Archive pour 2007

Un concept

Mardi 7 août 2007

Je suis allé à Natzweiler. On m’avait dit que tout était reconstitué, mais je ne connaissais personne qui « y » était allé, personne ne m’avait fait de récit. J’avais bien vu des brochures, je savais qu’il y avait un tourisme du souvenir, mais jamais je ne m’étais décidé à y aller, parce que je pensais qu’ »il n »y avait rien à voir ». Pourquoi donc ce colportage sur la reconstitution alors que tout est presque « d’époque » ? Etrange force du lieu et du « concept ».

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J’aime beaucoup ce que « disent » les « réseaux » de livre que l’on lit, les embranchements qui se créent dans nos lectures, comme à notre insu. Qu’est ce qui fait qu’à un moment on lise tel ou tel livre, ou tel autre ? Qu’est ce qui fait que tout d’un coup un ensemble de livres lus « convergent » comme mus par une pression inconsciente. Pour mémoire, je me souviens avoir dévoré Alfred Kubin, Gustav Meyrinck, Ernst Junger et Bruno Schultz au même moment, et je me suis rendu compte plus tard qu’un lien évident liait ces personnages. Fascinant.

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Christophe m’avait donc tendu « Traité de savoir survivre par temps obscur » de Philippe Val. Je ne savais pas trop quoi attendre du journaliste. Et voilà que celui-ci déroule une dialectique de l’espèce, de la pression et « poussée » de l’espèce. Il développe la théorie selon laquelle l’avènement de l’espèce humaine (je dis bien espèce et non pas civilisation) est la figure du camp, de l’internement.

Je suis allé à Natzweiler et j’ai conservé tout le temps mes mains dans le dos. Quelle posture donc ces mains voulaient-elles bien inventer dans ce lieu moderne, contemporain ou même presque « futuriste ». Le camp de Natzweiller s’embrasse totalement du regard. Les plans de son tracé dessinent une forme géométrique et mathématique abstraites : nous sommes dans l’univers de la formalisation, de l’abstraction, des statistiques, de la modélisation, des statistiques. Les casernes ont disparues mais les emplacement laissées vides les montrent tout aussi bien. Ce qui marque c’est une perfection du tracé, je dis perfection parce tout ici est rationalisé. On voit bien que rien est laissé au hasard. Parcourant plus tard le parcours professionnel des SS, je pense à un plan de carrière d’un cadre supérieur contemporain. Lorsque la guide raconte que des projecteurs éclairent toute la nuit le camp, je pense alors à la télévision qui éclaire nos jours et nos nuits. Quand j’entends la « caractérisation » de ce camp : un camp d’extermination par le travail, je pense au slogan politique contemporain qui a fait élire notre actuel président. Je me dis que tout ici est furieusement contemporain, que c’est un concept parce que tout cela me fait penser à une préfiguration, à « ce qui arrive ».

J’ai mon appareil photographique avec moi mais je ne sais pas quelle image je peux « inventer » de ce lieu. Je reste pourtant marqué par ce détail, ces quatres éléments métalliques incurvés en forme de crochet qui servirent aux pendaisons expéditives.

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Sortant du musée du camp, je pense à cet(te) artiste du net qui reste pour moi l’une des références importantes du net art, Netochka Nezvanova, NN, Nacht und Nebel, et je pense aussi à Grégory, à des obsessions qui traversent son travail et surtout je pense au titre du travail que nous faisons ensemble : « Le registre« , comme tous ces registres fascinant de rationalisation qui parcourent inlassablement le musée. Il faut que je finisse ce travail, que je finalise le code permettant de générer les infos de twitter pour faire sortir aussi ces personnes du camp dans lequel ils s’internent. Mais en ce moment, je manque un peu d’énergie. Je viens de faire la rencontre d’une petite Milena qui m’intime d’inventer d’autres couleurs à appliquer sur le monochrome des cendres et c’est un vrai devoir que d’inventer la couleur.

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Moment

Jeudi 24 mai 2007

[...] Privilégier l’intensité du « moment » sur la tyrannie de l’enchaînement narratif. À peu près à cette même époque, Roland Barthes célébrait Brecht de progresser par tableaux successifs.

Chris Marker, écrivain multimédia ou Voyage à travers le médias, Guy Gauthier.

Shots that changed my life (11)

Mercredi 16 mai 2007


Ordet, 1955, Carl Theodor Dreyer

La plus grande scène de résurrection de l’histoire du cinéma. Il n’y a rien de plus improbable que cette résurrection et pourtant elle a lieu et apparait comme une évidence dans sa simplicité. Une autre scène aussi improbable est la scène de la réconciliation à la fin du film « Crossing guard » de Sean Penn. Le pouvoir de l’illusion du cinéma à l’oeuvre.

Shots that changed my life (10)

Mardi 15 mai 2007


Rollerball, 1971, Norman Jewison

Des images qui prennent aux tripes, car ce sont des arbres que l’on brûle, signe aussi de déliquescence. Un mouvement vertical de caméra sur l’arbre qui rappelle d’ailleurs Tarkovsky : l’entrée (l’enfance d’Ivan) et la sortie (le sacrifice) de l’oeuvre d’Andrei Tarkovsky sont d’ailleurs deux plans identiques sur un arbre au pied duquel se trouve un enfant.

Perdu

Lundi 14 mai 2007

En cherchant à illustrer d’une manière ou d’une autre le précédent article, j’ai immédiatement pensé à cette page web : http://www.perdu.com/, lien existant depuis très longtemps déjà et que j’ai toujours eu pour habitude de faire découvrir en premier lieu aux personnes à qui je faisait découvrir Internet. Dans ce simple énoncé, il y a je pense, une illustation parfaite de cette fameuse « désorientation ».

La désorientation

Lundi 14 mai 2007

http://professordvd.typepad.com/my_weblog/2007/05/raw_shark_texts.html

Le rappel du concept de « désorientation » dans une brillante remarque encore de Professor DVD, faisant écho à un précédent article auquel j’avais fait référence il y a quelque temps. Il est question de l’invention,ou de la découverte, par le biais des nouveaux médias immatériels dont le déroulement se refuse à une inscription précise dans une timeline, d’un nouveau territoire non borné, car exempt de toute référence possible à un futur ou un présent. Ce territoire au multiple dimension qui ne se laisse pas appréhender « de manière traditionnelle » est celui du flux exploré par Gregory Chatonsky, ou de la mosaïque explorée inlassablement par Reynald Drouhin.

Parlant de « désorientation », on pense évidemment aussi à l’ouvrage éponyme de Bernard Stiegler, décrivant les transformations des temporalités et cardinalités liées aux évolutions technologiques.

Postmodernism’s most enduring (and perhaps final) triumph lies in the realm of displaced time. Once time became detached, symbolically, from its material representations (a spinning record, an unspooling film, a rewinding videotape) a wavering uncertainty set in. To cut to the heart of the matter: the current insecurity of the West is a deeper insecurity, metaphysical in nature: we have lost the before and after that characterized our understanding of time. The displacement of linear concepts by the concept of the loop and endless replication opens the door for new ways of thinking. The linear flow has been diverted out of the riverbed: we are into new, uncharted territory.

L’Ecriture

Mardi 8 mai 2007

http://cabinetmagazine.org/issues/25/foer.php

l’écriture : de l’inscription en creux à l’inscription en relief.

proto
2060 av JC, Inscription cunéiforme sumérienne.

ibm
1989, 35 atomes de xenon sur un surface de nickel.

Incident 3

Lundi 23 avril 2007

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C’est en faisant l’acquisition récemment d’un appareil photo SMENA 8M, que je me suis rendu compte d’une forme d’usure qui s’était opéré chez moi dans le rapport à l’acte photographique. Les appareils photo LOMO sont bien entendu reconnus pour leur faculté à « rater » les photographies, et lorsqu’elles sont « réussies », à offrir des images qui renvoient notamment aux images de Super8 (piqué, colorimétrie, etc.). L’appareil numérique « use » l’image, la possibilité de capturer l’image indépendamment de ce qui est vu. L’appareil photo numérique « empêche » de rater une photo, empêche de poser le hasard et la chance de fabriquer une image. On ne fait que capturer le flux, mais on ne sort pas l’image du flux, le flux étant considéré ici comme « ce qui est là » sous mes yeux. Il n’y a plus dans ma capture l’invention d’un temps hors de la capture (ou même un temps autre de la capture), car mon petit écran LCD me montre bien qu’il ne fait que faire un arrêt sur une image qui déroule « en permanence ». C’est un peu compliqué à exprimer dans le sens où la photo a toujours été considérée comme un arrêt sur image, justement. Mais si maintenant il n’y a plus que des images (les images à prendre étant déjà toutes là, toutes capturées, comme le montre l’abondance des « propositions » sur le répertoire flickr) alors on ne peut plus faire d’arrêt sur image. Le fait de revenir donc sur une technique de captation analogique (la photographie argentique), de surcroît en y intégrant d’emblée la possibilité de l’erreur, de l’échec, constitue donc seulement, la possibilité d’un retour à l’image qui serait seul, un incident. C’est un peu comme si il fallait réussir de nouveau à tout désapprendre. Il me semble que Jean Baudrillard dans son activité de photographe, et dans la réflexion sur son activité de photographe, cherchait cela. Une image. Un point de rupture, une faille temporelle qui ne se situe pas dans un temps parralèle à la prise de vue, ni perpendiculaire d’ailleurs, même pas une disruption, plutôt un « saut », vers quelque chose d’autre, une perte d’attention, une micro amnésie.

Mémoire brodée

Mardi 20 mars 2007

Louisa Bufardeci ::::: 13 captured telephone conversations – all one minute long:

13 captured telephone conversations – all one minute long

memoire brodée

Louisa Bufardeci représente, par un savoir-faire manuel et principalement féminin, des phrases, des mots parlés, des résonnances de voix. Ces voix représentées dans leur résonnances oscilloscopiques deviennent des images. Le savoir-faire manuel ramène la mémoire de la voix au premier plan, dans le toucher et le visible.

L’image (1)

Jeudi 15 mars 2007

il y a le bermuda en jean qui est « en lambeau », les parties inférieures
jambes ont surement été retirées pour faire à la mode estivale, à moins
que ce ne soit la mode de l’époque (en 1979/1980, je peux retrouver).

il y le terrain vague ou lieu de envahi par la nature chaotique.

il y a cette route qui je crois « monte » un peu et sur la gauche on
accède au terrain vague comme en chevauchant en mur, mais ce n’est pas
sûr, comme quand on chevauche l’ »enclos » en bretagne, pour rejoindre
l’église.

il y a un immeuble, l’archétype rectangle et vertical de l’immeuble ou
je remonte surement, après.

il y a surtout l’entrée dans l’appartement ou doit être tout le monde,
mes parents, etc. Il y a comme un long travelling, un mouvement de
caméra sur des lieux étranges et des gens qui assurément doivent être
figés dans quelque chose. on va dire qu’ils ne bougent pas, qu’ils sont
devenus statues.

Et je dois reprendre ma place comme si de rien était, car il me serait
terroriste que de tout d’un coup rompre avec cet « état des choses ». Donc
c’est donc que cet « état des choses » est profondément dictatorial et
qu’il se refuse totalement à une incursion, un petit grain de sable qui
serait violence.

les choses ensuite ont dû donc se remettre à leur place, et donc tout
est normal.