Au fond, ce que je comprends d’un film se dispose par segments ou par traits, comme un alphabet morse. C’est par montage de tel segments que je recompose un film et, peut-être, pas tout à fait à mon gré. Je pose ceci : ces traits, ces segments ne sont pas exactement faits d’images ou de signes de certification du réel ; ce sont des points de contact entre des univers de courbures différentes. Les courbures délimitent des espaces et des temps.
La coexistence de ces univers, du mien ou des miens (mais ces derniers n’ont pas de figure, ils font hémorragie, ils attendent simplement des formes, de la pensée, des modulations) et des mondes de fiction, est impossible dans la préservation de leur totalité : ils ont entre eux des points de contacts discontinus. De ces mondes de fiction, j’arrache ou prélève à la fois des traits (des bouts de choses) et des épaisseurs, des hypothèses de sens, des probabilités de signification que je veux un instant contenir, dans lesquels je peux mettre quelque chose en dérivation : une quantité momentanée de plaisir ou d’irresponsabilité qui anime, habille, fait parler des illusions de ressemblance (ressemblances d’hommes, de choses, d’histoires).
Je teste donc quelque chose comme des points de fusion de ma malléabilité à la fiction.
Du monde et du mouvement des images, 1997, Jean Louis Schefer
[...] Du monde et du mouvement des images Au fond, ce que je comprends d’un film se dispose par segments ou par traits, comme un alphabet morse. C’est par montage de tel segments que je recompose un film et, peut-être, pas tout à fait à mon gré. Je pose ceci : ces traits, ces segments ne sont pas exactement faits d’images ou de signes de certification du réel ; ce sont des points de contact entre des univers de courbures différentes. Les courbures délimitent des espaces et des temps. La coexistence de ces univers, du mien ou des miens (mais ces derniers n’ont pas de figure, ils font hémorragie, ils attendent simplement des formes, de la pensée, des modulations) et des mondes de fiction, est impossible dans la préservation de leur totalité : ils ont entre eux des points de contacts discontinus. De ces mondes de fiction, j’arrache ou prélève à la fois des traits (des bouts de choses) et des épaisseurs, des hypothèses de sens, des probabilités de signification que je veux un instant contenir, dans lesquels je peux mettre quelque chose en dérivation : une quantité momentanée de plaisir ou d’irresponsabilité qui anime, habille, fait parler des illusions de ressemblance (ressemblances d’hommes, de choses, d’histoires). Je teste donc quelque chose comme des points de fusion de ma malléabilité à la fiction. [...]