Archive pour octobre 2006

Tabula rasa

Mardi 17 octobre 2006

Au début, je faisais comme les autres blogs, je postais des informations, des liens sur des choses que j’avais vu apparaitre sur d’autres blogs, mais sur lesquels j’avais envie de rajouter un commentaire. J’essayais de fixer ces “news” autrement en les plaçant en perspective, autour de mes centres d’intérêt, de la mémoire, de l’écriture, de l’inscription. Et puis, je me suis rendu compte de ce phénomène propre au blog dont j’étais moi-même quelque part victime, le fait que les informations deviennent circulaires, qu’il y a un phénomène de répétition, qui se retrouve d’ailleurs bien dans ce le terme de “webring” aperçu parfois sur des sites web reliés les uns aux autres par un intérêt commun. Du coup, j’ai eu l’impression moi aussi de tourner en rond. Je suis alors revenu sur moi-même, m’ouvrant moins vers l’extérieur. J’ai essayé d’écrire ce singulier qui peut devenir universel. Lorsque l’on s’arrête, les informations continuent de tourner et l’on se rend bien compte qu’il n’y a pas de changement d’état : que je les véhicule ou non, elles se véhiculent toute seule. Quand l’activité de “veille” s’interrompt (donc on dort?), et que l’on a pas à rendre compte d’une autre activité plus personnelle, ou alors d’une idée, d’un jet de pensée que l’on voudrait porter au monde, alors on n’écrit pas. Il y aussi ce fait que lorsque l’on blogge, on est pas en même temps en train de se promener dans la campagne. Et la vie des villes a beau être excitante, remplie de virtualités et de conjectures futuristes, elle n’en est pas moins une déformation. Il y a quelques années, retournant à mon domicile berlinois après avoir passé quelques jours en contrée natale bretonne, je me disais “combien de temps avant d’être mangé par la ville”. Et jamais ça ne ratait, il fallait toujours pas moins de 24 à 48 heures pour être nouveau “dans le speed”, optimiser mon emplacement sur le quai du métro, marcher vite et reprendre mon visage urbain plus dur. L’échappatoire alors se trouve dans l’exploration de l’ombre des légendes urbaines à chercher les démons tapis dans les tunnels et souterrains. On ne peut s’empêcher alors de répéter plusieurs fois le mot “candyman“, car il n’y a que cela à faire. Pour le blog, c’est pareil. On va surfer sur le net, sur ses blogs favoris, et vouloir “dire” aussi, dans une frénésie du parler et non pas de l’écrire, le blog c’est du parler. Et pourtant, on invente un style, de journalistique à philosophique ou poétique, car c’est le medium qui le veut. On met des petites fenêtres avec des triangles au milieu, et on peut cliquer dessus, et ça bouge. Et si on met en scène le moi (le vous) dans un tube, alors il ne faut jamais oublier que ces tubes, ces tunnels (ernesto sabato) sont parfaitement hermétiques, et ne communiquent pas, ne communiquent jamais. Donc on se regarde se débattre dans les tubes, les tunnels adjacents : les tubes sont transparents, on peut voir à travers, c’est ça le grand tragique de la chose. Si proches, si loins. Il est vrai que parfois, comme on déchire et brule une page blanche, il serait bon d’être un peu plus radical, de se retrouver entre amis avec des disques durs personnels et jouer au palet avec, ou au frisbee après les avoir desossés, oublier un peut tout cela.