
Tout entier occupé ces temps-ci sur un projet d’installation vidéo présenté au Musée d’Art moderne et Contemporain de Strasbourg dans le cadre de la 7e nuit Art Vidéo proposée par le forum itinérant le 6 mai 2006.
Mon idée de départ était de présenter un mur d’images mosaïques et de laisser tourner sur la durée. Il apparait que la création d’un tel montage vidéo est difficile sans machine extrêmement puissante. Je reviens donc sur une proposition plus courte en durée mais espérons-le, plus percutante sur la forme. Je travaille depuis plusieurs mois sur cette idée d’image mosaïque, constatant que ce mode de représentation se répand de plus en plus dans notre culture visuelle contemporaine, de la visualisation des bouquets numériques, au multifenêtrage informatique. La mosaïque est surtout une méthode très souvent rencontrée dans les travaux de recherche sur l’indexation vidéo, ce qui permet d’étaler sur un seul plan le temps de la vidéo : on peut penser à videologger (de Virage technologies) ou à divers travaux de « résumés » vidéos, ou la vidéo est visualisée sur un seul plan avec des vignettes de tailles différentes en fonction de l’importance des plans déterminées de manières algorithmique. On pense aussi à cette machine, le vesper, dans Blade Runner, ou l’acteur parcoure une image dans sa profondeur et sa largeur pour y retrouver un élément d’indice : c’est finalement dans le miroir de la salle de bain qu’il trouve. A ce moment, Ridley Scott rejoins Van Eyck dans sa fameuse peinture « les époux arnolfini ».
Abecedaire est le nom de cette installation composée de deux vidéoprojecteurs projetant chacun côte à côté une image composée de 9 vignettes de tailles identiques. Ces vignettes présentes différents motifs : montage à base de plan correspondant au mot clé « sea » sur vimeo.com, montage à base de jeux vidéo, montage à base de micro séquences vidéo que j’ai réalisées sur deux ans avec un appareil photo numérique (320×240), extraits de plan de films sur archive.org, etc.
La base temps de chaque séquence est de 10 secondes, temps encore trop long, que je réduirais d’avantage pour trouver le temps idéal correspondant à la fois à un temps suffisamment bref pour ne pas laisser le spectateur « s’installer » dans le motif et sufisamment long pour le laisser re-co-nnaitre le motif. Toujours ce balancement que je recherche et qui est apparait dans la totalité de mon travail, entre l’émergence du motif qui laisse la personne « s’individuer » à travers le motif, et la cassure, la disruption qui doit être ressentie par la brièveté. Il me semble pour repenser à ces histoires de flux et de ruptures, qu’il est maintenant important de casser toujours systématiquement le flux pour laisser apparaitre des brèches qui aident à faire sens parmi le chaos des images et influx.
Paradoxalement, ce mur d’images qui va durer par intermittence 2minutes, contient pendant ce laps de temps une notion de flux, d’engloutissement dans les images, mais je le casse volontairement par des séquences de pur blanc durant autant de temps, 2 minutes (ou plus à déterminer encore).
La partie son va jouer une part importante au dispositif pour renforcer la dimension frontale et engloutissante du dispositif de mur d’images : la séquence mosaïque sera accompagnée d’une bande son forte en volume et fabriquée à partir de iTunes Signature Maker dont je parlais ici il ya quelques temps. Nous aurons donc en quelque sorte une mosaique de motifs sonores empruntés au motifs vidéo. Le son accompagnant le blanc sera un son sourd mais continue, une onde sinusoïdale en basse fréquence, sorte de matérialisation de la couleur blanche en quelque sorte, forme de silence en attente d’une salve nouvelle d’images.