Archive pour la catégorie ‘audio’

Les tunnels

Lundi 21 août 2006

tunnels
Londres | Mutzig

Je présente depuis dimanche dernier, dans le cadre de l’itinéraire d’art contemporain MUTZIGZAG une installation sonore dans un ancien fort militaire construit à l’initiative de Guillaume II à partir de 1893. Cette installation consiste en la sonorisation d’une galerie souterraine de 150 mètres de long reliant deux casernes souterraines elles-aussi. Les lieux de type tunnels m’ont toujours fasciné par ce qu’ils véhiculent d’impressions mentales difficilement exprimables, mais qui vont assurément chercher dans l’inconscient leur matériau. Suite aux multiples détonations destructrices ayant eu lieu hier dans divers lieux, souterrains encore, de Londres, un anonyme (ou presque), a extrait cette image de la progression souterraine des londoniens vers la surface. Je rapproche volontairement cet image à celle du fort de Mutzig, et met en lien un extrait sonore de l’installation sonore audible, ou plutôt « à vivre », jusqu’à début septembre.

Le son de l’amnésie

Lundi 21 août 2006

Il y a quelques mois, je tombais sur le lien ci-dessous

Hitachi Global Storage Technologies | Support | Knowledge Base

Sur le site de la société Hitachi, dans la « base de connaissance », on retrouve une rubrique dans laquelle sont mis à disposition des fichiers son (au format wav), des « bruits qui indiquent un disque défectueux ». Ces bruits sont donc par extension les bruits de l’effacement d’une mémoire, celle de ces supports de stockage et donc par extension, celle de nos mémoires digitales.

Ce soir-là, j’ai eu alors envie d’en faire un morceau de musique entièrement composé de sons de disque dur défecteux. Il n’y avait pas d’autres idées sous-jacentes au départ. Le morceau se construit par répétitions et fusions de ces motifs sonores qui sont tantôt laissés dans leur déroulement complet, tantôt tronqués.

En fin d’article, le morceau.

Une fois ce morceau terminé, il m’a semblé finalement que cette histoire de mémoire cassée déclinée sous la forme d’un simple morceau musical pouvait alors s’accompagner d’images. J’ai pensé alors nécessairement à ces plans de films que j’extraie régulièrement depuis déjà plus d’un an sans rien en faire. Muni de l’outil resolume, j’ai assemblé quelques plans traitant du motif de l’enregistrement : le magnéto à bande son, les images en flip-book de John Travolta dans « Blow out« , clin d’oeil sonore faisant référence au « Blow Up » d’Antonioni, Un phonogramme dans « Hiroshima, mon amour« , etc.

Au final, j’ai obtenu une réalisation courte d’à peine plus d’une minute. Rien n’était calculé dans le montage fait « en live », usant à la fois de manipulation manuelle volontaire (avec pour objectif de faire revenir certains motifs) et de processus automatiques. Ce mode de travail est celui que j’affectionne le plus souvent : préparer un matériau composé d’une collections d’éléments préalablement extraits à gauche et à droite, tout le temps, et construire de façon brute (et donc aussi maladroite) un contenu (son ou vidéo) sans calcul, sans pensée scénaristique. Ce mode de travail s’inspire vraisemblablement de mon « passé » de DJ Ambient, où je fabriquait des « paysages sonores » et avait constaté que les mix non préparés (non pensés au préalable) avait une plus grande inventivité.

On trouvera aussi des maladresses dans cette petite réalisation que je me suis refusé à remanier, des signes rappelant nécessairement les productions de VJ (répétitions de motifs, effets de retour, etc.), mais la rapidité avec laquelle j’ai produite cette petite chose (45 min entre la découverte du lien et la réalisation de la forme finale audio/vidéo), montre aussi la possibilité de dériver soudainement une idée, un média (quelques sons de disque durs cassés), en une forme plus finie, personnelle, image d’une réappropriation quasi instantanée du flux. On peut même penser que ce traitement ira encore s’accélérant dans le futur.
anamnese

(anamnèse, vidéo format MPEG1 (14Mo, compatible tout lecteur vidéo), MPEG2 (90Mo, utiliser VLC) ou MPEG4(4,8Mo))

Mash-up

Mardi 27 septembre 2005

Je découvre le terme « mash-up » qui traduit une forme émergeante qui consiste à mélanger des séquences sonores courtes de manière très rapide et parfois disruptive. Il ne s’agit pas ici de mix au sens où on le conçoit traditionnellement pour un DJ. La virtuosité n’est pas dans l’art de mélanger de manière fluide, invisible, une sélection de morceaux musicaux dans l’idée d’un enchainement sans fin, mais elle repose dans une capacité à manier les intensités des éléments qui ré-émergent de leur singularité, la singularité propice à faire émerger le souvenir, à réactiver une connexion de la mémoire. A l’apparition d’une séquence musicale, on va tout d’une coup s’exclamer intérieurement « je reconnais » et c’est bien d’une re-naissance dont il s’agit, une re-co-naissance car le souvenir est réapparu par la médiation du fragment. Ce n’est que le caractère fragmentaire, brut et bref qui a permit l’impulsion soudaine dans ce territoire que constitue la mémoire, car la promptitude de l’apparition, en frustrant l’auditeur qui voudrait « poursuivre », va renforcer l’impression. Le mash-up est aussi bien entendu une tentative de rendre audible la totalité de l’histoire de la musique et de l’enregistrement audio en général, en s’affranchissant des éléments de propriété et de copyright rattachés à la création (en jouant sur la notion de « citation courte »), dont l’usage abusif opéré par les grands conglomérats des médias (notamment le prolongement continuel des droits sur des éléments qui devraient rentrer dans le domaine public par exemple), ampute grandement la possibilité de création actuelle en empêchant la réappropriation d’une culture, à présent numérisée, qui est commune à tous. DJ Food a créé en 2004 un mash-up correspondant à une histoire du cut-up (Raiding The 20th Century) : il sollicite des échantillons de référence de la musique HipHop, ainsi que les voix de William Burroughs et ceux des précurseurs de l’approche musicale par fragment extrait de la phono-fixation, ou de l’enregistrement ferro-magnétique, que l’on doit à l’origine à Pierre Schaeffer.

raiding the 2Oth century
On peut télécharger ce mix ICI

Je m’étais moi-même essayé à cet exercice en 2004 pour une installation sonore à la galerie hors-champ à Strasbourg. L’idée n’était pas vraiment d’établir une anthologie du cut-up, mais de mettre en place une sédimentation d’éléments sonores (plus de 250 samples) qui devaient apparaitre et disparaitre dans un temps suffisamment long pour faire émerger de la mémoire de l’auditeur, le souvenir, et devaient à la fois être très courts pour jouer sur un phénomène de frustration. Il est singulier de me rendre compte que sans en avoir pris connaissance, mon travail sonore « free samples » commence par le même échantillon que le travail de DJ Food.

video free samples
Extrait [vidéo] sur l’installation sonore
Séquence [audio] complète de l’installation sonore (MP3)

La brièveté du fragment et la frustration qu’elle engendre est à mon sens salvatrice pour l’auditeur car l’enjeu de la création des médias temporels à venir (son, image animée, interactivité) est bien de parvenir à casser un flux omniprésent, s’y insinuer de manière subversive pour y introduire des ruptures de rythmes, ou y effectuer des ouvertures sur d’autres espaces temporels. Transposé en approche cinématique, j’ai à l’esprit un plan du film Nosthalgia de Andrei Tarkoski qui m’a énormément marqué, ou tout d’un coup, le mouvement se ralentit et s’extrait incroyablement du mouvement général.

L’art sonore et la musique électronique ont déjà montré l’évolution du rapport de la création à la dynamique des flux. Depuis 15 ans, on constate qu’après avoir imposé le rythme binaire par l’omniprésence du pied ou beat (disco / house / techno) comme motif rythmique de référence, il a fallu casser le rythme (breakbeat / jungle). Cette cassure étant insuffisante, car les motifs au final se répètent, à cause notamment des outils utilisés pour faire cette musique (les séquenceurs qui organisent la musique de manière temporelle par répétition de motifs), on a tenté de ralentir la vitesse (trip hop / dark hop).

Cette répétition qui correspondait à une tentative d’apprivoisement de la machine s’est retournée évidemment sur la musique électronique elle-même qui dans sa popularisation a tourné en rond. Pendant ce temps-là, les rythmes ont continué de se destructurer : Squarepusher déconstruit toujours plus le drum & bass, et après avoir exploité au maximum les possiblités de manipulation de la batterie, s’en retourne vers une approche traditionnelle non électronique. Autechre désintègre le rythme le faisant devenir texture. Leurs détracteurs diront que ces derniers se sont perdus dans leurs algorithmes, alors même que ce qui en ressort est une nouvelle forme de matière ou de matériau émergeant de la complexité mathématique. Le travail d’un autre musicien représente très bien à mon avis cette idée, c’est errorsmith(extrait MP3). Il travaille sur des motifs répétitifs mais casse systématiquement le rythme par de mini-ruptures, que je qualifierait de disruptions, qui assurent « l’attention ». Pour ces nouvelles formes de musique, d’autres logiciels sont sollicités. Il permettent notamment ce que j’appelerais une approche verticale, tournée vers le traitement du son et du motif, plutôt qu’une approche horizontale seulement liée à la timeline de déroulement du morceau. Ces logiciels sont souvent ceux qui reposent sur le paradigme de programmation visuelle tel qu’on le trouve dans Max/MSP, PureData, Reason. Il s’agit souvent d’une approche qui ne repose pas en premier lieu sur le temps mais sur le son, ou le motif lui-même. Les patches créés sont encapsulés dans d’autres patches selon l’abstraction de la programmation graphique. Souvent cette programmation qui nécessite un temps non négligeable d’appropriation, d’apprentissage, nous fait retomber dans l’approche qu’avaient les premiers utilisateurs de synthétiseurs lorsqu’ils devaient littéralement « patcher » des éléments de traitement sonore en reliant des modules de traitement de signal (filtres VCO, VCA, VCF, LFO) par des câbles audio (Voir les KORG par exemple). D’ailleurs bien souvent, les abstractions créées par les patches sont controllées par des éléments graphiques simplifiés (boutons graphiques, sliders, etc.) ou même par des interfaces externes en lien avec des actions humaines (contrôleur MIDI à bouton, capteurs de mouvement, etc.).

Gilles Deleuze parlait dans le livre « Mille Plateaux », qu’il s’agissait à présent de « capter des forces du cosmos ». Et il est bien vrai que beaucoup de musique électronique expérimentale actuelle revient vers un « matériau prodigieusement simplifié », mais doté d’intensité forte. Ainsi, celui qui a entendu PanSonic en live (le duo Mika Vainio, Ilpo Vaisanen) comprend bien que leur musique n’est plus une musique électronique, située dans un territoire de sons électroniques bien identifiés, mais une musique électrique, ou il s’agit de controler et dévoiler des forces et intensités, faire apparaitre une nouvelle texture du son. Leur musique souffre d’être pressée en CD et s’appréhende d’avantage sur un support Vinyl ou en Live. Carsten Nicolai ou Ryoji Ikeda sont deux autres artistes explorant des contrées et problématiques similaires.

La véritable intensité apparait bien dans l’exploration des fractures du temps, dans les disruptions « productives » de la mémoire.

argentorate

Dimanche 12 juin 2005

composition sonore 11″ 03′ / szczecin / berlin / strasbourg / pour l’exposition itinérante galerie automatique.

argentorate

argentorate est une pièce musicale basée sur des enregistrements urbains effectués dans la ville de strasbourg durant les mois de mars et avril 2005. les ambiences captées dans différents emplacements de la ville de strasbourg grâce à un enregistreur minidisc portable et un système de micro binaural, sont mélangées ensemble et réassemblées en une nouvelle composition ou différentes atmosphères peuvent être réactivées. Des sons urbains typiques croisent des voix d’individus émergeantes de la foule et forment l’image sonore d’une cité moderne.

argentorate is a piece of music based on urban recording done in the town of Strasbourg during the month of march and april 2005. Ambiences captured in different places in the town of Strasbourg using a minidisc and a binaural microphone set, are mixed together and reassembled into a new composition where different atmospheres of this town can be reactivated. Typical urban sounds meet individual voices suddenly appearing from the crowd and form the resounding image of a modern city.