Installation interactive, photographies, gravures
Interactive installation, photographies, engraving
Programmation / Software: Stéphane Sikora
* I Just Don't Know What to Do with Myself est une série de dispositifs sur l'empreinte digitale. L'empreinte est une image que chacun d'entre nous porte sur lui-même. Il s'agit de détourner son usage courant, l’identification, et d’en faire l'origine d'une transformation imprévisible. Une installation interactive permet au visiteur de scanner son empreinte digitale et de voir l'image de celle-ci évoluer au cours du temps. Les empreintes dérivent et se brisent telles des icebergs sur un océan limité à l'écran. Des gravures sur acrylique réalisées au laser réfléchissent sur le mur, l'ombre d'une empreinte qui est presque invisible sur la surface matérielle d'inscription.
* I Just Don't Know What to Do with Myself is a series of devices on fingerprints. The fingerprint is an image that each of us carries on us. This is all about diverting its common use, the identification, and coming up with an unpredictable transformation. An interactive installation enables the visitor to scan his fingerprint and to see its image evolve in time. The fingerprints drift and break like icebergs on an ocean limited by the screen. Acrylic laser engravings reflect shadows of a fingerprint on the walls, almost invisible on the material engraving surface.
Texte écrit par Christine Palmiéri:
D’une pression du doigt Gregory Chatonsky nous invite à décristalliser l’icône originaire et singulière de notre existence dans le monde, l’icône identitaire qui nous distingue, ce dessin en creux que tracent les crêtes papillaires de l’épiderme pulpeux de notre empreinte digitale, qui porte notre identité au même titre que notre empreinte génétique ou notre ADN. Notre identité se trouve ainsi désacralisée, dépourvue de son caractère stable et immuable mais augmentée de la capacité de révéler les processus aléatoires qui l’ont amenée à se concrétiser, à se solidifier dans une image, support de tout portrait. Et cela par une pression du doigt qui devient l’interface d’un processus interactif numérique. L’empreinte sur un grand écran incarne dès lors un paysage à la structure arborescente dont la force centrifuge, engloutissant tout horizon possible, aspire dans une plongée en abîme ce qui reste de notre identité. On assiste à un champ de variations de signes de passages qui se suturent, se décomposent, se fragmentent, se liquéfient dans la subtilité figurale du numérique, dans une mutation infinie.
Les termes insinuation, insinuer, prennent alors tout leur sens, autant celui d’une affirmation que celui qui « sous-entend », se faufile, se glisse dans la peau d’un autre peut-être ? L’artiste, par une pression du doigt, nous fait déroger à un acquis jusque-là inattaquable. Devant cette figurabilité affolante de la dislocation, l’illusion de devenir transparent, fluide, impalpable, fuyant, à l’image d’avatars virtuels, nous saisit, car, nous le savons, nous nous transformons dès que nous entrons en relation avec les autres, mais aussi avec notre propre pensée sur les autres et sur le monde. Pour en accentuer l’effet, il oppose ces flux d’images d’identités flottantes à des portraits-empreintes de personnages connus, sorte de cases identitaires immuables, statufiées dans la conscience collective par une spectacularisation de l’apparence d’identité arrêtée.
Tout comme dans Flussgeist, un de ses précédents projets, il remet en question le principe d’identité et, comme à son habitude, il cherche à déconstruire les règles établies en poursuivant une démarche de chercheur, non pas celui qui reconstitue l’histoire à partir de fragments, mais qui fragmente le monde pour y déceler sa fragilité, ses zones floues, par des procédés qui provoquent et accroissent toute perception sensible.
Par ce travail d’élucidation de la trace et son processus de randomisation, et de hasardisation, l’artiste interroge le mystère de la cristallisation autant de l’empreinte digitale que de l’empreinte figurale de l’image médiatique dans une esthétique insinueuse, sinon sinueuse, de déconstruction des acquis en replaçant la notion de destin au cœur de l’aléatoire numérique.












