555. En outre, lorsque le vent prisonnier dans les cavernes de la terre se porte tout entier sur un point et exerce de toutes ses forces une pression sur les hautes parois, la terre s’incline du côté où la pousse l’ouragan : alors les édifices construits à la surface du sol, ceux notamment qui s’élèvent le plus haut dans le ciel, penchent et menacent, entraînés dans le sens de l’ouragan intérieur ; les poutres mises à nu et disjointes pendent, toutes prêtes à se détacher. Et l’on n’oserait pas croire que le monde lui-même aura son heure de mort et de ruine, quand on voit de telles masses de terre sur le point de s’effondrer ? Si par hasard les vents ne reprenaient haleine, nulle force n’aurait le pouvoir d’arrêter les choses ni de les ramener en arrière dans leur course à la destruction ; mais comme ils font alterner des moments de relâche avec ceux de violence, comme tantôt ils rallient leurs forces pour revenir à la charge et tantôt plient devant la résistance, la terre finalement nous menace de ruines plus souvent qu’elle n’en fait ; car elle penche, puis se redresse ; elle manque de céder à son poids, puis retrouve sa stabilité. C’est pour cette raison que vacillent toutes les constructions, le faîte plus que le corps même, le corps plus que la base et la base à peine.