Nous avions pris position dans le compartiment. De part et d’autre d’une travée centrale étaient disposées des rangées de sièges, où nous étions alignés, tous dans la même direction.
A l’extérieur, au delà des fenêtres, nous voyions défiler un paysage inconnu, uniforme, jalonné de lampadaires disposés régulièrement sur le parcours. Nous ne savions pas où nous menait ce train et nous ne savions pas même comment et pourquoi nous nous trouvions ici.
Personne ne parlait, aucune voix ne résonnait dans ce wagon baigné d’un silence de mort. J’interpelais mes voisins et ceux-ci semblaient ne pas m’entendre, conservant leurs yeux irrésistiblement rivés aux fenêtres, à ces étalements hypnotiques de couleurs formés par notre percée à toute vitesse dans l’espace sombre et aveugle qui se présentait à nous, droit devant.
Chair Car
25 juin 2008Objet #1
25 juin 2008
Lumière et encodage
30 avril 2008L’image au cinéma est tout d’abord affaire de lumière : l’image cinématographique n’existe qu’à travers une projection de lumière à travers un film photographique. Ensuite, l’un des artisans principaux de la signature d’une image est le directeur de la photographie : il « construit » la lumière qui définira l’image filmée et il supervise le résultat obtenu, en post-production, par l’étalonnage de la pellicule. De « The Element of crime » à « Stalker » en passant par « Blade Runner« , « Delicatessen » ou « In the mood for love« , la construction d’une identité de l’image cinématographique, au delà des aspects de cadrage ou de montage, est une intention forte chez le réalisateur.
Lorsqu’au sein d’un site web, une vidéo a été « encapsulée », on reconnait immédiatement la source : Youtube, Dailymotion ou Vimeo, avant même d’identifier la vidéo par la première image clé. Cela revient à dire ici que l’identité des images est gommée et ce qui ressort n’est plus que l’identité d’une image numérisée, transcodée, avec des choix de profil d’encodage génériques bien définis. Le grain YouTube rend chaque image vidéo très « cheap » et ce qui ressort finalement, c’est plutôt la normalisation d’une plate-forme de diffusion vidéo monopolistique.
La numérisation à travers le profil d’encodage (nombre d’images/secondes, résolution, fréquence des images-clé, codec) offre une quantité innombrable de déclinaison « esthétique » d’une image vidéo. Les codecs DCT donnent des images très différentes des codecs à base d’ondelette. La taille des macroblocs, les filtres d’interpolation, etc. sont autant de transformations sur une image initiale qui modifient considérablement l’appréhension de l’image finale transcodée.
Il est n’est pas ici question d’émettre quelque comparaison entre le monde analogique et le monde statistique du numérique : le signal analogique lui-même n’est, de nos jours, que très rarement « re-transcrit » de bout en bout sans phase intermédiaire numérique ou de transformation analogique opérant une transformation du signal initial. L’enjeu est de rappeler l’environnement de transformation permanente que constitue le numérique, où les opérations de codage/transcodage/décodage ont lieu en permanence, et emportent avec elle de « l’information », déforment les intentions et « ouvrent » aussi sur d’autres formes, des erreurs, des artefacts, des incidents. Les transformations numériques sont constituantes de l’esthétique de ces images numériques.
The graveyard
2 avril 2008http://tale-of-tales.com/TheGraveyard/index.html

The Graveyard is a very short computer game designed by Auriea Harvey and Michaël Samyn. You play an old lady who visits a graveyard. You walk around, sit on a bench and listen to a song. It’s more like an explorable painting than an actual game. An experiment with realtime poetry, with storytelling without words.
D’entre les morts
13 mars 2008http://fr.wikipedia.org/wiki/Lazare_Ponticelli

Lazare, dans le christianisme, c’est celui qui est revenu « d’entre les morts ». Utiliser le terme de « poilu », c’est mettre à distance par un qualificatif, ceux qui ont vécu ce qui est pour moi, l’événement du 20e siècle passé : les prémisces de la déshumanisation, l’industrialisation de l’anéantissement. En bichromie noir et blanc, Jacques Tardi est peut-être l’un de ceux qui a le mieux décrit ce moment de l’histoire (C’était la guerre des tranchées, Varlot Soldat, etc.). En film, je pense surtout à « Johnny s’en va-t-en guerre » et aux « Sentiers de la gloire« .
Le pont de fer
7 mars 2008
Monochrome memories
3 mars 2008http://www.incident.net/works/corememory/
Pour réaliser Core Memory, des séquences de film ont été décomposées en milliers d’images fixes. Les valeurs des pixels de chaque image obtenue ont été extraites afin d’obtenir la couleur moyenne de chaque image. A partir de chaque nouvelle image fixe monochrome construite, la séquence monochrome correspondante a été reconstruite. Il en ressort une composition chromatique qui « applatit » les couleurs originales du film (les couleurs utilisées sont les couleurs moyennes de l’ensemble des pixels de chaque image fixe), mais pour autant, les valeurs chromatiques obtenues laissent encore la possibilité de se remémorer la tonalité chromatique de ces séquences. Une seconde version de ce travail pourrait être construite, non pas en utilisant les couleurs moyennes, mais en utilisant la couleur apparaissant le plus dans chaque image (ou une moyenne autour de celle-ci), par pondération.
A noter également que les séquences vidéo sont visualisées différemment sous Mac et Windows : Safari affiche une vidéo avec un grain alors que Firefox efface totalement ce grain. Les séquences sont visualisées dans un format allongé cinématographiques sous Windows alors qu’elles sont plein écran sur Mac. On préférera Safari sous Mac, la représentation idéale étant sous Windows…
L’écriture de la partition électronique
25 février 2008L’une des évolutions principales de l’informatique dans les années à venir est la « disparition » de celle-ci :
- D’une part, les applications fonctionnant auparavant sur le poste de travail migrent vers un fonctionnement déporté, sur un serveur distant. On parle d’application ASP (Application Service Provider) ou encore plus récemment de SAS (Software As Service). Le concept effectif et opérant du Web 2.0 repose souvent sur ce principe d’une fonctionnalité logicielle qui s’opérait auparavant sur le desktop et qui maintenant se sollicite par le biais d’une application Web.
- D’autre part, les objets qui nous entourent se dotent petit à petit de capacité sensorielles et computationnelles leur permettant de fonctionner de manière active, autonomes ou en interaction avec des services Web.
Le second courant a depuis quelques années pris un essor important : c’est ce que l’on appelle le « physical computing ». Cette « discipline » est de plus en plus explorée par les designers et artistes dans la mesure où elle permet une interaction avec les utilisateurs ou spectateurs qui ne passe pas nécessairement par la médiation d’un écran d’ordinateur, d’une souris ou d’un clavier. L’interaction n’est plus donc centrée sur l’objet PC renvoyant à la micro-informatique, mais elle se déplace vers tout type d’objets existants ou inventés et également vers l’interaction avec un environnement ou un espace donné.
Cet éloignement du PC est quelque chose de très positif dans la mesure où il permet au processus créatif de se recentrer sur son objectif initial sans être contaminé par le conditionnement des paradigmes de l’interaction informatique au sens propre, c’est à dire encore : un écran de 15 pouces, une souris ou un clavier. Dans le physical computing, la capacité computationnelle est d’ailleurs le plus souvent réduite puisqu’elle réside le plus souvent dans les capacités de microcontrolleurs rudimentaires tel que le ATMEL AVR et le ATMEL ATmega168 (microcontrolleur des cartes Arduino et Wiring). Tout d’un coup, la complexité de l’informatique disparait et l’on revient aux fondamentaux, aux premiers principes électroniques des débuts : la notion d’entrée et de sortie (I/O) pour la réception et diffusion de message, l’information analogique contenue dans un voltage, la binarisation du choix et du résultat à travers l’extinction et l’éclairage d’une LED. Avec l’émergence d’une nouvelle direction technologique qui va probablement rajouter un saut supplémentaire dans la numérisation du monde (numérisation de nos interactions avec les objets fondamentaux), on constate comme toujours que la première étape est un « dévoilement » de ce qui constituait la forme « précédente » de ce monde : des actions atomiques (vrai/faux ouvert/fermé) et des composants atomiques (résistance, voltage, circuit de distribution PCB). Les technologistes appellent cette évolution « l’internet of things« , un environnement ou chaque « périphérique » est interconnecté, plus seulement des ordinateurs (Avant même l’art plastique à proprement dit, le design est probablement le premier à explorer les nouvelles modalités d’interaction avec les objets « communiquants »). La norme IPV6 permettant l’adressage de ces éléments interconnectés est d’ores et déjà en mesure de fournir plus d’adresses qu’il n’y a d’atomes dans l’univers.
Alors que l’algorithme, un langage particulier, est le mode privilégié d’interaction avec le monde informatique actuel, l’exploration du « physical computing » nous amène le plus souvent à apprendre une lecture et une écriture de la « carte imprimée », la fameuse PCB (Printed Circuit Board). D’un mode d’interaction langagier, nous revenons à un mode presque graphique : le principe de la partition, écriture telle que nous l’a proposé la partition musicale notamment. Cette partition électronique est moins temporelle, plus spatiale : elle propose surtout des cheminements de flux (électriques), des labyrinthes électroniques.
Ceci n’est rien de nouveau, ce motif microscopique (quoique re-dévoilé ici par la simplication de la carte électronique de type PCB) nous renvoie à d’autres motifs équivalents de niveau micro ou macroscopiques : La partition ou la mosaique. Ces motifs sont des motifs récurrent de nos interactions avec le monde :
La partition musicale

la pixelisation de l’image numérique contemporaine

la découpe des buildings et champs agricoles vus à travers une fenêtre de Google Maps

ou le hublot d’un avion.

C’est la représentation récurrente chez Mondrian :

et encore elle est démontrée de manière encore plus explicite dans ce fabuleux film de Godfrey Reggio « Koyaanisqatsi« , dans lequel flux humains et flux électroniques, villes et circuits imprimés sont présentés comme identiques : La ville comme une vaste machine.
Ce motif macro et microscopique de la mosaïque, matrice de toutes les représentations contemporaine est aussi le motif récurrent des explorations numériques de Reynald Drouhin.
L’immersion PicLens
25 février 2008http://www.piclens.com/site/firefox/win/
Découvert ce jour une extension firefox incroyable : un outil de slideshow qui repose sur une vue RSS des sites Web 2.0 (comme flickr par exemple) et propose une navigation des images en « profondeur », avec une fluidité d’affichage assez incroyable. Tester la chose sur une page flickr est étrange, on a l’impression d’avoir à faire à quelque chose de nouveau, assurément nouveau, de nouveau l’exploration de quelque chose qui donne une impression d’espace.
Disrupted Billboard
22 février 2008
Disrupted billboard from cld on Vimeo.