L’image au cinéma est tout d’abord affaire de lumière : l’image cinématographique n’existe qu’à travers une projection de lumière à travers un film photographique. Ensuite, l’un des artisans principaux de la signature d’une image est le directeur de la photographie : il « construit » la lumière qui définira l’image filmée et il supervise le résultat obtenu, en post-production, par l’étalonnage de la pellicule. De « The Element of crime » à « Stalker » en passant par « Blade Runner« , « Delicatessen » ou « In the mood for love« , la construction d’une identité de l’image cinématographique, au delà des aspects de cadrage ou de montage, est une intention forte chez le réalisateur.
Lorsqu’au sein d’un site web, une vidéo a été « encapsulée », on reconnait immédiatement la source : Youtube, Dailymotion ou Vimeo, avant même d’identifier la vidéo par la première image clé. Cela revient à dire ici que l’identité des images est gommée et ce qui ressort n’est plus que l’identité d’une image numérisée, transcodée, avec des choix de profil d’encodage génériques bien définis. Le grain YouTube rend chaque image vidéo très « cheap » et ce qui ressort finalement, c’est plutôt la normalisation d’une plate-forme de diffusion vidéo monopolistique.
La numérisation à travers le profil d’encodage (nombre d’images/secondes, résolution, fréquence des images-clé, codec) offre une quantité innombrable de déclinaison « esthétique » d’une image vidéo. Les codecs DCT donnent des images très différentes des codecs à base d’ondelette. La taille des macroblocs, les filtres d’interpolation, etc. sont autant de transformations sur une image initiale qui modifient considérablement l’appréhension de l’image finale transcodée.
Il est n’est pas ici question d’émettre quelque comparaison entre le monde analogique et le monde statistique du numérique : le signal analogique lui-même n’est, de nos jours, que très rarement « re-transcrit » de bout en bout sans phase intermédiaire numérique ou de transformation analogique opérant une transformation du signal initial. L’enjeu est de rappeler l’environnement de transformation permanente que constitue le numérique, où les opérations de codage/transcodage/décodage ont lieu en permanence, et emportent avec elle de « l’information », déforment les intentions et « ouvrent » aussi sur d’autres formes, des erreurs, des artefacts, des incidents. Les transformations numériques sont constituantes de l’esthétique de ces images numériques.