Incident 3

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C’est en faisant l’acquisition récemment d’un appareil photo SMENA 8M, que je me suis rendu compte d’une forme d’usure qui s’était opéré chez moi dans le rapport à l’acte photographique. Les appareils photo LOMO sont bien entendu reconnus pour leur faculté à « rater » les photographies, et lorsqu’elles sont « réussies », à offrir des images qui renvoient notamment aux images de Super8 (piqué, colorimétrie, etc.). L’appareil numérique « use » l’image, la possibilité de capturer l’image indépendamment de ce qui est vu. L’appareil photo numérique « empêche » de rater une photo, empêche de poser le hasard et la chance de fabriquer une image. On ne fait que capturer le flux, mais on ne sort pas l’image du flux, le flux étant considéré ici comme « ce qui est là » sous mes yeux. Il n’y a plus dans ma capture l’invention d’un temps hors de la capture (ou même un temps autre de la capture), car mon petit écran LCD me montre bien qu’il ne fait que faire un arrêt sur une image qui déroule « en permanence ». C’est un peu compliqué à exprimer dans le sens où la photo a toujours été considérée comme un arrêt sur image, justement. Mais si maintenant il n’y a plus que des images (les images à prendre étant déjà toutes là, toutes capturées, comme le montre l’abondance des « propositions » sur le répertoire flickr) alors on ne peut plus faire d’arrêt sur image. Le fait de revenir donc sur une technique de captation analogique (la photographie argentique), de surcroît en y intégrant d’emblée la possibilité de l’erreur, de l’échec, constitue donc seulement, la possibilité d’un retour à l’image qui serait seul, un incident. C’est un peu comme si il fallait réussir de nouveau à tout désapprendre. Il me semble que Jean Baudrillard dans son activité de photographe, et dans la réflexion sur son activité de photographe, cherchait cela. Une image. Un point de rupture, une faille temporelle qui ne se situe pas dans un temps parralèle à la prise de vue, ni perpendiculaire d’ailleurs, même pas une disruption, plutôt un « saut », vers quelque chose d’autre, une perte d’attention, une micro amnésie.

6 commentaires sur “Incident 3”

  1. « L’apparaître » au détriment de la « capture » ?

  2. Jaspert dit :

    Image et nostalgie .. Pour moi, l’appareil photo remplace juste les esquisses et me sert à observer ( « et capturer » ) , le chef d’oeuvre, lui ne vient pas par hasard.. il faut un travail de laboratoire..
    Art contemporain peinture, photo ou installation ?

  3. Jaspert dit :

    J’métais trompé pour le website, pitié , merci

  4. L’apparaitre au détriment de la capture? Je ne suis pas sûr de comprendre, mais il faut surtout maintenir la possibilité de « l’apparaitre » qui est lié nécessairement à la « capture » et à la possibilité de « capture ». Il n’est plus question d’ »apparaitre » quand les « moyens » de l’apparition ne sont plus là.

  5. Peut-être ma remarque était-elle un peu lègère et peut-être un peu trop naïvement « heidegerienne ».
    Je m’en excuse.
    Je voyais l’aspect « artisanal » de la pratique photographique avec le SMENA 8M comme relevant d’une démarche où quelque chose d’autre apparaissait sur la photographie qui n’était pas dans la simple capture de l’image coupée du flux avec l’appareil numérique.
    J’imaginais une démarche plus naturelle dans l’argentique, donnant à voir quelque chose de plus proche de l’appaître au sens de la phénoménologie heidegerienne ; oubliant presque la technicité du procédé dans le même élan.

    Derrière mon illusion, peut-être ce sombre a priori que ce qui est plus vieux est plus « naturel ».

    Le terme de » réglage » est-il opportun pour concevoir ce qui distingue l’argentique et le numérique ? Je ne suis même pas sûr car on peut faire des régles aussi en manuelle avec les appareils numériques.

    C’est compliqué tou çà … et je croi sque je n’ai pas fini de lire – et relire – ta note.

  6. Je ne parle plus de technique, me semble-t-il. Le point de départ de la réflexion, le fameux SMENA est vu comme un simple symptome, celui notamment du retour à l’erreur quand l’erreur est devenu impossible, mais plus encore, comme un symptome du « refus » de l’image. On souhaite opposer au trop plein d’images (facilité par le numérique), l’absence d’image, ou alors seulement la « chance » d’une image, celle qui nous serait autoriser au détour d’une « réussite » de la prise de vue par l’appareil en plastique. L’image même accompagnant l’article a été « créée » par un enfant de 3 ans avec un appareil photo numérique à 15 euros… Je sais encore ce qu’elle contient, mais c’est un « échec » au sens de l’omniprésente dictature de l’image numérique réussie, mais pour moi une réussite, car justement s’extrayant de cette même « dictature ». Je pense encore et toujours aux « milles milliards de nom de Dieu », la déclinaison EXHAUSTIVE de toutes choses, comme cette déclinaison exhaustive des « propositions », des images, sur flickr, et l’incident, c’est aussi la tentative de soustraction à ce décompte en cours… avec la tentative surement d’accéder à autre chose, d’autres images, etc..

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