnèse (mpeg2): Download  anamnèse (mpeg1): Download  anamnèse (mpeg4): Download [...]

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