Archive pour la catégorie ‘Travaux’

Le maniement de la mosaïque

Lundi 21 août 2006

abecedaire

Présenté le 6 mai 2006, dans le cadre d’une nuit art vidéo au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, l’installation « abecedaire » (voir aussi ici, et ici) était une expérimentation sur le mode mosaïque. L’installation avait pour objet de tenter de mettre en relation des motifs vidéographiques et cinématographiques extraits à partir d’internet. L’idée était de proposer une nouvelle lecture de la surface des images en juxtaposant des motifs visuels, sorte de lettres-images ou de mots-images, à partir desquelles j’aurais pu construire quelques phrases soudaines. La technique, un logiciel de montage au temps de rendement (rendering) terrible en a décidé autrement. Rattrapé par le temps, par la nécessité d’être en mesure de montrer cette réalisation dans les délais, j’ai dû automatiser, accélérer la réalisation de certains micro-montages, embarquant dans la réalisation des motifs rappelant trop le « flux principal », celui là même dont je souhaitais m’extraire (je dû même laisser deux vignettes en image fixe, ce qui n’était pas mon idée initiale). Il en reste quelques apparitions fugaces qui parviennent péniblement à s’extraire d’une mosaïque rappelant de trop cette mosaïque du bouquet télévisuel connue de tous. Il ne faut jamais essayer de raconter l’histoire du monde, on ne peut raconter que sa propre histoire, et les petits motifs peuvent alors peut-être devenir plus universels. La prochaine fois au lieu de travailler les motifs en profondeur (dans leur déroulement temporel de 2min), j’essaierai de les étaler sur toute la surface des images en faisant se succéder des images analogues sur le plat des murs pour chercher les différences dans les similitudes, pour chercher l’empreinte du même et non sa dissolution.

Dans cette réalisation, chaque case est occupée par un motif qui se répète (correspondant souvent à des recherches ciblées effectuées sur le net ou dans des sites de videoblog comme vimeo.com). Certains motifs (certaines cases) pourtant, plus chaotiques, contaminent les motifs adjacents et leur font perdre du sens ou de la profondeur. La vitesse aussi des plans, les 24 images par secondes au déroulement trop rapide, noient le regard et créent au final un vertige qui ne pose aucune consistance, ou peu. Le maelstrom d’image était évidemment pourtant volontaire (enfermé dans 2 minutes de pur blanc et d’un son infrabasse), le bruit blanc annonçant l’entrée dans le territoire de l’image est trop agréable encore, il aurait fallu soit plus de violence sonore, ou alors au contraire un décalage entre l’ivresse des images (à ralentir?) et l’ivresse du son.

Abecedaire reste donc pour moi un échec, mais aussi un point de réflexion sur le « maniement de la mosaïque », forme de représentation de l’image qui continue de m’interroger, car forme nouvelle et encore peu explorée. Cela encore a t’il un rapport avec le rapport entre taille de projection et taille de l’observateur? Etait-ce trop gros, ou encore pas assez? Il faudra réitérer la chose pour moduler les paramètres.

Abecedaire est téléchargeable en version complète (double-projection juxtaposée) : codec Divx, 60Mo, et les deux volets séparés en qualité broadcast ou web (volet abcdefghi et volet jklmnopqr).

Abecedaire

Vendredi 5 mai 2006

abecedaire

i love art vidéo
7ème édition _ samedi 6 mai 06 de 20h à 24h
au musée d’art moderne et contemporain de strasbourg
entrée libre dans la limite des places disponibles

=> installation vidéo (double vidéoprojection + son)

• abécédaire, 2006
claude le berre

entièrement construit à partir d’images et extraits vidéos disponibles sur le réseau internet, dans le domaine public ou sous licence « creative commons », abécédaire est une grille, signe émergeant de l’éclatement de l’image… que ce soit l’image individuelle désormais pixellisée dans sa forme numérique, l’espace urbain criblé de dispositifs de vidéosurveillance ou encore le monde des cultures décliné en mosaïque à travers les bouquets de chaînes de télé numériques… cette profusion d’images disponibles et rendues malléables par les technologies numériques accessibles à tous, offre une prodigieuse possibilité de réappropriation par chacun d’une nouvelle forme de langage des images explorant les figures microscopiques et macroscopiques du genre humain… néanmoins, au moment même où semble se démocratiser cette nouvelle forme d’écriture individuelle et collective, la privatisation grandissante de la culture dont le contrôle tend de plus en plus à se concentrer dans les mains de quelques multinationales des médias, réduit de plus en plus la possibilité
d’instrumentaliser ces matériaux du passé et compromet la créativité de demain.

voir aussi ici et ici.

abecedaire

Mercredi 3 mai 2006

esper arnolfini

Tout entier occupé ces temps-ci sur un projet d’installation vidéo présenté au Musée d’Art moderne et Contemporain de Strasbourg dans le cadre de la 7e nuit Art Vidéo proposée par le forum itinérant le 6 mai 2006.

Mon idée de départ était de présenter un mur d’images mosaïques et de laisser tourner sur la durée. Il apparait que la création d’un tel montage vidéo est difficile sans machine extrêmement puissante. Je reviens donc sur une proposition plus courte en durée mais espérons-le, plus percutante sur la forme. Je travaille depuis plusieurs mois sur cette idée d’image mosaïque, constatant que ce mode de représentation se répand de plus en plus dans notre culture visuelle contemporaine, de la visualisation des bouquets numériques, au multifenêtrage informatique. La mosaïque est surtout une méthode très souvent rencontrée dans les travaux de recherche sur l’indexation vidéo, ce qui permet d’étaler sur un seul plan le temps de la vidéo : on peut penser à videologger (de Virage technologies) ou à divers travaux de « résumés » vidéos, ou la vidéo est visualisée sur un seul plan avec des vignettes de tailles différentes en fonction de l’importance des plans déterminées de manières algorithmique. On pense aussi à cette machine, le vesper, dans Blade Runner, ou l’acteur parcoure une image dans sa profondeur et sa largeur pour y retrouver un élément d’indice : c’est finalement dans le miroir de la salle de bain qu’il trouve. A ce moment, Ridley Scott rejoins Van Eyck dans sa fameuse peinture « les époux arnolfini ».

Abecedaire est le nom de cette installation composée de deux vidéoprojecteurs projetant chacun côte à côté une image composée de 9 vignettes de tailles identiques. Ces vignettes présentes différents motifs : montage à base de plan correspondant au mot clé « sea » sur vimeo.com, montage à base de jeux vidéo, montage à base de micro séquences vidéo que j’ai réalisées sur deux ans avec un appareil photo numérique (320×240), extraits de plan de films sur archive.org, etc.

La base temps de chaque séquence est de 10 secondes, temps encore trop long, que je réduirais d’avantage pour trouver le temps idéal correspondant à la fois à un temps suffisamment bref pour ne pas laisser le spectateur « s’installer » dans le motif et sufisamment long pour le laisser re-co-nnaitre le motif. Toujours ce balancement que je recherche et qui est apparait dans la totalité de mon travail, entre l’émergence du motif qui laisse la personne « s’individuer » à travers le motif, et la cassure, la disruption qui doit être ressentie par la brièveté. Il me semble pour repenser à ces histoires de flux et de ruptures, qu’il est maintenant important de casser toujours systématiquement le flux pour laisser apparaitre des brèches qui aident à faire sens parmi le chaos des images et influx.

Paradoxalement, ce mur d’images qui va durer par intermittence 2minutes, contient pendant ce laps de temps une notion de flux, d’engloutissement dans les images, mais je le casse volontairement par des séquences de pur blanc durant autant de temps, 2 minutes (ou plus à déterminer encore).

La partie son va jouer une part importante au dispositif pour renforcer la dimension frontale et engloutissante du dispositif de mur d’images : la séquence mosaïque sera accompagnée d’une bande son forte en volume et fabriquée à partir de iTunes Signature Maker dont je parlais ici il ya quelques temps. Nous aurons donc en quelque sorte une mosaique de motifs sonores empruntés au motifs vidéo. Le son accompagnant le blanc sera un son sourd mais continue, une onde sinusoïdale en basse fréquence, sorte de matérialisation de la couleur blanche en quelque sorte, forme de silence en attente d’une salve nouvelle d’images.

Collections

Samedi 1 avril 2006

collections

Collections est un montage de séquences extraites de 16 films du domaine public disponibles sur le site archive.org. C’est sur ce même site Web qu’ont été extraits les deux morceaux musicaux principaux présents dans ce film, et diffusés sous une licence Creative Commons.

L’émergence actuelle d’importantes banques d’images fixes et animées et de sons, accessibles au plus grand nombre et réutilisables, permet la réappropriation par chacun de pans entiers d’éléments de la mémoire collective. Les formes que prennent les créations qui s’en extraient (remix, mashups, réécritures) ne sont jamais neutres : elles correspondent en premier lieu à une action d’écriture successive à une extraction effectuée par l’individu créateur. Cette extraction renvoie toujours à une collection intime opéré par un individu. En effet, plus la masse des contenus de ces archives croit, plus l’élément extrait est infime et isolé au sein de cette masse. Cela signifie notamment que la force d’une création, repose dans la force de la projection de celle-ci, qui est totalement lié aussi au mode d’extraction du matériau de départ et à ce matériau lui-même. Collections n’a été rendu possible qu’à partir de l’accumulation d’un nombre conséquent de plans (environ 200) découpé dans un ensemble d’environ 50 films téléchargés.
Conditionné par une grammaire cinématographique des plans et motifs visuels (le matériau présent sur le site archive.org est très territorialisé), le remix s’extrait néanmoins partiellement de son conditionnement par la possible dimension obsessionnelle, non raisonnée, mais néanmoins cohérente de l’extraction des éléments le constituant. Dans le même sens, Chris Marker rappelait, en introduction au CDROM Immemory, l’importance de cette extraction, et ce qu’elle dit sans le laisser percevoir :

« [...] toute mémoire un peu longue est plus structurée qu’il ne semble. Que des photos prises apparemment par hasard, des cartes postales choisies selon l’humeur du moment, à partir d’une certaine quantité commencent à dessiner un itinéraire, à cartographier le pays imaginaire qui s’étend au dedans de nous. En le parcourant systématiquement, j’étais sûr de découvrir que l’apparent désordre de mon imagerie cachait un plan, comme dans les histoires de pirates « 

Collection est une expérimentation de la possibilité d’explorer cette terra incognita qu’est la mémoire.

Les sources suivantes ont été sollicitées :

– video –

SafeRoad1935
Phantom of Chinatown
Killers from space
Carnival of Souls
AtomAgeVampire
Scarlet Street
DeathtoW1947
The Man Who Knew Too Much 1934
Daughter of horror
Nightmare Castle
Beat the devil
Passenger 1955
D.O.A. 1949
Isle of Destiny
Heavenly1920

– musique –

Edwin Morris / The heart bowed down
Radio Astronomy

– sons –

Chris Marker / La Jetée
David Lynch / Mulholland Drive

Devant la recrudescence

Jeudi 9 février 2006

ceux qui nous regardent

« On sait combien le théâtre est hanté par sa fin et ne cesse de raconter sa clôture depuis la tragédie grecque. La déconstruction de la frontalité scénique, de l’adresse langagière, de la narration elle-même n’aura été que le récit de cette u-topie se remémorant des temps anciens où le peuple se représentait dans l’écart entre la scène et le public.

Mais voilà, il reste des lieux, nommés théâtres, trace d’une fonction devenue impossible: le peuple manque. Ces lieux ont été désertés, il ne reste ni public, ni acteur, ni récit. Il ne reste plus que le dispositif, un décor vidé: les chaises face à une scène, les coulisses, loges où on se préparait, une entrée et une sortie. »

Très juste, cette remarque de Gregory Chatonsky, qui se transpose également dans l’optique du cinéma, le fameux théatre cinématographique, la salle que les américains nomment « movie theater ». Cela m’a fait instantanément penser à mon obsession des salles de cinéma vidées, obsession qui m’a amenée à créer une collection de salle de cinéma « mortes », mais toujours visibles, et à traquer des traces de ces espaces de vie de naguère, maintenant bientôt supplantés par les dispositif 5.1 et les vidéoprojecteurs, car au final les multiplexes ont simplement voulu poursuivre l’idée de ce lieu, même s’ils ont fait résonner encore plus fort les bulles de soda et les craquements de pop-corn.

Cette obsession m’a aussi menée à écrire un scénario de film pour lequel j’ai aussi il y a quelques temps cherché des financements, et sur lequel je n’ai pas retravaillé, car les projets parfois n’aboutissent pas… Ce film devait s’intituler, ou s’intitulera si je le réalise : « devant la recrudescence« . Il s’agit d’un projet multiforme, où des projections sont recréées in situ, dans des cinémas délabrés, des projections de générique de fin, qui ne font que dire fin, the end, ende, fine. C’est donc un mélange entre fiction et performance.

Cette obsession encore, enracinée dans mon amour du cinéma, me mène à systématiquement collecter tous les plan finaux de films contenant le mot ‘fin’ que je peux trouver, pour ne fabriquer qu’un seul et unique film composé simplement de plan final avec le mot fin.

Travaillant sur ce projet depuis déjà plus d’un an, j’ai pu constater des choses assez intéressantes :

  • Il n’y a plus de mot fin dans les films actuels, et ce depuis plusieurs dizaines d’années. Il n’y a donc plus d’achèvement dans le cinéma contemporain.
  • Une grande majorité des plans finaux de films terminant par le mot fin sont composées de personnes toujours en partance, s’éloignant… On ne peut trouver plan plus parlant pour accompagner un tel mot.

ante el fin v2

Mash-up

Mardi 27 septembre 2005

Je découvre le terme « mash-up » qui traduit une forme émergeante qui consiste à mélanger des séquences sonores courtes de manière très rapide et parfois disruptive. Il ne s’agit pas ici de mix au sens où on le conçoit traditionnellement pour un DJ. La virtuosité n’est pas dans l’art de mélanger de manière fluide, invisible, une sélection de morceaux musicaux dans l’idée d’un enchainement sans fin, mais elle repose dans une capacité à manier les intensités des éléments qui ré-émergent de leur singularité, la singularité propice à faire émerger le souvenir, à réactiver une connexion de la mémoire. A l’apparition d’une séquence musicale, on va tout d’une coup s’exclamer intérieurement « je reconnais » et c’est bien d’une re-naissance dont il s’agit, une re-co-naissance car le souvenir est réapparu par la médiation du fragment. Ce n’est que le caractère fragmentaire, brut et bref qui a permit l’impulsion soudaine dans ce territoire que constitue la mémoire, car la promptitude de l’apparition, en frustrant l’auditeur qui voudrait « poursuivre », va renforcer l’impression. Le mash-up est aussi bien entendu une tentative de rendre audible la totalité de l’histoire de la musique et de l’enregistrement audio en général, en s’affranchissant des éléments de propriété et de copyright rattachés à la création (en jouant sur la notion de « citation courte »), dont l’usage abusif opéré par les grands conglomérats des médias (notamment le prolongement continuel des droits sur des éléments qui devraient rentrer dans le domaine public par exemple), ampute grandement la possibilité de création actuelle en empêchant la réappropriation d’une culture, à présent numérisée, qui est commune à tous. DJ Food a créé en 2004 un mash-up correspondant à une histoire du cut-up (Raiding The 20th Century) : il sollicite des échantillons de référence de la musique HipHop, ainsi que les voix de William Burroughs et ceux des précurseurs de l’approche musicale par fragment extrait de la phono-fixation, ou de l’enregistrement ferro-magnétique, que l’on doit à l’origine à Pierre Schaeffer.

raiding the 2Oth century
On peut télécharger ce mix ICI

Je m’étais moi-même essayé à cet exercice en 2004 pour une installation sonore à la galerie hors-champ à Strasbourg. L’idée n’était pas vraiment d’établir une anthologie du cut-up, mais de mettre en place une sédimentation d’éléments sonores (plus de 250 samples) qui devaient apparaitre et disparaitre dans un temps suffisamment long pour faire émerger de la mémoire de l’auditeur, le souvenir, et devaient à la fois être très courts pour jouer sur un phénomène de frustration. Il est singulier de me rendre compte que sans en avoir pris connaissance, mon travail sonore « free samples » commence par le même échantillon que le travail de DJ Food.

video free samples
Extrait [vidéo] sur l’installation sonore
Séquence [audio] complète de l’installation sonore (MP3)

La brièveté du fragment et la frustration qu’elle engendre est à mon sens salvatrice pour l’auditeur car l’enjeu de la création des médias temporels à venir (son, image animée, interactivité) est bien de parvenir à casser un flux omniprésent, s’y insinuer de manière subversive pour y introduire des ruptures de rythmes, ou y effectuer des ouvertures sur d’autres espaces temporels. Transposé en approche cinématique, j’ai à l’esprit un plan du film Nosthalgia de Andrei Tarkoski qui m’a énormément marqué, ou tout d’un coup, le mouvement se ralentit et s’extrait incroyablement du mouvement général.

L’art sonore et la musique électronique ont déjà montré l’évolution du rapport de la création à la dynamique des flux. Depuis 15 ans, on constate qu’après avoir imposé le rythme binaire par l’omniprésence du pied ou beat (disco / house / techno) comme motif rythmique de référence, il a fallu casser le rythme (breakbeat / jungle). Cette cassure étant insuffisante, car les motifs au final se répètent, à cause notamment des outils utilisés pour faire cette musique (les séquenceurs qui organisent la musique de manière temporelle par répétition de motifs), on a tenté de ralentir la vitesse (trip hop / dark hop).

Cette répétition qui correspondait à une tentative d’apprivoisement de la machine s’est retournée évidemment sur la musique électronique elle-même qui dans sa popularisation a tourné en rond. Pendant ce temps-là, les rythmes ont continué de se destructurer : Squarepusher déconstruit toujours plus le drum & bass, et après avoir exploité au maximum les possiblités de manipulation de la batterie, s’en retourne vers une approche traditionnelle non électronique. Autechre désintègre le rythme le faisant devenir texture. Leurs détracteurs diront que ces derniers se sont perdus dans leurs algorithmes, alors même que ce qui en ressort est une nouvelle forme de matière ou de matériau émergeant de la complexité mathématique. Le travail d’un autre musicien représente très bien à mon avis cette idée, c’est errorsmith(extrait MP3). Il travaille sur des motifs répétitifs mais casse systématiquement le rythme par de mini-ruptures, que je qualifierait de disruptions, qui assurent « l’attention ». Pour ces nouvelles formes de musique, d’autres logiciels sont sollicités. Il permettent notamment ce que j’appelerais une approche verticale, tournée vers le traitement du son et du motif, plutôt qu’une approche horizontale seulement liée à la timeline de déroulement du morceau. Ces logiciels sont souvent ceux qui reposent sur le paradigme de programmation visuelle tel qu’on le trouve dans Max/MSP, PureData, Reason. Il s’agit souvent d’une approche qui ne repose pas en premier lieu sur le temps mais sur le son, ou le motif lui-même. Les patches créés sont encapsulés dans d’autres patches selon l’abstraction de la programmation graphique. Souvent cette programmation qui nécessite un temps non négligeable d’appropriation, d’apprentissage, nous fait retomber dans l’approche qu’avaient les premiers utilisateurs de synthétiseurs lorsqu’ils devaient littéralement « patcher » des éléments de traitement sonore en reliant des modules de traitement de signal (filtres VCO, VCA, VCF, LFO) par des câbles audio (Voir les KORG par exemple). D’ailleurs bien souvent, les abstractions créées par les patches sont controllées par des éléments graphiques simplifiés (boutons graphiques, sliders, etc.) ou même par des interfaces externes en lien avec des actions humaines (contrôleur MIDI à bouton, capteurs de mouvement, etc.).

Gilles Deleuze parlait dans le livre « Mille Plateaux », qu’il s’agissait à présent de « capter des forces du cosmos ». Et il est bien vrai que beaucoup de musique électronique expérimentale actuelle revient vers un « matériau prodigieusement simplifié », mais doté d’intensité forte. Ainsi, celui qui a entendu PanSonic en live (le duo Mika Vainio, Ilpo Vaisanen) comprend bien que leur musique n’est plus une musique électronique, située dans un territoire de sons électroniques bien identifiés, mais une musique électrique, ou il s’agit de controler et dévoiler des forces et intensités, faire apparaitre une nouvelle texture du son. Leur musique souffre d’être pressée en CD et s’appréhende d’avantage sur un support Vinyl ou en Live. Carsten Nicolai ou Ryoji Ikeda sont deux autres artistes explorant des contrées et problématiques similaires.

La véritable intensité apparait bien dans l’exploration des fractures du temps, dans les disruptions « productives » de la mémoire.

argentorate

Dimanche 12 juin 2005

composition sonore 11″ 03′ / szczecin / berlin / strasbourg / pour l’exposition itinérante galerie automatique.

argentorate

argentorate est une pièce musicale basée sur des enregistrements urbains effectués dans la ville de strasbourg durant les mois de mars et avril 2005. les ambiences captées dans différents emplacements de la ville de strasbourg grâce à un enregistreur minidisc portable et un système de micro binaural, sont mélangées ensemble et réassemblées en une nouvelle composition ou différentes atmosphères peuvent être réactivées. Des sons urbains typiques croisent des voix d’individus émergeantes de la foule et forment l’image sonore d’une cité moderne.

argentorate is a piece of music based on urban recording done in the town of Strasbourg during the month of march and april 2005. Ambiences captured in different places in the town of Strasbourg using a minidisc and a binaural microphone set, are mixed together and reassembled into a new composition where different atmospheres of this town can be reactivated. Typical urban sounds meet individual voices suddenly appearing from the crowd and form the resounding image of a modern city.

Palimpseste

Jeudi 14 octobre 2004

superformances : 2ème édition
du 14 au 17 octobre 04

superformances
festival européen de performances
2ème édition

palimpseste

l’aire de jeu est un souk !… Il y a là pêle-mêle des ventilos, des sacs plastiques, des livres, des télés, des radios, des journaux, des rubans de bandes audio et vidéo débobinées… collages et mixages de mots et logos, sons et images fabriqués in situ, tout à la fois en mode rudimentaire et à partir de logiciels libres (framestein, pure data…), stimulations, saturations, combinatoires de signes et signaux acoustiques et visuels, ciseaux, agrafes et autres rubans adhésifs constituent les matériaux et matériels de ce palimpseste manifeste contre la production accélérée d’une pensée unique avant tout mass-médiatisée… mots et images s’avèrent chaque jour un peu plus dégradés, dégradables… face à la force de l’image qui nous regarde la regardant, le sens du mot disparaît dans sa propre saturation d’usages… georges cazenove et claude le berre conjuguent ici les verbes couper / copier / coller au présent juste indicatif, histoire de re-fabriquer des images composites où apparaissent des fragments, extraits du superflux d’informations globales, mêlés à d’autres traces plus locales… ils travaillent à la recomposition de liens entre ces matériaux, en les re-modelant, en les transformant manuellement ou aléatoirement; en tissant des relations entre mots et images, global et local, sens et non-sens, disruption et continuité…

Tu vois ce que je veux dire?

Mercredi 10 décembre 2003

le 10 décembre à 18h30, une performance mix-média intitulée : « tu vois ce que je veux dire ? » signée live par georges cazenove et claude le berre.

image performance "tu vois ce que je veux dire"

cette performance est fondée sur le copié-collé et le mix live d’images et de sons (…) la composante sonore est une musique aléatoire fabriquée à partir de trois sources sonores mélangées en direct ; musique à laquelle viennent se greffer les mots et associations de mots d’un propos poétique qui pose la question du sens et de l¹effacement du sens des mots (…) la composante visuelle est un un continuum d’éléments graphiques fabriqués en direct à partir de deux sources vidéo ; l’une est un montage préfabriqué, diffusé en flux et mélangé à la source informatique de l’autre, qui est un collage de mots et d’images superposés, déstructurés, transformés à partir des logiciels libres « framestein » et « pure data ».

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L’internationale

Lundi 10 juin 2002

L'internationale

performance de georges cazenove, nathalie le berre et claude le berre, sur une ritournelle de bruno guiganti, avec lavage, rinçage, essorage et séchage de drapeaux de différents pays d’europe et d’ailleurs (maillon-wacken / strasbourg).