Plan et profondeur

3 décembre 2007

Petit à petit depuis maintenant deux ans, les images vidéo se sont insérées « à plat » dans les pages web. Auparavant, les players vidéo (real, windows media player, quicktime) était mis en avant (par le logo en règle) et faisait apparaitre ensuite du contenu vidéo. On avait vraiment l’impression d’un contenant (le player) et un contenu (la vidéo). Ainsi la vidéo lue était encore un élément rapporté d’une « matière » différente de la page web plane.

Avec les players flash, technologie déjà ancienne d’encapsulation de contenu animé dans une page web, la vidéo apparait immédiatement « à plat », sur un plan équivalent à celui des textes et des images. Cette représentation est bien entendu implicite : on s’imagine inconsciemment dans un espace multidimensionnel ( au moins l’espace « immédiat » des plans de lecture et l’espace « perpendiculaire » des liaisons hypertextuelles calculées), et la vidéo est devenu du plat comme la page web elle-même. La vie qui parcourait la vidéo nous donnait auparavant l’impression d’une dimension cachée qui faisait s’échapper la vidéo de son simple plan 2D. Le player flash a effacé cette dimension. Tout est plat, il n’y a que le triangle au milieu pour matérialiser encore le fait qu’il va se passer quelque chose, que ça va bouger, entrer en mouvement si on clique. Il est d’ailleurs des querelles d’utilisateurs pour savoir si la vidéo doit tout de suite « entrer en mouvement », où s’il faut cliquer pour lancer la lecture : comment signifier qu’il y a à cet endroit donné, dans cet espace cadre QVGA, le moteur de l’attention et de la capture de l’attention.

A l’autre extrémité de l’image vidéo devenu aussi commune qu’un simple mot dans une phrase, l’image Haute-Définition apparait. Au delà de la querelle qui n’atterrira jamais sur la signification qualitative d’un sigle HD, on constate au détour d’un DVD promotionnel diffusé sur ces nouveaux écrans, que l’image HD est différente, qu’elle est même entièrement nouvelle, tout comme ce premier CD audio que j’ai entendu naguère sur une platine CD Luxman, marque HiFi connue elle-même par ailleurs pour avoir un son déjà très particulier : il y avait quelque qui clochait, ça sonnait faux, trop pur. C’est un peu la même chose avec l’image HD : ça en fait trop, on se croirait dans de la 3D. En fait, c’est justement de cela dont il s’agit : en dotant chaque point de l’image d’une qualité de contraste et de netteté étonnante, tout d’un coup, les différents plans de l’image sont entièrement rafraichis et tout semble présent avec la même netteté. Comme si j’était à la fois au premier et au plan secondaire, comme dans un espace en trois dimensions.

Ainsi donc, l’image numérique imprime à notre esprit des notions de profondeurs, des notions de volume. Elle se sculpte et c’est nos yeux qui apprennent à voir plus loin, dans la profondeur de l’image.

La page blanche

29 novembre 2007

La page blanche.
C’est une respiration.
Elle est déjà remplie.
Elle est remplie de ce que je n’y ai pas mis.
De ce que j’aurais pu dans le passé y mettre et de ce que j’y mettrai peut-être.
Mais aussi et surtout
je la pose de ne rien y poser,
je pose la possibilité de ne rien y mettre.

Le soupçon. Le désert.

29 novembre 2007

« Nous vimes, peu à peu, les vocables s’organiser et, bientôt n’être plus que la manifestation de leurs aspirations communes. Ainsi eûmes-nous le soupçon du livre. »

« Nous vimes, plus tard, le livre n’être plus que les lettres de chacun de ses mots et cet alphabet, mille et mille fois répété dans un ordre différent, glisser de nos doigts comme grains de sable. Ainsi eûmes-nous conscience de la présence infinie du désert. »

Le soupçon. Le désert. Edmond Jabès.

Le jardin

10 novembre 2007

Lui et elle dans le jardin des plantes

Après une immersion durant plusieurs mois dans les travaux de Chris Marker, j’ai décidé de retourner sur les traces du film « la jetée ». De l’impossibilité de retrouver, 45 ans après, les plans, les lieux, les dispositions et les objets du film, évidemment disparus où totalement transformés, est née une méditation sur cette quête impossible des images de la mémoire : « Le jardin ».

Les cendres

17 octobre 2007

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Live Cinema

2 octobre 2007

http://www.solu.org/writings.html

http://www.solu.org/LIVE_CINEMA.pdf

This thesis reviews the influences and explores the characteristics and elements of live cinema, a recently coined term for realtime audiovisual performances. The thesis discusses the possible language of live cinema, and proposes “vocabulary and grammar”.

Incident 4

2 octobre 2007

brazil

Sorry We Raided Your Upper-middle Class Home and Made You Look Like a Criminal to all Your Neighbours

Dans Brazil, suite à la présence d’un bug, d’un insecte, dans une machine à écrire, un quidam innocent se fait arrêter par la milice. ce Bug, cet incident est à l’origine de conséquences sans précédents.

Larsen

20 septembre 2007

la jetée

Je suis debout sur le seuil de la porte de la chambre d’Elias et je le regarde. Je regarde une scène avec un enfant occupé à jouer. Il est plus là que moi, car il est là sans le savoir. A moins que ce ne soit moi qui ne soit trop là et lui qui est « dans la vie », dans le flux infini de ce moment de sa vie.
En le regardant, je me vois soudain et je vois aussi mon père, je suis l’enfant dans la scène et je suis mon propre père. Et alors, je comprends tout à fait la Jetée, je comprends que l’image de la Jetée contient tout le temps, l’intégralité du temps et surtout l’abolition du temps. Un miroir infini.

Out of the present

26 août 2007

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Dans « Out of the present« , un journaliste demande à Anatoli Pavlovitch ARTSEBARSKI, qui vient d’atterir après un séjour dans la station Mir : « Au bout de combien de temps, vous sentez-vous vraiment de retour sur terre ». Ce dernier répond : « Tout de suite, dès que je sens l’odeur de la Terre ».

Peut-être encore plus fortement que les sons où les images désormais noyées dans l’hyperflux contemporain, la force des évocations olfactives est quelque chose d’encore inentamé, à « l’image » de cette odeur de l’Argoat qui m’évoque mille souvenirs depuis quelques jours.

Un concept

7 août 2007

Je suis allé à Natzweiler. On m’avait dit que tout était reconstitué, mais je ne connaissais personne qui « y » était allé, personne ne m’avait fait de récit. J’avais bien vu des brochures, je savais qu’il y avait un tourisme du souvenir, mais jamais je ne m’étais décidé à y aller, parce que je pensais qu’ »il n »y avait rien à voir ». Pourquoi donc ce colportage sur la reconstitution alors que tout est presque « d’époque » ? Etrange force du lieu et du « concept ».

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J’aime beaucoup ce que « disent » les « réseaux » de livre que l’on lit, les embranchements qui se créent dans nos lectures, comme à notre insu. Qu’est ce qui fait qu’à un moment on lise tel ou tel livre, ou tel autre ? Qu’est ce qui fait que tout d’un coup un ensemble de livres lus « convergent » comme mus par une pression inconsciente. Pour mémoire, je me souviens avoir dévoré Alfred Kubin, Gustav Meyrinck, Ernst Junger et Bruno Schultz au même moment, et je me suis rendu compte plus tard qu’un lien évident liait ces personnages. Fascinant.

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Christophe m’avait donc tendu « Traité de savoir survivre par temps obscur » de Philippe Val. Je ne savais pas trop quoi attendre du journaliste. Et voilà que celui-ci déroule une dialectique de l’espèce, de la pression et « poussée » de l’espèce. Il développe la théorie selon laquelle l’avènement de l’espèce humaine (je dis bien espèce et non pas civilisation) est la figure du camp, de l’internement.

Je suis allé à Natzweiler et j’ai conservé tout le temps mes mains dans le dos. Quelle posture donc ces mains voulaient-elles bien inventer dans ce lieu moderne, contemporain ou même presque « futuriste ». Le camp de Natzweiller s’embrasse totalement du regard. Les plans de son tracé dessinent une forme géométrique et mathématique abstraites : nous sommes dans l’univers de la formalisation, de l’abstraction, des statistiques, de la modélisation, des statistiques. Les casernes ont disparues mais les emplacement laissées vides les montrent tout aussi bien. Ce qui marque c’est une perfection du tracé, je dis perfection parce tout ici est rationalisé. On voit bien que rien est laissé au hasard. Parcourant plus tard le parcours professionnel des SS, je pense à un plan de carrière d’un cadre supérieur contemporain. Lorsque la guide raconte que des projecteurs éclairent toute la nuit le camp, je pense alors à la télévision qui éclaire nos jours et nos nuits. Quand j’entends la « caractérisation » de ce camp : un camp d’extermination par le travail, je pense au slogan politique contemporain qui a fait élire notre actuel président. Je me dis que tout ici est furieusement contemporain, que c’est un concept parce que tout cela me fait penser à une préfiguration, à « ce qui arrive ».

J’ai mon appareil photographique avec moi mais je ne sais pas quelle image je peux « inventer » de ce lieu. Je reste pourtant marqué par ce détail, ces quatres éléments métalliques incurvés en forme de crochet qui servirent aux pendaisons expéditives.

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Sortant du musée du camp, je pense à cet(te) artiste du net qui reste pour moi l’une des références importantes du net art, Netochka Nezvanova, NN, Nacht und Nebel, et je pense aussi à Grégory, à des obsessions qui traversent son travail et surtout je pense au titre du travail que nous faisons ensemble : « Le registre« , comme tous ces registres fascinant de rationalisation qui parcourent inlassablement le musée. Il faut que je finisse ce travail, que je finalise le code permettant de générer les infos de twitter pour faire sortir aussi ces personnes du camp dans lequel ils s’internent. Mais en ce moment, je manque un peu d’énergie. Je viens de faire la rencontre d’une petite Milena qui m’intime d’inventer d’autres couleurs à appliquer sur le monochrome des cendres et c’est un vrai devoir que d’inventer la couleur.

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