Archive pour 'Textes pour matrice'

Générateur blanc

Mardi, avril 10th, 2007

L’ordinateur plante. je perds mon texte. Je n’ai rien sauvegardé. je recommence. Qu’avais-je écris. vite, je me dépêche, avant de ne plus m’en souvenir. Il fait gris. Le vent est froid Sur le haut de la vielle ville. Je descends. la rue est déserte. vidée de ses voiture, des passants. Les maisons basses défilent. Les murs en bois de toutes les couleur. Vert. Jaune. Bleu. Rouge. Peut-être dans un autre ordre. Les façades sont remplies de fenêtres sans volets. Ça n’existe pas. Je descends la pente abrupte, au point où il faut faire attention à chacun de ces pas. Je clique sur sauvegarde continue. Le texte est sauvé. Je continue. mon texte. ma descente. Au bas des maisons, l’écume grise et sale est partout, stagnante. L’eau s’écoule toujours de cette neige pétrifié. Les graviers s’accrochent partout. Comme le fronton de l’église Saint Vincent s’accroche à la colline. Du côté du vide, il n’y a qu’un trou béant. La façade est soutenue par quatre piliers en acier rouillés. Ça n’a pas l’air très solide, je hâte le pas. Je prends les escaliers en bois de la côte d’Abraham. À droite, la rue saint Vallier, la pente se fait plus douce. Je corrige une faute. J’enregistre. Puis de là le chemin est habituel, à gauche le parking planté d’arbres, sur la droite le boulevard Charest. ensuite la rue rue des voltigeurs, et enfin la rue Christophe Colomb. Lorsque je tourne dans cette rue, de très fins flocons commencent à tomber. Il neige à nouveau. J’enregistre à nouveau.

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Lundi, avril 9th, 2007

Situation géographique. La Chambre Blanche se situe à Québec, en basse ville, prés du boulevard Charest, 185 rue Christophe-Clomb Est, plus précisément. Aux alentours, quelques rue assez étroites. Des rues plantées de bâtiments en brique rouge. Il y a peu de circulation. Presque pas de bruits. Juste derrière, et entre la rue Nazaire-Fortier et la rue Nelson se situent les escaliers en bois qui relient la basse ville à la haute ville, une immense passerelle en bois qui traverse une colline plantée d’arbres. Quand il fait froid et que l’on a le souffle court, la pente est rude, abrupte. La montée peut prendre quelques minutes, surtout lorsqu’il neige. Arrivée en haut, il faut se retourner. Là, on surplombe la ville, on se rend compte de son étendue. Une masse blanche, le fleuve s’étend sur la droite. Le parc Victoria coupe la basse ville en deux, dans le sens horizontal. La rivière Saint Charles apparaît et disparaît dans le relief. Les montagnes alentours forment des barrières. La fumée s’élève de partout. Vers la gare, au dessus des toits verdâtres, vers le port, derrière le marché. Quelques cheminées d’usine d’un autre siècle. Partout des colonnes de fumées. Que le ciel soit bleu ou non. Il l’est presque toujours, signe de froid. L’air est sec, cassant. Et d’en haut, la ville est encore blanche et froide, la température est de 3°c. Aujourd’hui, comme hier, je monte les escaliers. Et je me retourne. Là haut. La vue est dégagée. La nuit, la ville parait encore plus grande, le relief s’applatit, et la ville n’est plus qu’une succession de lumières urbaines. Un quadrillage lumineux régulier, une perspective qui se perd dans la masse noire et lointaine des montagnes.

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Dimanche, avril 8th, 2007

Tout ce que je n’ai pas écrit sur la chambre. Tout ce que je n’ai pas encore décrit.
Ici. C’est le printemps. Est-ce vraiment le printemps? On se croirait en hiver. Les troncs et les branches des arbres restent invariablement noirs. Décharnés. nus. Le vent soulève des nuées de neige, des courants d’air froid passent au dessus des toits et plongent dans la rue. On dirait de la cendre tellement c’est petit. Je reste à observer les mouvements de l’air, c’est comme un jeu. Un jeu où on se bouscule. D’ailleurs, en bas, il y a les autos-tamponneuses, grandeur nature, sur la route glissante qui résiste au sel, les graviers étalés, à intervalles réguliers, de préférence la nuit, quand je dors, quand je ne dors pas, quand je ne dors plus. Pour cette raison. Et puis juste là, il y a aussi les marques de pneus qui quadrillent la route. Du plus blanc au centre au plus gris sur les bords. Des traînées plus ou moins profondes qui rongent l’asphalte. là encore, on pourrait penser que la ville a été recouverte de cendre. Tout est gris. Mais pas le ciel. Lui aussi invariablement de la même teinte. Bleu.

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Vendredi, avril 6th, 2007

En bas. Juste en dessous de ma chambre. Je suis assise près de la fenêtre, la fenêtre qui se situe juste en dessous de la 3ème fenêtre de ma chambre. En face de moi, le mur est rouge. Sur le rebord de la fenêtre, des piles de Cd, des cassettes vidéos. un répondeur téléphonique, une souris. 2 affiches enroulées.. le chausson d’un enfant, blanc. Puis sur la gauche, des livres, disposées sur 6 étages. Si je continue vers la gauche, il faut que je tourne sur mon siège légèrement, en dessous de la fenêtre aux persiennes baissées, j’aperçois des cartons par terre, d’autres affiches roulées, des cartes postales et flyers punaisés au mur, par terre, les prises électriques, puis le bureau, bien rangés, si ce n’est pour la tasse vide qui traine. Avec deux cuillères dedans, des traces de chocolat sur le côté.
Si je fais encore grincer mon siège vers la gauche, je me retrouve face à de la table verte, massive, entourée de quatre chaises, verte également. L’horloge marque 3h35. C’est une horloge blanche, ovale, à aiguilles. Avec juste en dessous des dizaines de cartes postales, à la verticale. De toutes destinations. De toutes les couleurs. Mais toujours le même format.

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Jeudi, avril 5th, 2007

Tempête. Dès que l’on sort de la Chambre Blanche, deux perspectives s’offrent à nous. En direction de la citadelle, c’est le bâtiment jaune qui émerge, et au loin, la silhouette d’une haute tour carrée. Dans l’autre sens, sur la droite c’est le revêtement en métal du bâtiment abandonné.
Pourtant, on a fermement l’impression que les distances jusqu’à la fin de la rue est la même dans les deux directions. Le même nombre de poteaux électriques. Ces poteaux si caractéristiques des villes nord-américaines. Les fils électriques qui restent au dessus du sol, plutôt qu’enfoui en dessous. Des fils exposés que l’on peut suivre de carrefours en carrefours.
En temps de neige, les deux options se ressemblent, se rassemblent. Les deux perspectives fusionnent, comme deux calques légèrement décalés. La neige semblent venir des deux extrémités de la rue…
Le ciel et le sol sont également blancs. L’air devient opaque.. La neige estompe visuellement les distances, elle brouille la vision. Elle modifie la lumière, instantanément. Alors, je cligne des yeux. Je me mets à regarder mes pieds. Les distances s’allongent. Le pas ralentis. Lourd. Je chemine entre les obstacles, je contourne. je regarde les traces que l’on laisse, les traces que je laisse, je modifie ma manière de marcher. Parfois, je fais demi-tour, quand les amas de neige s’avèrent trop importants. Parfois je m’en tiens aux traces laissées par le autres.

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Jeudi, avril 5th, 2007

Ce matin il fait beau. 2°c. Après l’expérience du silence du Lab, me voici en bas, assise à l’ordinateur situé près de la fenêtre, au centre de documentation. Les bruits de la galerie sont ici proéminents. De derrière moi arrivent les voix, les interpellations et les échos des gens qui travaillent la-bas. Le bruit du bois que l’on déplace, les frottements, les raclements, les chocs quand les planches sont posées à terre, les ponctuations brèves de la perceuse, les coups de marteaux, moins nombreux, les déplacements constants.
Plus proche, c’est le son des doigts sur les claviers, les pages d’un livre que l’on tourne, d’un fauteuil qui grince. Le bruit de la bouilloire aussi.

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Samedi, mars 31st, 2007

16h40. 2°.
Étagère 1, celle tout en haut. Une tasse noire qui cache les deux autres derrière. Un petit carton contenant des sacs plastiques, le haut d’un mixer, le bas est introuvable. Des assiettes en papier, des céréales, des filtres à café, que je n’utilise pas, une cafetière, que je n’utiliserai pas non plus.
Étagère 2. Un plat à gratin dentelé jaune, des assiettes plates, deux oranges et trois pamplemousses posés sur l’assiette du haut, des assiettes à dessert, des verres à pieds, une canette de sirop d’érable, de la poudre à lever, de la farine, du sucre roux, un mélange pour pancake, des lentilles vertes, deux paquets de thé, mirabelle et Wü-lü, un paquet de sachets de thé vert à moitié entamé.
Il est tard dans l’après-midi et je n’ai pas encore mangé. Je décris les étagères. Celle de la cuisine. je suis assise à la table, le dos aux fenêtres. Je me lève.. je m’assois, je suis dos aux 2 fenêtres du fond. Je me relève, je m’assois à nouveau, je suis maintenant assise avec les fenêtres en face de moi, le dos à la cuisine, je n’ai toujours pas mangé : je décris mes allers et venues. Je me lève, je sors et je vais au Lab taper le texte que je viens d’écrire. Je suis en train de taper le texte que J’ai écris.

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Samedi, mars 31st, 2007

Au sous-sol se trouve un atelier de montage et démontage d’ordinateur, de découpe et de bricolage et la buanderie. On accède à l’atelier par deux cotés opposés. C’est une grande pièce carrée qui sent le renfermé, humide et froide, aux murs couleur crème, un sol sans couleur, relativement bien rangée. Sur l’un des murs est accroché un poster de mouvements de kung-fu. Quelqu’un vient-il ici? pour s’entraîner?
La buanderie est en enfilade de l’atelier, et en tout point différente. C’est un couloir exiguë, avec à gauche les machines à laver et à sécher. Le plafond y est bas. Il y fait chaud, sec, et sombre. Dans la partie gauche, encore plus sombre, il y a des archives entassées, en attente d’un classement qui ne viendra probablement pas. Deux vieilles chaises, et des étagères et placards pleins de vieux papiers poussiéreux.
J’y viens une fois par semaine pour faire ma lessive, le matin de bonne heure. Ce n’est pas un endroit où il fait bon rester, écouter le bruit réconfortant de la machine qui tourne. La machine n’a pas un bruit réconfortant. Elle est bruyante, grinçante. Elle se secoue et se déplace, systématiquement, en direction de la porte, comme si elle voulait sortir de cet endroit. La sécheuse n’est qu’un vrombissement désagréable. Un bruit désagréable dans un silence qui l’est tout autant. Alors je ne reste pas. Et je fais sécher mon linge dans ma chambre pour la bonne odeur de lessive imprègne l’espace, le temps d’une journée.

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Jeudi, mars 29th, 2007

Le centre de documentation est en bas. On y accède par la porte de gauche de l’entrée principale. Tout de suite en entrant, sur la droite, se trouvent les publications de la chambre. avec les cartes postales des différents projets de résidence. J’y repère immédiatement celui de Marika. Le clavier. Le fond noir et le bas du visage qui ressort… Puis je crois me souvenir (je suis remontée au lab), il y a une plante verte. La seule plante verte de tout mon séjour ici. Ensuite sur la gauche un placard, les toilettes, et une porte pour aller à la galerie. Avec, juste avant, une table où sont disposées les informations relatives à la dernière exposition. Si on décide de continuer tout droit, depuis la porte d’entrée, en laissant derrière nous la galerie, on arrive dans la pièce principale du centre. Cette pièce est située directement en dessous de ma chambre. Il y a les mêmes fenêtres. mais elle semble complètement différente. Elle est fragmentée en différents espaces. À droite, le bureau de François, à gauche, le bureau de Maude. Un des murs a été peint en rouge. Au centre de la grande pièce, une table verte, où l’on s’assoit pour manger, discuter, pour les réunions, pour lire, ou pour rien.
Il y a les étagères en fer, chargées de livres, des cartons étiquetés contenant les revues anciennes, le téléphone, les papiers, les ordinateurs, le présentoir avec toutes les revues du mois en cours.
Puis la porte qui mènent au premier palier, les escaliers dorés, avec le boîtier d’alarme. Et de là, à nouveau, si l’on remonte l’escalier à gauche, on arrive au Lab.

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Mercredi, mars 28th, 2007

21h42. Mon appartement à la Chambre Blanche est comme une somme d’îlots disparates et éloignés qui flottent au milieu d’une immense mer de bois. D’abord il y a l’îlot bureau, éclairé par une de ces anciennes lampes en opaline verte, avec échoué sur la droite, l’ordinateur qui ne marche plus, et les câbles qui s’y rapportent, et d’autres types de câbles, transformateur et une clé Usb, appareils photos et les livres : Broken Screen, l’art conceptuel du CAPC, Cute Felt Animals, Aspect of the Theory of Syntax, et un livre de Joan Carroll Oats. La trousse à crayons rudimentaire (crayon papier, stylo à encre de chine diamètre 0.1, stylo à encre de chine diamètre 2.0, le cutter, la règle en fer, 15 cm). Et constamment des clés qui traînent, mes gants en laine orange, mon bonnet marron. L’îlot “table”, avec ses couverts, un morceau de fromage emballé, ses verres, ses tasses à moitié vides. Et ses quatre satellites, quatre chaises noires en fer. Il y a l’îlot cuisine : toute en longueur. Un gros meuble en bois brut. Au dessus les étagères et les provisions, la cuisinière à droite, l’évier à gauche. L’îlot lit, le dessus bleu foncé, une couverture vieux rose - ou est-ce une vieille couverture rose? Une veste en laine marron et beige, pour lire le soir. Cette îlot est aussi éclairé par une des lampes vertes. Au fond de la pièce un îlot moins proéminent composé d’une table basse et d’un fauteuil pour la lecture. C’est d’ailleurs sûrement celui que j’utilise le moins, mais avec le plus de plaisir. Il signifie un moment où je ne travaille pas du tout, et où je ne pense pas à travailler. Le dernier atoll est planté au fond de la pièce comme s’il avait dérivé jusque là : armoire, valise et une table où s’empile le linge propre pas encore plié. Quelle navigation parmi ces différentes portions de territoire?

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Mercredi, mars 28th, 2007

00h25. Les gens qui travaillent à la Chambre Blanche sont en train de se préparer à partir. Maud. François. Hugo. Mégane. Sabrina. Reste Alexandre, Benham, et moi. Je suis dans le Lab. Alexandre travaille dans la galerie. Benham est dans sa chambre. Peut-être Sabrina est-elle encore là. Mais plus pour très longtemps. C’est bientôt l’heure de dîner.
00h25. Le soleil s’est caché derrière les nuages blancs qui stagnent au dessus de la ville depuis deux jours. La température s’est rafraîchit en cette fin de journée. il fait 6°. Les gens ralentissent le pas. Les heures ici semblent dicter plus qu’ailleurs le rythme des gens. C’est la fin de l’après-midi. Je regarde par la fenêtre : Les joggeurs ont disparus, les gens hâtent le pas, ils rentrent chez eux. Pour moi, il n’y a quelques pas entre le Lab, et la chambre. Je me lève et je regarde par la fenêtre.
00h25. Dans le Lab, les restes de l’installations du film regardé hier. Le vidéo projecteur, les deux grosses enceintes et les lecteur DVD. Les 3 télécommandes, toutes inutiles car aucune ne correspondait à l’appareil. Puis il y a aussi les tasses vides. Le DVD qui traîne. Un couteau en plastique. Le Thermos. Un trousseau de clés - les miennes. De la monnaie pour la soupe de midi. Une paire de dossiers pour les concours puis un dictionnaire ouvert à la page dérive-dérouiller.

00h25. Il est 00h25. Il est 00h25 à Paris. À Lyon. Il est 18h25 à la Chambre Blanche.

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Mardi, mars 27th, 2007

19h. Aujourd’hui, la basse ville est humide. grise. Un fin brouillard la parcourt en longueur. Il fait bon pourtant. 9°. Je sors de la chambre Blanche vers 19h. Je prends la rue des voltigeurs en direction de la haute ville, et je m’aperçois d’une chose : la ville rouille.
Toute la ville.
Dans chaque fissure, dans chaque interstice du trottoir, des murs en tôle ou dans le béton, parmi les pierres au bas des maisons et aussi dans le bois, la rouille s’est développée. Elle perce même la neige qui résiste par-ci par là.
La rouille. Elle habite la ville, la squatte et la ponctue. Elle en dessine les contours. Elle prouve son existence à chacun de mes pas, à chaque coin de rue. Elle souligne, tire des traits, marque et scarifie les moindres coupures laissées par le froid. Elle dégouline le long des rues en pente. Elle laisse des strates de couleurs brunes et rousses le long des caniveau.
Je pense : il n’y a pas de plaques d’égouts à Québec. non. Ou presque pas. l’eau s’écoule. la rouille avec elle. jusqu’où?

Position

Dimanche, mars 25th, 2007

Ville de Québec :
Latitude / 46°48′ N
Longitude / 71°23′ O
Fuseau horaire / UTC-5

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Samedi, mars 24th, 2007

08h17. Le matin, après avoir petit-déjeuné, je vais au Lab. Je descends les escaliers jaunes jusqu’au premier pallier, et je tape le #, puis le 2, et je compose le code. Puis je remonte les escaliers et j’ouvre la serrure du bas. Je mets toujours un temps pour trouver quelle des 7 clés du trousseau entre dans la serrure.
Aujourd’hui le Lab a été nettoyé. Pas de billes de polyester sur le sol, pas de loupe. Pas de composants d’ordinateur qui débordent d’un carton.
Le sol a été lavé ou balayé. Mais quand je rentre, c’est toujours la même odeur de caoutchouc tiède. Il me faut un temps pour m’habituer, et parfois quand la température le permet, j’ouvre le vasistas pour aérer. La chaleur des ordinateurs et du serveur irrémédiablement allumés garde la pièce dans une chaleur constante et agréable.

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Vendredi, mars 23rd, 2007

12h20. dehors le soleil brille. Je regarde la température de loin, je regarde la température sur l’ordinateur. -2 degrés. Je suis sortie ce matin, pour la première fois sans gants. les rues étaient sèchent comme du papier de verre, pleine de gravillons laissés là par les ruisseaux d’eau qui ont quadrillés la ville pendant un temps. Les rues qui mènent au port, sous les bretelles d’autoroute sentaient presque le printemps.
Le port était encore en hiver, avec les neiges fondues, les eaux qui charrient leurs tonnes de glace, le bruit du Ferry qui crisse et casse, et concasse la glace à chaque passage. Mais petit à petit, le fleuve semble reprendre le dessus sur la glace venant du nord. Il malmène les blocs de glace, les fragmente encore plus, les retourne. certains blocs laissent voir leurs entrailles, d’un bleu transparent et sans tâche, celui d’une vitre opaque bien astiquée. Ceux échoués sur les berges se tiennent encore comme des bunkers imprenables. Car c’est la guerre en bas. Entre le solide et le liquide, entre le chaud et le froid. C’est une opposition de nature, d’essence, de vitesse et de lenteur. C’est la guerre. Et le printemps ne va pas tarder à la gagner, malgré la résistance qui lui est opposée.

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Jeudi, mars 22nd, 2007

17h40.
Le bruit de l’imprimante. 8 pas de mon siège à la porte. À la cinquième enjambée, si j’étends le bras droit, je peux faire cesser le bruit.
17h43.
Un fond sonore des enceintes de l’ordinateur. 12 pas de la porte du Lab à la porte de ma chambre. 8 pas avant l’angle du couloir (il tourne vers la gauche). À deux enjambées de l’angle, si j’étends le bras droit, je peux dessiner sur la buée de la fenêtre.
17h45.
Aucun bruit. 9 pas entre la porte de la chambre et mon lit. Si j’étends le bras droit, je peux fermer la lumière de la lampe de chevet.
17h57.
Les bruits étouffés de la rue. 6 pas entre mon lit et l’évier. Si j’étends mon bras droit, je peux voir l’eau s’écouler dans ma main, puis boire.
17h59.
Le plancher qui craque au 4ème pas sur les 8 pas qui séparent l’évier et le bureau à côté de la porte. Si j’étends le bras droit, je peux me saisir de mon manteau et de mon bonnet. Dehors il pleut.

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Jeudi, mars 22nd, 2007

18h01.
Les bruits de marteau en bas dans la galerie où Alexandre installe son travail. 12 pas de la porte de ma chambre à la porte du Lab, 6 pas de la porte du Lab aux escaliers, 19 marches, 16 enjambées pour arriver sur le palier du premier étage. Si j’étends le bras droit, je peux activer l’alarme avant de sortir.
18h04.
Le bip-bip strident de l’alarme. 7 marches, 6 enjambées pour arriver à la porte sur le palier du rez-de-Chaussée. Si j’étends le bras droit, je peux ouvrir la porte d’entrée verte.
18h06.
Les bruits de pas sur la neige fondue.

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Mercredi, mars 21st, 2007

04h08. Dehors quand il ne neige pas, il gèle. c’est blanc et gris.
Dans le labo, tout est coi. Il y a des objets qui ont changés de place. Une pile de CD sur le fauteuil orange. Un appareil photos à la droite de mon ordinateur. Ma tasse de thé aussi. Les carnets de notes format passeport. Des notes de voyages donc.
Derrière moi - je me retourne - un gros carton par terre, à moitié ouvert, d’où débordent des billes de polyester blanches. De la neige artificielle. Il neige aussi dans le lab.
Cette neige synthétique et scintillante recouvre et protège, fait écran à ce qui se trouve en dessous. À droite, à côté, sur le sol, il y a une loupe. Une loupe grossissante, comme si on l’avait placée là sciemment, pour interroger les gens qui passeraient par là. Pour qu’ils étendent la main pour s’en saisir. Pour qu’ils s’accroupissent. Pour qu’ils se retournent rapidement pour voir qu’il n’y a personne pour les surprendre dans une situation un peu ridicule. Pour qu’il dirige la loupe vers cette neige factice et s’interroge : Pourquoi?
Mais personne ne passe par là, il n’y a que moi.
Je me lève et me dirige vers la loupe, je m’accroupis. Je ne me retourne pas : personne ne passe par là. oui mais si, non personne ne passe par là, surtout à cette heure ci. Je ne me saisis pas de la loupe, je regarde ce qu’elle magnifie : La structure en nid d’abeille du revêtement de sol. Je n’avais jamais remarqué ce quadrillage. Je compte. Chaque plaque de ce revêtement est constituée de 130 nids dans sa largeur, et deux fois plus dans la longueur, soit - je prends ma calculette - soit 1040 nids. Il y a 3 largeurs de plaques dans le bureau, et 5 longueurs. Soit 15 x 1040=15600. Je foule tous les jours 15600 nids. Je remercie la loupe de m’avoir donnée cette information, et je retourne à mon bureau.

Défilé

Mardi, mars 20th, 2007

Sur les bord du St. Laurent, ça défile, ça dé - file, et à cet endroit précis, il est important que le mot filer prenne sa racine dans “couler”, “s’écouler”. Et que les longs rubans de glace forment un filet.
Je regarde donc le fleuve défiler, se défiler devant moi, m’échapper. Comme quelque chose que j’aurais perdu. Ça s’éloigne. ça. Plus vite que moi. “ce phénomène, cette chose qui pourrait être là, ou peut-être pas ?”.
J’en fais l’expérience : Je marche à côté, et sans arrêt je suis dépassée. Je suis sur le bord, à côté.
Et puis ça tourbillonne, toujours dans le même sens, des petites galaxies glacées qui s’éloignent les unes des autres, se télescopent, s’évitent. se détachent et se fragmentent.
Demain je prends le bateau pour passer de l’autre côté, pour être au dessus de cette mer de glace.

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Samedi, mars 17th, 2007

06h09. Je me réveille. La lumière est partout. Par la fenêtre, la neige tombe. Elle a tout recouvert. La neige est partout, le vent souffle en rafale et soulève des grosses masses poudreuses, par paquet. C’est une tempête. Mes fenêtres sont à moitié bloquées. J’en ouvre une pour regarder dehors, le froid pénètre dans la pièce. Ce n’est pas désagréable… Je referme la fenêtre, ça suffit à dégager la neige. Dehors, le vent déplace ses masses d’un coin à l’autre, d’un toit à l’autre, d’une rue à l’autre. Je descends les escaliers et ouvre la porte d’entrée. La rue est déserte. Le souvenir de ce que je voyais par la fenêtre de ma chambre s’éfface déjà, comme si au contact cette neige réelle lui aussi avait été recouvert d’une pellicule amnésique. C’est ce que j’ai devant les yeux qui compte, qui conte, qui raconte, et le son si caractéristique du vent. Avec lui, je suis consciente de mon propre rythme, mes expirations qui laissent un nuage devant moi.
Je remonte au lab. En courant pour ne pas perdre complètement ces sons.
Du vent. Dans le lab, le souffle des ordinateurs est immuable. Là encore le mugissement du vent n’est bientôt plus qu’un souvenir. Ma respiration devient à nouveau inconsciente, secondaire.