Archive pour la catégorie ‘citation’

La route

Lundi 14 septembre 2009

la_route

La route. P119

Il sortit dans la lumière grise et s’arrêta et il vit l’espace d’un bref instant l’absolue vérité du monde. Le froid tournoyant sans répit autour de la terre intestat. L’implacable obscurité. Les chiens aveugles du soleil dans leur course. L’accablant vide noir de l’univers. Et quelque part deux animaux traqués tremblant comme des renards dans leur refuge. Du temps en sursis et un monde en sursie et des yeux en sursie pour le pleurer.

La route. P167.

Des années plus tard il s’était retrouvé dans les ruines carbonisées d’une bibliothèque ou des livres noircis gisaient dans des flaques d’eau. Des étagères renversées. Une sorte de rage contre les mensonges alignés par milliers rangée après rangée. Il ramassa un livre et feuilleta les lourdes pages gonflées d’humidité. Il n’aurait pas cru que la valeur de la moindre petit chose pût dépendre d’un monde à venir. Ça le surprenait. Que l’espace que ces choses occupaient fût lui-même une attente. Il lâcha le livre et regarda une dernière fois autour de lui et sortit dans la froide lumière grise.

Nothing is original

Jeudi 16 avril 2009

Untitled

Jeudi 12 février 2009

do you remember

De rerum natura

Vendredi 5 septembre 2008

555. En outre, lorsque le vent prisonnier dans les cavernes de la terre se porte tout entier sur un point et exerce de toutes ses forces une pression sur les hautes parois, la terre s’incline du côté où la pousse l’ouragan : alors les édifices construits à la surface du sol, ceux notamment qui s’élèvent le plus haut dans le ciel, penchent et menacent, entraînés dans le sens de l’ouragan intérieur ; les poutres mises à nu et disjointes pendent, toutes prêtes à se détacher. Et l’on n’oserait pas croire que le monde lui-même aura son heure de mort et de ruine, quand on voit de telles masses de terre sur le point de s’effondrer ? Si par hasard les vents ne reprenaient haleine, nulle force n’aurait le pouvoir d’arrêter les choses ni de les ramener en arrière dans leur course à la destruction ; mais comme ils font alterner des moments de relâche avec ceux de violence, comme tantôt ils rallient leurs forces pour revenir à la charge et tantôt plient devant la résistance, la terre finalement nous menace de ruines plus souvent qu’elle n’en fait ; car elle penche, puis se redresse ; elle manque de céder à son poids, puis retrouve sa stabilité. C’est pour cette raison que vacillent toutes les constructions, le faîte plus que le corps même, le corps plus que la base et la base à peine.

Mandarines

Mardi 19 février 2008

Elle s’est détendue quand je me suis relevé, et nous nous sommes embrassés. Je me suis de nouveau perdu en elle. « Mon Dieu, mais qu’est ce que tu portes ? Ce parfum, ça me ramène très loin
– Où ça ? « .
Je léchais sa bouche. « Euh, juste très loin. Dans le passé. Je revis toute mon adolescence.
– Simplement avec le brillant à lèvres ?
– Ouais. C’est comme ces petites mandarines chez Proust.
– Vous voulez dire madeleines.
– Ouais, comme ces petites mandarines.

Le soupçon. Le désert.

Jeudi 29 novembre 2007

« Nous vimes, peu à peu, les vocables s’organiser et, bientôt n’être plus que la manifestation de leurs aspirations communes. Ainsi eûmes-nous le soupçon du livre. »

« Nous vimes, plus tard, le livre n’être plus que les lettres de chacun de ses mots et cet alphabet, mille et mille fois répété dans un ordre différent, glisser de nos doigts comme grains de sable. Ainsi eûmes-nous conscience de la présence infinie du désert. »

Le soupçon. Le désert. Edmond Jabès.

Live Cinema

Mardi 2 octobre 2007

http://www.solu.org/writings.html
http://www.solu.org/LIVE_CINEMA.pdf

This thesis reviews the influences and explores the characteristics and elements of live cinema, a recently coined term for realtime audiovisual performances. The thesis discusses the possible language of live cinema, and proposes “vocabulary and grammar”.

La désorientation

Lundi 14 mai 2007

http://professordvd.typepad.com/my_weblog/2007/05/raw_shark_texts.html

Le rappel du concept de « désorientation » dans une brillante remarque encore de Professor DVD, faisant écho à un précédent article auquel j’avais fait référence il y a quelque temps. Il est question de l’invention,ou de la découverte, par le biais des nouveaux médias immatériels dont le déroulement se refuse à une inscription précise dans une timeline, d’un nouveau territoire non borné, car exempt de toute référence possible à un futur ou un présent. Ce territoire au multiple dimension qui ne se laisse pas appréhender « de manière traditionnelle » est celui du flux exploré par Gregory Chatonsky, ou de la mosaïque explorée inlassablement par Reynald Drouhin.

Parlant de « désorientation », on pense évidemment aussi à l’ouvrage éponyme de Bernard Stiegler, décrivant les transformations des temporalités et cardinalités liées aux évolutions technologiques.

Postmodernism’s most enduring (and perhaps final) triumph lies in the realm of displaced time. Once time became detached, symbolically, from its material representations (a spinning record, an unspooling film, a rewinding videotape) a wavering uncertainty set in. To cut to the heart of the matter: the current insecurity of the West is a deeper insecurity, metaphysical in nature: we have lost the before and after that characterized our understanding of time. The displacement of linear concepts by the concept of the loop and endless replication opens the door for new ways of thinking. The linear flow has been diverted out of the riverbed: we are into new, uncharted territory.

Desperately human

Mercredi 7 mars 2007

human

07.03.2007 12:30 : BLANC et SOLITUDE

Passé la nuit à manipuler les pensées des « autres », ou plutôt des uns. Les vies se réduisent à une simple phrase, une simple expression d’une solitude qui pourtant se détache sur un fond blanc. A me noyer ainsi dans un paysage exclusivement blanc, j’en viens peu à peu à me détacher de mon corps et n’être plus qu’un esprit qui cotoie d’autres esprits. Un dialogue. Dans ce vide complet, d’un silence aussi mortifère que l’espace flottant de Stanley Kubrick, je n’entends que des humains, des voix murmurantes mais furieusement vivantes.

050307

Lundi 5 mars 2007

Le bonheur, c’est sans doute cela, l’image fragile d’un instant qui annonce sa disparition prochaine.

Pourquoi cette image est-elle si unique, pourquoi ne peut-elle être associée à aucune autre image ? Première réponse : parce qu’il faut laisser le temps faire son travail elle.

L’image doit rompre les amarres avec son référent.

Un débris qui a droit à l’immortalité.