L’écriture de la partition électronique

L’une des évolutions principales de l’informatique dans les années à venir est la « disparition » de celle-ci :
– D’une part, les applications fonctionnant auparavant sur le poste de travail migrent vers un fonctionnement déporté, sur un serveur distant. On parle d’application ASP (Application Service Provider) ou encore plus récemment de SAS (Software As Service). Le concept effectif et opérant du Web 2.0 repose souvent sur ce principe d’une fonctionnalité logicielle qui s’opérait auparavant sur le desktop et qui maintenant se sollicite par le biais d’une application Web.

– D’autre part, les objets qui nous entourent se dotent petit à petit de capacité sensorielles et computationnelles leur permettant de fonctionner de manière active, autonomes ou en interaction avec des services Web.

Le second courant a depuis quelques années pris un essor important : c’est ce que l’on appelle le « physical computing ». Cette « discipline » est de plus en plus explorée par les designers et artistes dans la mesure où elle permet une interaction avec les utilisateurs ou spectateurs qui ne passe pas nécessairement par la médiation d’un écran d’ordinateur, d’une souris ou d’un clavier. L’interaction n’est plus donc centrée sur l’objet PC renvoyant à la micro-informatique, mais elle se déplace vers tout type d’objets existants ou inventés et également vers l’interaction avec un environnement ou un espace donné.

Cet éloignement du PC est quelque chose de très positif dans la mesure où il permet au processus créatif de se recentrer sur son objectif initial sans être contaminé par le conditionnement des paradigmes de l’interaction informatique au sens propre, c’est à dire encore : un écran de 15 pouces, une souris ou un clavier. Dans le physical computing, la capacité computationnelle est d’ailleurs le plus souvent réduite puisqu’elle réside le plus souvent dans les capacités de microcontrolleurs rudimentaires tel que le ATMEL AVR et le ATMEL ATmega168 (microcontrolleur des cartes Arduino et Wiring). Tout d’un coup, la complexité de l’informatique disparait et l’on revient aux fondamentaux, aux premiers principes électroniques des débuts : la notion d’entrée et de sortie (I/O) pour la réception et diffusion de message, l’information analogique contenue dans un voltage, la binarisation du choix et du résultat à travers l’extinction et l’éclairage d’une LED. Avec l’émergence d’une nouvelle direction technologique qui va probablement rajouter un saut supplémentaire dans la numérisation du monde (numérisation de nos interactions avec les objets fondamentaux), on constate comme toujours que la première étape est un « dévoilement » de ce qui constituait la forme « précédente » de ce monde : des actions atomiques (vrai/faux ouvert/fermé) et des composants atomiques (résistance, voltage, circuit de distribution PCB). Les technologistes appellent cette évolution « l’internet of things« , un environnement ou chaque « périphérique » est interconnecté, plus seulement des ordinateurs (Avant même l’art plastique à proprement dit, le design est probablement le premier à explorer les nouvelles modalités d’interaction avec les objets « communiquants »). La norme IPV6 permettant l’adressage de ces éléments interconnectés est d’ores et déjà en mesure de fournir plus d’adresses qu’il n’y a d’atomes dans l’univers.

Alors que l’algorithme, un langage particulier, est le mode privilégié d’interaction avec le monde informatique actuel, l’exploration du « physical computing » nous amène le plus souvent à apprendre une lecture et une écriture de la « carte imprimée », la fameuse PCB (Printed Circuit Board). D’un mode d’interaction langagier, nous revenons à un mode presque graphique : le principe de la partition, écriture telle que nous l’a proposé la partition musicale notamment. Cette partition électronique est moins temporelle, plus spatiale : elle propose surtout des cheminements de flux (électriques), des labyrinthes électroniques.

Ceci n’est rien de nouveau, ce motif microscopique (quoique re-dévoilé ici par la simplication de la carte électronique de type PCB) nous renvoie à d’autres motifs équivalents de niveau micro ou macroscopiques : La partition ou la mosaique. Ces motifs sont des motifs récurrent de nos interactions avec le monde :

La partition musicale

John Cage

la pixelisation de l’image numérique contemporaine

artefact DVD

la découpe des buildings et champs agricoles vus à travers une fenêtre de Google Maps

google map

ou le hublot d’un avion.

vue d’avion

C’est la représentation récurrente chez Mondrian :

et encore elle est démontrée de manière encore plus explicite dans ce fabuleux film de Godfrey Reggio « Koyaanisqatsi« , dans lequel flux humains et flux électroniques, villes et circuits imprimés sont présentés comme identiques : La ville comme une vaste machine.

Ce motif macro et microscopique de la mosaïque, matrice de toutes les représentations contemporaine est aussi le motif récurrent des explorations numériques de Reynald Drouhin.

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