Gregory Chatonsky » Narratologie / Le nom des personnes
Ils avaient disparu avec leurs noms. Chaque fois qu’ils avaient été prononcé, il ne restait plus que leurs noms. Le corps, la présence, les gestes, toutes ces choses qui font un être humain avec son tissu de singularités, avaient disparus. Il suffisait de prononcer un nom pour que son porteur devienne invisible. Il s’était longtemps demandé les raisons de cet effacement …
JULIE MOREL » fiction / Installation de “My Life…” à la Galerie Duplex





Gregory Chatonsky » Narratologie / Flux et quantité
Depuis des années.
Il y avait le désir d’accumuler des médias en très grand nombre et de former des arborescences si vastes qu’il était impossible pour quiconque d’en faire le tour. De faire varier l’agencement de ces médias selon un aléatoire contrôlé afin que leur structure soit imprévisible. Imaginer une fiction dépourvue de narration, c’est-à-dire la doter d’une structure qui déborde la maîtrise …
JULIE MOREL » fiction / Détruire dit-elle
J’adore les titres. Ceux des livres, ceux des films, ceux des œuvres d’art.
Il y a les titres aux noms abréviés, que j’aime particulièrement : Le ravissement de Lol V. Stein, W ou le souvenir d’enfance. Et il y a ceux avec une temporalité d’années ou de saison, ceux avec des espaces, des lieux, ou les deux : 1984, 10 heures …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Existences variables

Toujours ce même sentiment en finissant (peut-être) dans quelques jours le projet World State: la capacité informatique a produire de la variation (lecture non-linéaire) et de la variabilité (transduction et génération) induit une “nouvelle” forme de fiction.
“Nouvelle” car si le désir de la variation n’est pas nouveau, et il serait en ce sens absurde de caricaturer les fictions passées …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Variabilité des images
Il faut savoir entendre la conséquente différence entre l’enregistrement d’une image en vue d’une mono-bande ou d’une installation et l’enregistrement d’une image en vue d’une variation. Nous écartons le cas d’une image purement numérique, une image de synthèse par exemple, qui serait reliée à une variable quelconque, car alors il ne s’agit que d’une traduction entre cette variable et une image, …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Dislocation
L’attente d’un temps de guerre. À nouveau les cris. Les meurtres et l’agonie. C’était déjà présent, derrière chaque porte, chaque regard. Toutes les lâchetés étaient un risque de mort, mais ça se taisait, ça restait calme dans l’attente de ce temps. Chaque fois ça recommençait, la paix puis la guerre, la guerre puis la paix, chacun s’oubliant dans l’autre, chacun restant …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Retour de l’espace

Le siècle dernier avait développé des espaces neutres. Ils étaient industriels, culturels ou économiques. La salle de cinéma en constitue sans doute l’apogée, mais les exemples de cette neutralisation de l’espace par l’invention d’espaces artificiels sont nombreux: usine, galerie, musée, isoloire, émancipation politique. L’utopie a été cet artifice. La neutralisation de l’espace a été un phénomène massif mais il n’a …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Aux impassibles
Les personnages de Michael Mann sont inattentifs.La narration se déroule et ils regardent ailleurs, égarés dans leurs pensées, dans le vide de leurs visions. Leurs regards ne les concernent plus.

La caméra se laisse aller à un paysage flottant. Nous ne savons pas ce qu’il y a à voir, comme dans le très beau Miami Vice (2006). Nous ne savons …
JIMMY OWENNS » textes / V.2
seconde version de mon site personnel www.jimmyowenns.com (anciennement blackeyed.com)


Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

Il était simplement triste de l’avoir perdu et de ne pas avoir pu mener leur amour jusqu’à son terme. En murmurant seul cette idée il la savait absurde car qu’est-ce que cela aurait pu bien signifier que le terme de l’amour? Il reconnaissait la mélancolie de cette phrase et de son désir: aller jusqu’au bout d’une histoire. Étrangement toute conclusion …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion
Il ne sait pas s’il fait jour ou s’il fait nuit. La lumière est jaune et instable. Il y a un grésillement infime. Il se réveille dans un étouffement. Son thorax se soulève. Il essaye de respirer. La chambre lui est inconnue. Les objets qui la jonchent sont en équilibre instable. Un vieux papier journal se déplace au sol dans une …
JULIE MOREL » fiction / Générateur blanc
Après l’expérience du silence du Lab, me voici en bas, assise à l’ordinateur situé près de la fenêtre, au centre de documentation. Les bruits de la galerie sont ici proéminents. De derrière moi arrivent les voix, les interpellations et les échos des gens qui travaillent la-bas. Le bruit du bois que l’on déplace, les frottements, les raclements, les chocs quand les …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
Tempête. Dès que l’on sort de la Chambre Blanche, deux perspectives s’offrent à nous. En direction de la citadelle, c’est le bâtiment jaune qui émerge, et au loin, la silhouette d’une haute tour carrée. Dans l’autre sens, sur la droite c’est le revêtement en métal du bâtiment abandonné.
Pourtant, on a fermement l’impression que les distances jusqu’à la fin de la …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
16h40. 2°.
Étagère 1, celle tout en haut. Une tasse noire qui cache les deux autres derrière. Un petit carton contenant des sacs plastiques, le haut d’un mixer, le bas est introuvable. Des assiettes en papier, des céréales, des filtres à café, que je n’utilise pas, une cafetière, que je n’utiliserai pas non plus.
Étagère 2. Un plat à gratin dentelé …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
Au sous-sol se trouve un atelier de montage et démontage d’ordinateur, de découpe et de bricolage et la buanderie. On accède à l’atelier par deux cotés opposés. C’est une grande pièce carrée qui sent le renfermé, humide et froide, aux murs couleur crème, un sol sans couleur, relativement bien rangée. Sur l’un des murs est accroché un poster de mouvements de …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
Le centre de documentation est en bas. On y accède par la porte de gauche de l’entrée principale. Tout de suite en entrant, sur la droite, se trouvent les publications de la chambre. avec les cartes postales des différents projets de résidence. J’y repère immédiatement celui de Marika. Le clavier. Le fond noir et le bas du visage qui ressort… Puis …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
21h42. Mon appartement à la Chambre Blanche est comme une somme d’îlots disparates et éloignés qui flottent au milieu d’une immense mer de bois.
D’abord il y a l’îlot bureau, éclairé par une de ces anciennes lampes en opaline verte, avec échoué sur la droite, l’ordinateur qui ne marche plus, et les câbles qui s’y rapportent, et d’autres types de câbles, …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
00h25. Les gens qui travaillent à la Chambre Blanche sont en train de se préparer à partir. Maud. François. Hugo. Mégane. Sabrina. Reste Alexandre, Benham, et moi. Je suis dans le Lab. Alexandre travaille dans la galerie. Benham est dans sa chambre. Peut-être Sabrina est-elle encore là. Mais plus pour très longtemps. C’est bientôt l’heure dîner.
00h25. Le soleil s’est caché …
JULIE MOREL » fiction / Générateur blanc
19h. Aujourd’hui, la basse ville est humide. grise. Un fin brouillard la parcourt en longueur. Il fait bon pourtant. 9°. Je sors de la chambre Blanche vers 19h. Je prends la rue des voltigeurs en direction de la haute ville, et je m’aperçois d’une chose : la ville rouille.
Toute la ville.
Dans chaque fissure, dans chaque interstice du trottoir, des …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
08h17. Le matin, après avoir petit-déjeuné, je vais au Lab. Je descends les escaliers jaunes jusqu’au premier pallier, et je tape le #, puis le 2, et je compose le code. Puis je remonte les escaliers et j’ouvre la serrure du bas. Je mets toujours un temps pour trouver quelle des 7 clés du trousseau entre dans la serrure.
Aujourd’hui le …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
12h20. dehors le soleil brille. je regarde la température de loin, je regarde la température sur l’ordinateur. -2 degrés. Je suis sortie ce matin, pour la première fois sans gants. les rues étaient sèchent comme du papier de verre, pleine de gravillons laissés là par les ruisseaux d’eau qui ont quadrillés la ville pendant un temps. Les rues qui mènent au …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
17h40.
Le bruit de l’imprimante. 8 pas de mon siège à la porte. À la cinquième enjambée, si j’étends le bras droit, je peux faire cesser le bruit.
17h43.
Un fond sonore des enceintes de l’ordinateur. 12 pas de la porte du Lab à la porte de ma chambre. 8 pas avant l’angle du couloir (il tourne vers la gauche). À …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
18h01.
Les bruits de marteau en bas dans la galerie où Alexandre installe son travail. 12 pas de la porte de ma chambre à la porte du Lab, 6 pas de la porte du Lab aux escaliers, 19 marches, 16 enjambées pour arriver sur le palier du premier étage. Si j’étends le bras droit, je peux activer l’alarme avant de sortir. …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
04h08. Dehors quand il ne neige pas, il gèle. c’est blanc et gris.
Dans le labo, tout est coi. Il y a des objets qui ont changés de place. Une pile de CD sur le fauteuil orange. Un appareil photos à la droite de mon ordinateur. Ma tasse de thé aussi. Les carnets de notes format passeport. Des notes de voyages …
JULIE MOREL » fiction / Défilé
Sur le bord du St. Laurent, ça défile, ça dé - file, et à cet endroit précis, il est important que le mot filer prenne sa racine dans “couler”, “s’écouler”. Et que les longs rubans de glace forment un filet.
Je regarde donc le fleuve défiler, se défiler devant moi, m’échapper. Comme quelque chose que j’aurais perdu. Ça s’éloigne. ça. Plus …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
06h09. Je me réveille. La lumière est partout. Par la fenêtre, la neige tombe. Elle a tout recouvert. La neige est partout, le vent souffle en rafale et soulève des grosses masses poudreuses, par paquet. C’est une tempête. Mes fenêtres sont à moitié bloquées. J’en ouvre une pour regarder dehors, le froid pénètre dans la pièce. Ce n’est pas désagréable… Je …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
02h40. Après la neige, les pelleteuses. Dans la nuit, je sors. La nuit est déserte, la rue est désertée. Les bruits et les lumières floues des pelleteuses. Au bout de la rue, c’est le règne des machines. Un ballet rythmé de bip-bip. De gros tracteurs CAT, aux formes de type science-fiction. Ils se succèdent très efficacement. Presque cyniquement, les machines repoussent …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
Je poursuis ma route dans le lab. En direction de la porte se trouve une table où s’entasse bols et tasses à thé et café vides ou pleines. on y trouve aussi un paquet de mouchoir de ceux qui ont servis à envelopper les vis de mon ordinateur lors de son autopsie.
Encore quelques pas. Je dépasse l’ordinateur avec le scanneur …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
02h46. Il est tard. D’abord il y a le fauteuil orange, celui que j’avais vu sur le site. Le site qui m’a conduit ici. Juste à côté du téléphone. Puis viennent les rangées d’ordinateurs. Là où je suis assise. Je regarde autour de moi : en hauteur il y a deux vasistas que je n’avais jamais remarqués. Mon regard poursuit sa …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
La chambre blanche, c’est tout d’abord un bâtiment en briques rouge foncé, qui se situe à l’angle de deux rues calmes. L’une d’entre elles monte un peu. Des portes et d’immenses fenêtres entourées de vert. De loin on remarque tout de suite l’inscription un peu effacée, réchappée d’un décor de Western : Heel & Co. Quebec…Limited. Je rentre pour la première …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
14h19. 1°c. La ville dégouline, elle ruisselle. l’eau coule le long des pentes, en petites cascades, parfois boueuse. l’eau entraîne avec elle les graviers et la poussière, les mégots accumulés alors que la neige recouvrait tout.
Je suis les petits affluents le long de la pente. Je descends jusqu’au St. Laurent.
Les gens sortent. Des joggers apparaissent. Ils sortent de nulle …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
J’entends les sirènes du bateau. une, deux, trois fois. Ou alors ce sont les sifflements du train ? quatre fois. Tout à l’heure, au bord du St. Laurent, la sirène du ferry était similaire.
Ça, et le bruit de la glace qui craque, presque facilement, à son passage. Je n’ai pas eu le courage de monter à bord pour la traversée. …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
Il neige. Le ciel est blanc. Le ciel est gris clair. Le ciel est jaune. Sur le toit en face, la neige gelée se recouvre d’une pellicule de neige fraîche. Plus blanche, plus plate. En tombant sur le toit, une légère fumée : la neige dévoile un courant d’air chaud qui sort du mur de brique à droite. Ça tombe sans …
JULIE MOREL » fiction / générateur blanc
10h du matin, ici. 16h en France.
> midi ici, 18h en France.
Un post-it qui traîne sur le bureau.
Gregory Chatonsky » Narratologie / Flux, entre fiction et narration

Il faut distinguer ce qui relève de la visualisation du flux (infosthetics.com) des fictions du flux (mouchette.org).
Les premières malgré leurs habilités visuelles (packetgarden.com) jouent sur la scène de la représentation et de la traduction des données (visualiser quelquechose, des chiffres, sous une autre forme, des images par exemple). Et en ce sens, elles rentrent dans la …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Exodes

Les uns après les autres nous partions, nous disparaissions. On se retrouvait ailleurs, on se rapprochait. Les villes de l’intérieur devenaient désertes. Il y avait encore les immeubles, éventrés, il y avait la voirie, le ramassage des poubelles, les chiens errants, les embuscades mais plus personne à embusquer, plus rien à ramasser, plus rien à loger. Il n’y avait plus …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion
Mes paroles avaient une gravité à l’extérieur. Je les avais prononcé en y croyant avec une naïveté qui me semblait obscène maintenant. Je caressais sa chevelure détrempée, elle respirait avec peine, sa poitrine se soulevait puis retombait au ralenti. Une large blessure mettait à découvert l’intérieur de son ventre. Elle m’a demandé si je lui pardonnais. Elle se souvenait de l’extérieur, …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

Frémissements de la ville, sursaut des fenêtres éclairées puis éteintes. Ces anonymes se tenant les uns à côté des autres et essayant de s’oublier. S’oubliant. Un parking. Il se dit que c’est trop tôt pour oublier. Il continue donc son enquête. La photographie d’une femme, toujours dans sa poche. Les appartements dans lesquels il rentre, les salles de bain avec …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Les fictions du flux
Utiliser les flux pour construire des histoires, moins en enregistrant sur sa mémoire locale des médias qu’en captant des flux, des relations et des orientations. Cette captation suppose de mettre en place un autre flux dont le premier acte est d’extraire puis de traduire et ensuite de retranscrire selon une matrice déterminée. C’est dans cette retranscription, qui ne respecte par l’original, …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

Il ne désirait aucune guérison.
Il n’avait aucun moyen pour jeter un regard sur son existence passée et se raconter une petite histoire rassurante, cette odeur, l’histoire d’un parcours avec ses anecdotes et péripéties, avec ses arrêts et ses recommencements, avec ses répétitions et ses raisons. Il ne voulait plus de bonne conscience, plus de mélancolie non plus. Seulement être …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

Chaque chose est à sa place.
Son souvenir.
Commme un fond sans image, simplement les odeurs, des traces.
Les reflets. La fumée. L’irisé.
Soleil, lune, étoiles, bougie et feu qui portent nos ombres.
Chaque brin d’herbe est différent.
Il continue de marcher.
Toujours sa photo dans la poche. Un polaroïd de l’ancien temps, quand les images existaient encore. Un char …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

Les derniers habitants étaient partis la nuit précédent l’invasion. Les rues étaient désertes, quelques chiens errants fouillaient dans les poubelles et attaquaient les blessés. Il découvrit une place avec en son centre un puits en pierre recouvert d’une imposante plaque de métal. Quelques nuages de poussière. Il s’approcha du puits et aperçu derrière un petit pied pris de tremblements. Il …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

Elle se réveille dans une suffocation. Son corps est tendu puis se tord. Il la prend dans ses bras. Elle le rejette presque mais sans violence. On croit qu’elle pleure mais elle ne pleure pas. Elle s’allonge à nouveau, les yeux grands ouverts, le dos droit comme si on allait la border et elle lui raconte tout. Ses rêves et …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

« Ça faisait près de 5 ans et ça restait coincé. De nombreuses fois j’avais cru m’en tirer et oublier, mais à chaque fois ça revenait comme la seule certitude sur ce que j’étais et ce que je désirais. Je sais que c’est ça qui est en jeu. Pourtant, ça n’a pas duré longtemps, quelques mois à peine, et je …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

Elle attend. La porte est entreouverte. Une vibration électrique parcourt le couloir de l’immeuble. Les tuyaux d’eau chaude cognent comme si quelque chose voulait sortir. Ce sont les murs de la bâtisse qui tremblent.
Il passe près d’un parking. Il sait que s’il le traverse il perdra la mémoire, les quelques heures qu’il a passé dans la ville seront oubliées …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

La salle de bain est en faience blanche. C’est à peine visible, mais si on se penche on voit que certaines jointures entre les carreaux sont moisies. L’atmosphère est humide. Le bain est à l’ancienne, sur pieds et courbe. Il est rempli de sang mélangé à de l’eau. On se demande où est passé le corps dont provient le sang …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Implosion

La guerre n’avait pas commencé. Elle n’en portait que le nom. Il y avait parfois des explosions mais sans conséquence. Un épais nuage de fumée, une détonation sourde mais pas d’éclat, pas d’objet brisé, rien qui puisse présager d’une destruction. Après l’explosion rien de connu ne manquait, tout était comme avant, la rue était intacte. Les dimensions des explosions variaient. …
Gregory Chatonsky » Narratologie / A l’image de l’écran

Les relations entre l’ écran et l’image sont symptomatiques de notre esthétique. Le fait est remarquable qu’encore aujourd’hui les deux sont identitifiés dans la plupart des cas, l’image venant remplir tout l’écran. Ou, ce qui revient au même, que certaines recherches tentent de nous immerger dans l’image (réalité virtuelle) produisant moins un hors-champ qu’une image à portée de main ou de regard. …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Sur-terre.net, un possible

« C’est en voyage, en déplacement, en route, en partance, que je suis le plus heureux, mais je suis le plus malheureux des arrivants. »
(Thomas Bernhardt, Le Neveu de Wittgenstein)
Trois personnages, une gare, train, le long des rails.
Les fragments d’une histoire dont l’internaute pourra retrouver les traces.
Les décors sont là mais les personnages sont partis.
L’histoire …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Bande annonce
La question posée par la bande annonce est beaucoup moins anecdotique qu’il ne pourrait sembler au premier abord. En effet, c’est d’une part la question de la représentation qui es posée, la bande annonce représentant en un sens bien particulier le film, et c’est d’autre part la différenciation entre différents médiums (la télévision par exemple, ou encore Internet, et la salle …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Une histoire incertaine
Plutôt que de jouer d’une interactivité contrôlée fonctionnant autour de dilemme simpliste ou de chemin multiple, essayer plutôt de faire trembler l’équilibre entre fiction et narration en produisant une histoire incertaine.
Incertaine: le lieu typologique d’énonciation est indéterminé, mal déterminé, surdéterminé. On ne raconte pas une histoire, on laisse des traces d’histoires possibles. On ne croit donc plus au pouvoir narratif, …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Vivre en commun
Des personnages vivent en commun des expériences sans se connaître. Il y a des liens entre eux, des liens qui ne sont pas logiques simplement des rapports, des sauts parfois brutaux, parfois plus lents. Ils sont seuls. Ils sont ensembles. Pas sur le même plan. Ces individus vivent en commun quelque chose, ce quelque chose est le récit sans narrateur …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Le médiocre
Ce n’est pas une question nouvelle que celle de l’autobiographie non emblématique, que ce désir de mémoriser des expériences sans que celles-ci aient la prétention d’être utile à d’autres et que sans pour autant elle se limite à la finitude du personnel. C’est la quasi-vocation d’un homme ordinaire qui sait que sa « médiocrité » est la seule chose qu’il a …
Gregory Chatonsky » Narratologie / La boucle de l’inscription
On sait que les conditions matérielles d’inscription modifient ce qui s’inscrit. La mémorisation n’est pas simplement un acte de rétention d’une matière préalable, telle la cire cartésienne, mais se forme au moment même de sa retenue. Je n’écrirais pas la même chose avec un stylo à bille et avec une machine à écrire.
Cette différence est encore plus sensible avec l’ordinateur …
Gregory Chatonsky » Narratologie / La dépense de l’instant
Je souhaiterais revenir sur ce que j’ai écrit il y a quelques jours sur l’économie esthétique du temps et sur les temporalités courtes et à effet de ce que je saurais tenté de nommer un causalisme programmatique. Ce mode de temporalité est profondément lié aux arts visuels, à la tradition picturale qui se livre souvent (pas toujours) ainsi. La difficulté est …
Gregory Chatonsky » Narratologie / L’amitié dans les jeux vidéos
Souvent les jeux opèrent grâce à des sujets intermédiaires. La relation à l’action est indirecte, elle se réalise grâce à des “compagnons”. Les exemples en sont nombreux. Ainsi King Kong où les autres personnages nous indiquent la voie à suivre en nous devançant de quelques mètres, en nous appelant parfois, en nous faisant signe. D’autres jeux encore où un ami, un …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Quelles narrations?
La question n’est pas de savoir si la narration numérique existe ou pas, mais de savoir quelles narrations voulons-nous. Car que l’ordinateur, phénomène socialement massif par excellence, affecte en profondeur l’imaginaire des invidus et la manière de communiquer, de narrer, cela ne fait aucun doute, le processus est déjà à l’oeuvre. Toutefois ce phénomène n’est pas conscient, ni au niveau des …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Narration au GPS
http://34n118w.net/
“34 North 118 West” is a live computer based interactive narrative situated in downtown Los Angeles’ warehouse district. It’s a marriage of high-tech and story telling that uses a GPS device, Tablet PC, headphones and custom software to determine the viewers whereabouts and deliver story components based on the users’ location. In this work, participants walk the streets of …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Narration au SMS
Le SMS acquiert ses lettres de noblesses «3h mat’…. La f’1 me gayTe. 3j, emûRé ds lê WC. JaV bô écout’ la FM, person ne tchat sur moa. Lol ! Soud1 ! 1 brui me fè bondir 2 la kuvett dê WC. J rêv ? Le mÛr Cfondra sous 1 AVALanch 2 kou 2 pioch. Le boss m’1tRpèl.» Vous n’y comprenez …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Une archéologie narrative
A fictional narrative is an agitated space. A story world is constructed with attention to selection of detail and level of its description (setting and its establishment of tone, subtext and above all, physical place). The traditional role of the author has been to carefully use these tools to create the other world. The city is also an agitated space. …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Une fiction sans consolation

Si une pensée, une oeuvre, une fiction est histoire d’affects, alors il faudrait, enfin!, réaliser une narration dont l’objectif ne serait pas la consolation.
“Notre musique” est insupportable car derrière la grande résolution finale, se cache une esthétique germanique bien connue de la rivière, esthétique qu’Heidegger, en reprenant Holderlin, avait thématisé… Remonter aux sources, poser l’identité (fut-ce dans son trouble), …
Gregory Chatonsky » Narratologie / La négocation des possibles
Chacun de nous négocie.
Nous ne parvenons pas toujours à réaliser ce que nous désirons, alors nous négocions avec ces échecs en nous disant: - tout cela a un sens. - finalement je tirerais beaucoup plus de l’échec que de la réussite. - qu’elle parte de toute façon cela n’aurait pas continué encore longtemps. - si elle n’était pas partie, cela …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Une fiction sans action
Le moteur de la fiction interactive n’est pas l’action, que ce soit l’action sur l’écran ou l’action de l’utilisateur. Il serait naïf de penser que celui-ci devient “le héros de l’histoire”, que le principe d’action se reporte sur lui. En effet il est très difficile, comme auteur, initiateur, programmeur du projet, d’incorporer les événements sous la forme d’actions car alors on …
Gregory Chatonsky » Narratologie / L’acausalité narrative
Souvent dans mon travail, pour ne pas dire toujours, un homme et une femme se parlent. Est-ce là un tic romantique? L’auto-fiction de mes problèmes existentiels? Un cliché? La situation du dialogue et du différend sexuel n’est pas un motif égocentrique, mais un dispositif qui permet d’une part la construction d’une narration non-causale (car les relations de cause à effet ne …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Vidéo générative
tom thumb is a short film (3 minutes) which I created in my spare time during june 2002
at the time, I was experimenting with ways of using my background in computer games and realtime graphics in unusual ways.
as a result, I decided to create a “generative film”.
the film is generative in the sense that each time it …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Une rue
La vie d’une rue.
L’histoire d’une rue c’est dans chaque fragment d’histoire, une autre histoire, une seule histoire.
Ce ne sont pas des liens multiples mais un temps distendu, comme une découpe de l’histoire pas en profondeur mais seulement surface, l’épiderme du récit.
Les brins d’herbe, chaque brin.
Gregory Chatonsky » Narratologie / Mémoires d’une translation
L’homme marche dans la ville. Lorsqu’il croise du regard un parking d’échange de mémoire. Tout se passe comme si les parkings et extérieurs servaient de séparation dans la ville. Alors parfois il s’arrête dans un parking, il discute avec le gardien ou avec un conducteur reprenant ou laissant son véhicule. Encore un pas et il sait que sa mémoire changera et …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Le flux sonore
L’une des difficultés de la fiction fragmentée est la continuité. Comment en effet assurer celle-ci lorsque les éléments n’entreteniennent pas des relations de causalité prédéfinies mais régies par un métalangage (par exemple les règles définissant les relations entre les champs d’un ebase de données). Un élément à expérimenter: on sait combien le son joue un rôle (souvent mécaniquement utilisée) de mise …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Anecdotes
Je ne publierais pas d’anecdote. J’en décidai ainsi, en ignorant tout des conséquences. Cette décision, je l’ai prise d’abord, avant toute chose. Avant que rien n’ai eu lieu. J’ai donc considéré que j’avais la force de la prendre et de m’y tenir. J’ai jugé que j’étais cette force de pouvoir ne rien dire d’anecdotique. Je ne voyais peut-être pas très clairement …
Gregory Chatonsky » Narratologie / L’ère du soupçon, encore
Lecture de l’ouvrage critique de N. Sarraute. Tout cela reste valable ajourd’hui (nous n’avons pas bcp avancé en 40 ans), surtout sur le dialogue (c’est insupportable les formules du type “pensa-t-il”, “rétorqua-t-il”) et sur le monologue intérieur anglo-saxon. Sentiment d’une confluence entre l’anonymat défendu par le Nouveau Roman (il faudrait plutôt parler d’exigence d’anonymat) et le net… une manière du sampling …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Des rythmes fictionnels
La question n’est pas celle de l’interactivité et du formalisme, plutôt de juxtaposer des niveaux d’activités et de passivités différents. Changer de rythme, ne pas pouvoir anticiper ce sur quoi on va cliquer. Un choix qui n’est pas un choix, plutôt un exil sans finalité. Le « fil » narratif est donné par la voix-off : elle est aléatoire (séquence et …
Gregory Chatonsky » Narratologie / FPS
Je ne sais plus si je suis venu ici et si je vivais ailleurs ou j’ai toujours habité ici. Ce que je sais ce que cet endroit et que la manière dont j’ai regardé cet endroit m’était familier. Ici rien ne dérangeait. Rien n’effleurait dans mon regard. Je suis resté un moment à regarder, sans que mon intention ne s’attache à …
Gregory Chatonsky » Narratologie / Fiction ou narration
Dans le champ de l’interactivité, une confusion entre les concepts de fiction et de narration s’est établie. Or si toute oeuvre interactive est narrative, quelqu’en soit la qualité, elles ne sont pas toutes fictionelles. En effet la narration signifie seulement que quelqu’un parle, ni plus ni moins. Elle ne suppose aucun mode de contenu précis. Qui pourrait penser que n’importe quel …
Gregory Chatonsky » Narratologie / L’anonymat de l’histoire
La fiction est un enjeu majeur de l’interactivité. Moins parce qu’il s’agirait, par ce biais, de faire entrer Hollywood dans le marché du multimédia, ou par je ne sais quel fantasme de prétendu designer en manque d’art, mais parce que l’interactivité en marquant fortement notre époque, ne saurait éviter de se poser la question: “quelles histoires racontera notre époque.” Toutefois dans …
Gregory Chatonsky » Narratologie / L’espace contre le temps
un film devant les yeux du specat-acteur. Il peut suspendre à n’importe quel moment sa consultation (j’aime ce mot on dirait qu’il s’agit de quelque chose de médical, mais qui est le patient et le médecin?). Alors on peut toujours forcer la fin (voir celle de “Revenances” par exemple), mais ce n’est là qu’un artifice. Pas de fin : où est …
