Archive pour décembre 2006
Composting the Archives: The Case for Digital Decay
Vendredi 29 décembre 2006Un moment
Vendredi 15 décembre 2006Poésie
Mercredi 13 décembre 2006Séquence et programmatique
Vendredi 8 décembre 2006Repensant au titre (lignes des temps…) ainsi qu’à la forme / au paradigme du logiciel « Lignes des temps« , je me rends compte comme l’approche semble (on ne peut rien dire sans avoir testé le logiciel) déjà dépassée : C’est un logiciel qui offre une vue séquentielle du temps. C’est le même paradigme que celui des séquenceurs sonores, la forme visuelle du logiciel étant également identique : une timeline sur plusieurs couches sur laquelle apparait des motifs correspondant dans le séquenceur son à des patterns sonores et pour le soft d’indexation (ou de montage vidéo, paradigme équivalent puisque l’indexation vidéo est du « démontage ») des séquences correspondant à une continuité physique (le plan) ou sémantique (une séquence sur un sujet particulier, avec un motif visuel particulier, etc.). Tout cela néanmoins ne s’appréhende que dans un temps horizontal, approche séquentielle qui a ses limites car la possibilité d’appréhender le média dans sa profondeur (chose aussi difficile à définir) est rendue impossible. Dans un précédent article, j’avais déroulé ce qui me semblait être une évolution de la musique électronique dans son rapport aux outils utilisés pour la créer. On a notamment vu apparaitre de plus en plus des outils modulaires, indépendants de la timeline du séquenceur, à l’image des outils de type max/msp et pure data, ainsi que les Reaktor et audiomulch. Ces outils manipulent plutôt des intensités, partent de « l’atome » vers la molécule puis vers l’aggrégat principal. En ce sens, les outils de création sonores, qui ont déjà « atomisés » la musique offre déjà une plus grande décomposition que les outils pour la vidéo qui reste encore et finalement trop rudimentaire : le montage séquentiel de montage et la mosaïque de sélection du logiciel de VJing. Faire preuve d’innovation dans l’indexation, c’est proposer de l »écriture instantanée à partir de vidéo, ce n’est pas redécouper un film existant. Il faut de la plastique, de la malléabilité, cette plasticité ne doit pas être seulement horizontale, elle doit l’être en profondeur, elle doit aussi être pseudo-aléatoire. Il faut à un moment donné que cette STRUCTURE de la machine s’efface, il faut qu’apparaisse des surprises, des incidents, des disruptions, des « événements ». Il faut de l’impulsion, des saillies, des MOMENTS qui sortent de la timeline, qui soient de nulle part, pris pourtant dans le flux du déroulement temporel de la timeline, sortis de la ligne des temps.
Périphériques
Vendredi 8 décembre 2006
Au début du film « Level Five » de Chris Marker, la caméra « flotte » sans se fixer et suit l’activité d’une main faisant glisser une souris. On ne voit que la main et la souris qui bouge, mais cette action semble comme déconnectée de son objet, vraisemblablement le déplacement d’un « pointeur » sur un écran. On oublie finalement que nos interactions avec l’ordinateur, machine rudimentaire dotée de mémoire, de stockage et de capacité de calcul (CPU), passe par les périphériques, et notamment l’écran et la souris avec lesquels nous sommes en inter-action (action / retour visuel / réaction /etc.).

Grâce au petit hack permettant de fabriquer une souris dont l’action peut-être enregistrée sur deux ordinateurs à la fois, il est possible de tracer dans un logiciel de dessin sur ordinateur, le tracé effectuée par la souris sur l’écran pendant une journée complète de travail, ou alors lors de l’utilisation d’un logiciel. On peut alors par ce biais avoir une autre représentation de notre interaction avec l’outil informatique.

Ce travail ressemble finalement aussi à ces tracés obtenus à partir des coordonnées de parcours constitués par les errances effectuées dans des environnements urbains par des personnes munies de récepteurs GPS.
Autant de traces invisibles jusqu’ici qui peuvent à présent se matérialiser et s’offrir à de nouvelles lectures.
Lignes de temps
Jeudi 7 décembre 2006
Plutôt théoricien, en témoigne sa production importante d’ouvrages philosophiques, Bernard Stiegler a depuis peu lancé l’Institut de Recherche et d’Innovation au Centre Pompidou. Le logiciel « Lignes de temps » présenté sur le site de cet institut se propose de « démocratiser » auprès du grand public la possibilité d’annoter des films. Même si l’idée est louable, et qu’une capture d’écran est bien visible sur ce site, on attend avec impatience le fait de pouvoir tester cet outil qui semble différer assez peu des travaux du studio multisupport qu’il avait plus ou moins dirigé à l’INA, ainsi que d’autres outils tels que le IBM annotation engine dont je parle ailleurs dans ce blog. Au final, que va apporter cet outil? Quel est l’enjeu de l’annotation? Il faut à présent et d’ores et déjà des outils EN LIGNE et non pas des applications « standalone » qui n’apporteront rien. Il faut que les annotations se croisent entre utilisateurs, que se créent des communautés de sens, à l’image des usages autour des tags sur flickr ou sur youtube (avec moins d’acuité). Les notions de « cluster » sur flickr sont par exemple très intéressant. Et à quoi cela sert-il d’annoter un film? Cela sert à proposer une autre lecture de ce film, cela veut donc dire qu’il faut prévoir en premier lieu des approches de lecture/diffusion de film qui intègrent la possibilité d’indexer les films, de conserver des moments pour soi. Et cela veut donc aussi dire que ces outils d’indexation doivent même à terme s’intégrer dans l’approche de consommation de masse des médias, donc dans une approche de haut en bas et non pas l’inverse. C’est la raison pour laquelle, je suis à la fois curieux de voir/savoir ce que cela va donner (mais pourquoi ce logiciel ne peut-il pas déjà être téléchargeable?), mais circonspect sur le résultat dont le résultat risque peut-être d’être trop confidentiel. Nous verrons, l’effet d’annonce s’apparente à celui d’un site web2.0.
Voir aussi, dans le même registre : dialogues, essai d’annotation au MAC/VAL.
Incident
Jeudi 7 décembre 2006Je parcours la ville à une vitesse modérée, sur mon vélo, me laissant néanmoins le temps de voir des visages, de reconnaitre des images qui sont des visages. Et tout d’un coup, sur un visage, je ne regarde plus que l’oeil, ou plutôt l’absence d’oeil caché derrière une paupière fermée comme cousue. Ayant dépassé la personne, je me rends compte qu’à partir du moment où j’ai commencé à me focaliser sur cette paupière, je n’ai cessé de la regarder, ne voyant plus que cela. Ce qui me retient donc, c’est cet incident, cette disruption soudaine dans mon habitude de projection de ma mémoire sur le flux des informations visuelles qui m’arrivent sur la rétine. Tout d’un coup ma mémoire ne reconnais plus, ne sait plus se projeter, et cessant de laisser passer le flux qui est aussi ma mémoire, je m’arrête et fixe sur ce détail qui tout d’un coup est devenu le tout.
La même chose encore se passait chez un autre ami dont l’oeil figé attirait immanquablement mon regard, ce qui bien entendu me génait dans la mesure où je me disais que cet ami devait se rendre compte de ma fixation. Et à force, et même très vite, j’ai cessé d’y « faire attention », à tel point que réfléchissant après coup, hors de la présence de cet ami, je me suis demandé : ai-je rêvé ce détail ? aurait-il entretemps disparu ? etc. A vrai dire, ce détail est toujours là, mais j’ai absolument cessé de le voir, il a cessé de m’interpeller, et même, si je me concentre sur ce détail, j’essaie de le faire ressortir du visage, je n’y arrive absolument pas. Ma mémoire est arrêtée et ne saura plus rien projeter d’autre.
L’incident, c’est donc le déphasage entre le flux et la mémoire, soit que la mémoire ne soit pas encore « remplie », soit qu’un élément du flux ait été modifié, déplacé. Manque évidemment l’envers de la chose, quand la mémoire ne peut plus rien projeter, parce qu’il y a amnésie (vide de mémoire), ou apathie (plus de projection, seulement réception), ou encore : quand le flux ne présente plus de « disparités »…
Vrac
Mardi 5 décembre 2006Text on things : au hasard, des textes extraits de choses.
Media 2.Uh-Oh in a single file : Excellente analyse des stratégies en cours sur internet (google, web2, drm, etc.).
Terragen : un outil de génération de paysage 3D très puissant. Le photographe Joan Fontcuberta a utilisé ce logiciel pour générer ses faux paysages « landscapes without memory ».
Freakyflicks : Incitation à la cinéphilie…
Walking for art’s sake : Petit rappel d’un « grand » artiste : Gianni Motti.
etc.
W
Mardi 5 décembre 2006
W est un hommage au genre cinématographique Western (le fameux « horse opera ») et également à l’un des plus grand philosophes du 20e siècle : Wittgenstein.
W est basé entièrement sur des plans, extraits de films du domaine public accessible sur le site archive.org, et représentant un individu, homme ou femme, chevauchant un cheval.
La légende veut que Wittgenstein, après d’harassants travaux philosophiques à Cambridge, aimait à se relaxer devant des Westerns, assis le plus souvent au premier rang.
Tout est partit d’une recherche sur les travellings, les travellings qui pensais-je étaient très répandus dans les Westerns. Je m’imaginais des images de canyons défilants, mais il n’y en a pas, car il n’y y a pas de train. Le travelling, c’est le train. En parcourant des films de Western téléchargés sur archive.org, ces films qui ont construit mon imaginaire de l’West que je ne connais pas, étant pourtant né dans l’Ouest, mais à Lorient… Dans ces films de Western, ce fut mon constat très vite, il n’y a que des hommes qui chevauchent dans la plaine, qui vont et viennent. Il y a un espace à explorer inlassablement, sans fin, rythmé par les sabots du cheval. Il n’y a dans les Westerns que des respirations de cette sorte, des longues séquences inutiles, absurdes, qui montrent des hommes qui rejoignent des points que l’on n’identifie pas vraiment. J’ai finalement décidé d’extraire ces moments-là, me rendant compte que leur juxtaposition était aisée, et que le mouvement créé se déroule de lui-même. On peut ainsi rester plusieurs minutes, à simplement laisser ce mouvement se dérouler, le mouvement qui a inventé le principe cinématographique, le mouvement du galop du cheval de Muybridge, qui permet de transporter l’homme, d’explorer le paysage. Alors aux extrémités de ce mouvement absurde et évident, ce vide évident, il y a bien sûr son adorateur Wittgenstein qui posent les bornes de la grammaire.
