Tous à Zanzibar

Une image de carte postale évoquant une île exotique.

Au ciel bleu répond le vert de la mer, et plus près de nos pieds, le sable.
On entend le ressac de la mer : assurément c’est une évasion estivale qui nous est proposée.

Une inscription, un slogan « Tous à Zanzibar », nous transporte plus encore vers un ailleurs lointain.
En s’approchant, on comprend mieux l’illusion.

Aussi pur soit-il, ce dégradé de couleur est surtout la marque d’une illusion irréversible : Une image dont « l’échange est impossible » pour reprendre Jean Baudrillard, et cette carte postale n’est qu’un écran masquant une dystopie, comme celle narrée par John Brunner dans le livre éponyme « Tous à Zanzibar ».

zanzibar

Les tunnels

tunnels
Londres | Mutzig

Je présente depuis dimanche dernier, dans le cadre de l’itinéraire d’art contemporain MUTZIGZAG une installation sonore dans un ancien fort militaire construit à l’initiative de Guillaume II à partir de 1893. Cette installation consiste en la sonorisation d’une galerie souterraine de 150 mètres de long reliant deux casernes souterraines elles-aussi. Les lieux de type tunnels m’ont toujours fasciné par ce qu’ils véhiculent d’impressions mentales difficilement exprimables, mais qui vont assurément chercher dans l’inconscient leur matériau. Suite aux multiples détonations destructrices ayant eu lieu hier dans divers lieux, souterrains encore, de Londres, un anonyme (ou presque), a extrait cette image de la progression souterraine des londoniens vers la surface. Je rapproche volontairement cet image à celle du fort de Mutzig, et met en lien un extrait sonore de l’installation sonore audible, ou plutôt « à vivre », jusqu’à début septembre.

Le maniement de la mosaïque

abecedaire

Présenté le 6 mai 2006, dans le cadre d’une nuit art vidéo au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, l’installation « abecedaire » (voir aussi ici, et ici) était une expérimentation sur le mode mosaïque. L’installation avait pour objet de tenter de mettre en relation des motifs vidéographiques et cinématographiques extraits à partir d’internet. L’idée était de proposer une nouvelle lecture de la surface des images en juxtaposant des motifs visuels, sorte de lettres-images ou de mots-images, à partir desquelles j’aurais pu construire quelques phrases soudaines. La technique, un logiciel de montage au temps de rendement (rendering) terrible en a décidé autrement. Rattrapé par le temps, par la nécessité d’être en mesure de montrer cette réalisation dans les délais, j’ai dû automatiser, accélérer la réalisation de certains micro-montages, embarquant dans la réalisation des motifs rappelant trop le « flux principal », celui là même dont je souhaitais m’extraire (je dû même laisser deux vignettes en image fixe, ce qui n’était pas mon idée initiale). Il en reste quelques apparitions fugaces qui parviennent péniblement à s’extraire d’une mosaïque rappelant de trop cette mosaïque du bouquet télévisuel connue de tous. Il ne faut jamais essayer de raconter l’histoire du monde, on ne peut raconter que sa propre histoire, et les petits motifs peuvent alors peut-être devenir plus universels. La prochaine fois au lieu de travailler les motifs en profondeur (dans leur déroulement temporel de 2min), j’essaierai de les étaler sur toute la surface des images en faisant se succéder des images analogues sur le plat des murs pour chercher les différences dans les similitudes, pour chercher l’empreinte du même et non sa dissolution.

Dans cette réalisation, chaque case est occupée par un motif qui se répète (correspondant souvent à des recherches ciblées effectuées sur le net ou dans des sites de videoblog comme vimeo.com). Certains motifs (certaines cases) pourtant, plus chaotiques, contaminent les motifs adjacents et leur font perdre du sens ou de la profondeur. La vitesse aussi des plans, les 24 images par secondes au déroulement trop rapide, noient le regard et créent au final un vertige qui ne pose aucune consistance, ou peu. Le maelstrom d’image était évidemment pourtant volontaire (enfermé dans 2 minutes de pur blanc et d’un son infrabasse), le bruit blanc annonçant l’entrée dans le territoire de l’image est trop agréable encore, il aurait fallu soit plus de violence sonore, ou alors au contraire un décalage entre l’ivresse des images (à ralentir?) et l’ivresse du son.

Abecedaire reste donc pour moi un échec, mais aussi un point de réflexion sur le « maniement de la mosaïque », forme de représentation de l’image qui continue de m’interroger, car forme nouvelle et encore peu explorée. Cela encore a t’il un rapport avec le rapport entre taille de projection et taille de l’observateur? Etait-ce trop gros, ou encore pas assez? Il faudra réitérer la chose pour moduler les paramètres.

Abecedaire est téléchargeable en version complète (double-projection juxtaposée) : codec Divx, 60Mo, et les deux volets séparés en qualité broadcast ou web (volet abcdefghi et volet jklmnopqr).

Abecedaire

abecedaire

i love art vidéo
7ème édition _ samedi 6 mai 06 de 20h à 24h
au musée d’art moderne et contemporain de strasbourg
entrée libre dans la limite des places disponibles

=> installation vidéo (double vidéoprojection + son)

• abécédaire, 2006
claude le berre

entièrement construit à partir d’images et extraits vidéos disponibles sur le réseau internet, dans le domaine public ou sous licence « creative commons », abécédaire est une grille, signe émergeant de l’éclatement de l’image… que ce soit l’image individuelle désormais pixellisée dans sa forme numérique, l’espace urbain criblé de dispositifs de vidéosurveillance ou encore le monde des cultures décliné en mosaïque à travers les bouquets de chaînes de télé numériques… cette profusion d’images disponibles et rendues malléables par les technologies numériques accessibles à tous, offre une prodigieuse possibilité de réappropriation par chacun d’une nouvelle forme de langage des images explorant les figures microscopiques et macroscopiques du genre humain… néanmoins, au moment même où semble se démocratiser cette nouvelle forme d’écriture individuelle et collective, la privatisation grandissante de la culture dont le contrôle tend de plus en plus à se concentrer dans les mains de quelques multinationales des médias, réduit de plus en plus la possibilité
d’instrumentaliser ces matériaux du passé et compromet la créativité de demain.

voir aussi ici et ici.

abecedaire

esper arnolfini

Tout entier occupé ces temps-ci sur un projet d’installation vidéo présenté au Musée d’Art moderne et Contemporain de Strasbourg dans le cadre de la 7e nuit Art Vidéo proposée par le forum itinérant le 6 mai 2006.

Mon idée de départ était de présenter un mur d’images mosaïques et de laisser tourner sur la durée. Il apparait que la création d’un tel montage vidéo est difficile sans machine extrêmement puissante. Je reviens donc sur une proposition plus courte en durée mais espérons-le, plus percutante sur la forme. Je travaille depuis plusieurs mois sur cette idée d’image mosaïque, constatant que ce mode de représentation se répand de plus en plus dans notre culture visuelle contemporaine, de la visualisation des bouquets numériques, au multifenêtrage informatique. La mosaïque est surtout une méthode très souvent rencontrée dans les travaux de recherche sur l’indexation vidéo, ce qui permet d’étaler sur un seul plan le temps de la vidéo : on peut penser à videologger (de Virage technologies) ou à divers travaux de « résumés » vidéos, ou la vidéo est visualisée sur un seul plan avec des vignettes de tailles différentes en fonction de l’importance des plans déterminées de manières algorithmique. On pense aussi à cette machine, le vesper, dans Blade Runner, ou l’acteur parcoure une image dans sa profondeur et sa largeur pour y retrouver un élément d’indice : c’est finalement dans le miroir de la salle de bain qu’il trouve. A ce moment, Ridley Scott rejoins Van Eyck dans sa fameuse peinture « les époux arnolfini ».

Abecedaire est le nom de cette installation composée de deux vidéoprojecteurs projetant chacun côte à côté une image composée de 9 vignettes de tailles identiques. Ces vignettes présentes différents motifs : montage à base de plan correspondant au mot clé « sea » sur vimeo.com, montage à base de jeux vidéo, montage à base de micro séquences vidéo que j’ai réalisées sur deux ans avec un appareil photo numérique (320×240), extraits de plan de films sur archive.org, etc.

La base temps de chaque séquence est de 10 secondes, temps encore trop long, que je réduirais d’avantage pour trouver le temps idéal correspondant à la fois à un temps suffisamment bref pour ne pas laisser le spectateur « s’installer » dans le motif et sufisamment long pour le laisser re-co-nnaitre le motif. Toujours ce balancement que je recherche et qui est apparait dans la totalité de mon travail, entre l’émergence du motif qui laisse la personne « s’individuer » à travers le motif, et la cassure, la disruption qui doit être ressentie par la brièveté. Il me semble pour repenser à ces histoires de flux et de ruptures, qu’il est maintenant important de casser toujours systématiquement le flux pour laisser apparaitre des brèches qui aident à faire sens parmi le chaos des images et influx.

Paradoxalement, ce mur d’images qui va durer par intermittence 2minutes, contient pendant ce laps de temps une notion de flux, d’engloutissement dans les images, mais je le casse volontairement par des séquences de pur blanc durant autant de temps, 2 minutes (ou plus à déterminer encore).

La partie son va jouer une part importante au dispositif pour renforcer la dimension frontale et engloutissante du dispositif de mur d’images : la séquence mosaïque sera accompagnée d’une bande son forte en volume et fabriquée à partir de iTunes Signature Maker dont je parlais ici il ya quelques temps. Nous aurons donc en quelque sorte une mosaique de motifs sonores empruntés au motifs vidéo. Le son accompagnant le blanc sera un son sourd mais continue, une onde sinusoïdale en basse fréquence, sorte de matérialisation de la couleur blanche en quelque sorte, forme de silence en attente d’une salve nouvelle d’images.